Vous me demandez souvent si je serai présente à tel ou tel salon littéraire, que ce soit en France ou dans les pays francophones frontaliers. Et lorsque la réponse est négative, la plupart du temps en fait, vous me demandez pourquoi et ce que vous pouvez faire pour que je m’y rende. L’attention est adorable, mais je vais vous expliquer comment ça se passe en coulisses 😉

Pour être présent à un salon, il n'y a pas 36 façons de procéder, seulement 3 en réalité.Click to Tweet

Le salon invite

Dans ce cas, c’est l’organisation du salon qui prend contact avec l’éditeur pour inviter l’auteur. Les frais sont pris en charge directement par le salon : déplacement, hébergement, repas. Par exemple, ces trois dernières années de présence au salon de Saint Etienne, c’est ainsi que ça s’est déroulé pour moi.

L’éditeur invite

Si c’est un salon où les éditeurs ont la possibilité de prendre un stand, comme c’est le cas pour Livre Paris, alors c’est l’éditeur qui invite l’auteur et prend en charge les frais. Mais bien entendu, un éditeur ne peut pas toujours accueillir tous ses auteurs et rien ne garantit d’y dédicacer. Ma présence à Livre Paris, ou encore au Festival New Romance les deux premières années, découle d’une invitation directe de mon éditeur.

L’auteur s’invite

Dans le cas où l’auteur est indépendant, hybride ou même s’il le souhaite, il peut faire la démarche de contacter l’organisation d’un salon afin d’y avoir une place. Cela implique pour lui de payer sa table, son déplacement, son hébergement, ses repas et je vous en ai parlé en détail dans cet article. C’est par exemple ainsi le cas pour la RARE mais aussi pour bon nombre de salons sur l’Hexagone.

Aussi, vous comprenez pourquoi je suis tributaire des invitations, car, toujours dans cet article, je vous explique que financièrement, ce serait pour moi une perte d’argent que je ne peux me permettre. Car si j’avais les moyens au point de ne plus savoir quoi faire de mes revenus, sachez que je viendrais vous rencontrer dès que l’occasion se présenterait. Mais si j’avais voulu crouler sous les pièces d’or dans ma piscine géante comme Picsou, j’aurais opté pour le téléphone rose et pas l’écriture. Il paraît que j’ai une voix qui s’y prête bien, ce sera mon plan B.

Autre détail à ne pas négliger : la discrimination géographique. Car oui, vous pouvez m’envier mon soleil du Sud, et si c’est le cas vous avez raison, je ne le quitterais pour rien au monde, mais vivre sur la Côte d’Azur me classe presque systématiquement dans la case « Ah non, on ne l’invite même pas, ça va nous coûter trop cher en transport, sans compter qu’elle ne peut pas faire l’aller-retour dans la journée et qu’il faut en plus lui payer au moins une nuit d’hôtel. On a qui sur Paris, de dispo ? »

Je vois passer des événements, mes « collègues » s’y rendre, vos messages me demandant si j’y serai, et je me sens tel Caliméro, devant mon écran, à marmonner un « c’est trop injuste ». Car ce n’est bien entendu pas l’envie qui manque. Me rendrais-je à tous les salons de France et de Navarre si je le pouvais ? Non, bien sûr que non, j’ai une vie de famille et privée que je fais toujours passer avant le reste. Mais vous m’y croiseriez plus souvent qu’actuellement, c’est certain !

Ne nous voilons pas la face, quand on ne vit pas à la capitale où tout se déroule (et d’où il est facile d’accéder à plus ou moins tout le reste du pays), on devient rapidement une contrainte pour l’éditeur / le salon qui aurait eu l’idée saugrenue de nous convier à un événement.

Lorsque je me rends à un salon à Paris, par exemple, cela coûte, pour 1 seule nuit comprise bien sûr, près de 300 euros en comptant un repas ou deux. Alors vous allez vous dire « Mais elle parle encore d’argent, elle fait une fixation ! ». Sachez que si on dit que l’argent est le nerf de la guerre, ce n’est pas un hasard et cela se confirme y compris dans le milieu littéraire. Que ce soit un poste de dépense que je ne peux me permettre, un poste de dépense que l’éditeur / le salon ne peut/veut se permettre, finalement, ça se rapporte toujours à la dépense occasionnée. La question : « L’autrice va-t-elle vendre assez pour justifier les frais engagés par sa venue ? » ne peut être ignorée par aucun des acteurs. Cela dénote aussi de ce qu’on mise sur un auteur. Car il est évident que plus un auteur a de présence dans des salons, plus il a de visibilité, plus il a d’opportunités de vendre, et plus il sera invité. C’est un cercle vertueux, ou vicieux selon de quel côté on se situe. Tout a un coût.

Bien sûr, on peut également considérer la présence d’un auteur dans un salon comme faisant partie du budget communication / promotion de celui-ci. À nouveau, cela implique un investissement ayant été pensé en amont de la part de l’éditeur. Si tu n’es a priori pas un auteur bankable (oui, ce terme est employé dans le milieu, les auteurs sont surtout des produits, c’est triste mais une réalité), ton budget communication et représentation se limitera à rien ou presque rien.

Je sais que je peux donner l’impression d’être aigrie, mon chat sur les genoux, fomentant des plans diaboliques à la Minus et Cortex pour me venger de ce monde ingrat et cruel dans lequel j’évolue. Rassurez-vous, il n’en est rien, mais il me semble important de faire un constat afin que vous puissiez mieux comprendre les tenants et aboutissants d’une situation qui échappe totalement à mon contrôle. Et je suis loin d’être la seule, cela va de soi. Dites-vous que si vous ne croisez pas votre auteur chouchou à l’événement de l’année à ne pas manquer, c’est rarement de son fait.

Partant du principe que je n’ai pas l’intention de m’installer à Paris, mes opportunités de vous rencontrer dans des événements sont ténues, pour ne pas dire qu’elles se limitent à 2 salons dans l’année, et c’est uniquement parce que j’y suis conviée. Autant dire que rien n’est gravé dans le marbre et qu’il est impossible de savoir à l’avance si je serai à nouveau dans les bonnes grâces des décisionnaires pour que l’invitation soit réitérée. Pour 2019, je ne serai en principe présente qu’à Livre Paris, et croyez-moi : j’en suis déjà reconnaissante, car je sais que j’aurais pu n’avoir aucune occasion de vous voir.

Me dirigeant vers le statut d’autrice hybride (= publiée à la fois chez des éditeurs et en indépendante), j’espère avoir les fonds, à terme, pour me déplacer à votre rencontre. Mais nous n’en sommes pas encore là. En attendant, heureusement qu’il y a Paris et j’ai envie de dire : pourvu que ça dure ! Profitons-en tant qu’on peut 😉

PS : il va sans dire que je n’aborde volontairement pas ici le sujet de la rémunération des auteurs en salon, car c’est un tout autre débat qui mériterait un article considérable pour lui tout seul.