L’espace-temps éditorial

L’espace-temps éditorial

J’inaugure une petite section sur les questions qu’on me pose le plus souvent. Je ne prétends pas détenir une vérité absolue sur le statut d’auteur, et encore moins posséder une expérience de grand sage qui me place en position de Maître Jedi. Mais je me dis que peut-être le petit bout de chemin que j’ai fait jusqu’à présent pourra être utile à d’autres. Si vous avez des questions en particulier que vous souhaitez aborder, n’hésitez pas à me le signaler en commentaires ^^

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Le monde est divisé en deux vortex parallèles : celui des éditeurs, et l’autre. Nous sommes dans l’autre.

Les éditeurs sont une catégorie de personnes tellement à part, qu’ils méritent bien leur propre espace-temps. C’est un peu comme quand on monte dans le TARDIS avec le Docteur et qu’on part explorer l’Univers pendant des semaines, des mois… et quand on revient, il ne s’est en fait écoulé qu’une petite semaine. Voilà, les éditeurs voient les mois passer et pourtant, pour eux, ce n’est pas plus long qu’une semaine. Une fois qu’on a compris ça, on a compris tellement de choses…

tardis

Par exemple, une fois prévenu, on évite l’erreur de l’auteur aspirant débutant. Quand on est encore un bleu, un noob, on envoie enfin son manuscrit, tout content, et on attend.

Et on attend.

Et on attend.

Et on attend encore.

Et on emmène ton téléphone quand on va faire pipi, sait-on jamais qu’on reçoive une réponse pile à ce moment.

Puis on actualise son écran, ne pouvant croire que la boîte mail reste désespérément vide. Et dans le doute, on va encore actualiser.

Et on attend.

Et on risque fort de mourir de vieillesse avant d’avoir la réponse. Surtout que, naïf, comme tout noob qui se respecte, on n’a envoyé qu’à un éditeur en se disant que selon sa réponse, on aviserait pour la suite.

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Puis, quand on a vécu ça au moins une fois, voilà comment ça se passe pour les autres manuscrits : on envoie à tous les éditeurs dont la ligne éditoriale peut correspondre à notre roman. Et on passe à autre chose. On n’attend pas, on fait sa vie. Parce qu’on sait qu’il va s’écouler au moins 6 moins (au moins, hein, j’essaie d’être optimiste pour ne pas vous faire fuir) avant d’avoir une réponse qui sera probablement une formule copiée-collée envoyée à 99% des auteurs qui ont soumis leur manuscrit. Et sûrement que, dans cette réponse, on nous dira qu’on ne colle pas à la ligne éditoriale.

La seule façon de communiquer avec les éditeurs, c’est de se calquer sur leur rythme et de prendre un abonnement à Netflix, vous savez, pour passer le temps sans focaliser…

Mais il y a une bonne raison à ce délais long comme un film d’auteur moldavo-croate réalisé caméra à l’épaule. Les coulisses des maisons d’éditions, ce sont des centaines de manuscrits qui arrivent par voie postale, e-mail, hiboux et autres bouteilles jetées à la mer… chaque semaine. Alors à moins d’embaucher un tueur à gage pour éliminer en amont tous les aspirants auteurs qui soumettent leur manuscrit en même temps que nous à l’éditeur qui nous intéresse, il faut prendre son mal en patience.

À l’ère de l’instantané, où tout est à portée de clic, il est tentant de se précipiter vers le premier petit éditeur qui nous proposera un contrat. Méfiance, j’en ai fait les frais et j’ai eu la chance que ma sœur -juriste-, m’aide à casser le contrat avant même la publication du livre. L’éditeur voulait mettre une monstroplante en couverture de mon roman, véridique. Je ne compte pas les auteures qui m’ont demandé mon aide en privé pour s’enfuir loin d’une maison peu scrupuleuse, et je fais au mieux à chaque fois pour les sortir de ce bourbier juridique. Mais l’idéal est quand même de se poser et de réfléchir sérieusement avant de signer quoi que ce soit. Sinon, je vais être obligée de finir par faire payer mes bons et loyaux services.

Aussi négatif que ce premier billet sur ce milieu soit, n’oubliez pas que patience est mère de toute vertu (oui des fois je balance un bon vieux proverbe, comme ça) et que 12 mois d’attente, c’est 12 mois que vous pouvez mettre à profit en écrivant un autre roman. Mince, j’ai oublié de la dire dans le bon sens pour vraiment faire Yoda. Je reprends : Que patience est mère de toute vertu oublier tu ne dois pas. Écrire un autre roman pendant l’attente tu dois.

Fleur Hana

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