C’était une nuit d’orage sans pluie, au début. Parce que la pluie a fini par arriver, et moi aussi. Le plus beau jour de l’humanité était un 26 septembre, mais l’histoire ne précise pas de quelle année. Qui compte, hein ?

À Livre Paris 2018, avant les paillettes bleues

Là où certains ont une vocation et aucun doute quant à leur avenir, je me suis retrouvée après le bac à me dire « Bon et maintenant, je fais quoi ? » Procédant par élimination, je me suis inscrite en lettres modernes à la fac de Montpellier, surtout pour suivre la bande de potes que nous étions au lycée. Ce qui est ironique, c’est que l’été précédent ma première année à l’université, j’ai cessé de faire partie de cette bande. Tant pis, j’y suis allée… et je suis rentrée chez mes parents 2 mois après.

Mon père m’a dit que je pouvais revenir sans souci, par contre, il fallait que je bouge mes miches et que je gagne de l’argent. C’est comme ça que je me suis retrouvée surveillante dans un collège. C’était marrant comme expérience et, après avoir tenté d’être copine avec les élèves et n’avoir rien récolté de bon, j’ai découvert le tyran qui sommeillait en moi. À la fin de l’année, ils m’offraient des bonbons sans rien attendre en retour. Je ne les mangeais pas, malheureux, certains auraient pu en vouloir à ma vie. Mais ils me respectaient et j’avais l’impression de leur apporter quelque chose. Dommage que la CPE était aussi un tyran. Deux tyrans dans le même endroit, c’est impossible.

Quand je cache subtilement mes mentons…

De toute façon, c’est la même année que j’ai rencontré DH. Dear Husband, pour les noobs. Enfin, on se connaissait déjà et un jour j’écrirai une romance sur notre histoire, pour me venger. Mais passons, le fait est que nous avons décidé de vivre ensemble dès la rentrée suivante : il partait en stage de fin d’études d’ingénieur, et moi, j’allais à nouveau tenter la fac. Plus petite cette fois, beaucoup plus humaine et surtout, dans une ville dont je suis immédiatement tombée amoureuse. Nîmes, bébé, tu me manques. Là, j’ai été obligée de choisir 2 matières. L’université s’étant lancée, l’année de mon inscription, dans une filière test dont j’allais devenir, parmi une 100° d’autres étudiants, le cobaye. Lettres modernes, oui, mais quoi d’autre ? On m’a posé la question le jour de mon inscription, j’ai dû me décider en quelques instants au secrétariat parmi une liste de 3 autres cursus. Plouf plouf… langues anciennes ce sera.

J’ai obtenu ma licence pluridisciplinaire dont je ne savais pas quoi faire, ayant toujours procédé par élimination et donc, n’ayant pas eu d’épiphanie sur mon avenir. Du coup, ça tombait plutôt bien que ma fille décide de s’installer dans mon ventre à ce moment. J’ai tenté le master par correspondance, mais je n’avais déjà plus la foi de disséquer des textes d’auteurs morts depuis des siècles. Je devenais mère au foyer et c’était plus gratifiant de remplir mes journées avec elle qu’avec ces zombies.

Quoi, sur un malentendu, ça aurait pu être moi…

Sauf qu’un jour, ma fille a décidé de grandir. Je sais, c’est honteux, je le lui fais payer quotidiennement, depuis. Avoir presque tout mon temps libre n’était pas bénéfique, j’avais besoin de me sentir utile autrement au foyer qu’en dépensant l’argent durement gagné par mon mari. Non, je plaisante, je n’ai jamais eu aucun scrupules à ce niveau. En revanche, j’ai décidé de transformer une passion de l’époque en travail rémunéré. Je suis devenue instructrice certifiée, s’il vous plaît, Art Clay Silver.

Pour te la faire simple, il s’agit d’une sorte de pâte à modeler qui, une fois cuite à plus de 700°C durcit et devient de l’argent presque pur. J’ai même écrit un livre sur le sujet, mon premier même s’il n’a rien d’un roman. Je formais d’autres personnes, et je recevais des élèves à mon domicile pour réaliser des bijoux, dont des alliances. C’était symboliquement très épanouissant. Sauf que, comme je le comprendrais plus tard : en me professionnalisant, j’avais tué la passion (ta tam ! => musique de Law and order over dramatique)

Au Festival New Romance 2017 sur les marches du palais des festivals de Cannes. En toute simplicité.

N’apprenant jamais de mes erreurs, j’ai ensuite voulu devenir animatrice d’ateliers de scrapbooking. Un peu comme les réunions Tupperware, mais avec du scrap. C’est là que j’ai compris que je n’avais aucune goutte de sang commerçant en moi. Aucune. Je donnais des trucs et astuces aux filles pour acheter ailleurs que dans l’enseigne que je représentais. C’était pathétique et, si j’adorais transmettre mes connaissances, j’étais plutôt nulle comme vendeuse. Là, j’ai compris (à nouveau) qu’en me professionnalisant, j’avais tué une autre passion.

Désespéré, DH m’a vue plonger à pieds joints dans l’écriture. Je venais de terminer de revendre tout mon matériel de scrap et il avait des flashbacks traumatisants comme un vétéran du Vietnam, rapport à tout ce que j’avais déjà vendu de matériel de création de bijoux. Je me suis empressée de le rassurer : « T’en fais pas, pour écrire j’ai juste besoin d’un ordi. » Ça tombait, bien, j’en avais déjà un. Mon mariage venait d’être sauvé.

On a toujours besoin d’un chaton mignon, je vous présente Chewbacca, mon chat bipolaire.

 

Forte de mes expériences passées, j’ai décidé qu’écrire devait toujours rester avant tout une passion. Oh, rassure-toi, jeune padawan, je me suis perdue à plusieurs reprises en chemin. Mais statistiquement, on est sur la bonne voie. Si mes autres passions n’ont pas duré plus de 2 ans, celle-ci explose mon record de longévité puisque ça dure depuis 6 ans et que j’ai toujours la petite étincelle qui me pousse à continuer. Et si je gagne de l’argent avec, hé, tant mieux. On ne va pas cracher dessus, soyons sérieux une minute. Il n’empêche que finalement, c’est rassurant de voir qu’on peut tirer des leçons du passé. Je crois que c’est précisément ce qui nous différencie des chats, en particulier.

Je ne vis plus à Nîmes, après avoir déménagé 5 fois en 5 ans, DH et moi avons décidé qu’il était temps de poser nos valises à Grasse. Record battu ici aussi, puisque nous y vivons toujours. Même si Nîmes me manque atrocement, j’y fais parfois un pèlerinage et je vais devant mon ancien appartement, au 6 rue de l’hôtel de ville, et je regarde la fenêtre, tout en haut, par laquelle je me penchais pour jeter les clefs à mes visiteurs, n’ayant découvert que le jour de notre départ que je pouvais ouvrir à distance avec un bouton situé sur le palier. Et encore, c’est ma sœur qui l’a découvert.

Je sais jamais où regarder quand je prends un selfie, l’histoire de ma vie…

Tu vois, je n’ai pas besoin de chercher loin les mésaventures de mes héros, je suis moi-même une source inépuisable.

Aujourd’hui, j’aime raconter la vie de tous les jours ou presque, des histoires où on peut facilement s’identifier, se dire « ça pourrait être moi ». Mais demain, demain je vais essayer de devenir grande et de me risquer dans des genres et des histoires qui m’impressionnent beaucoup et m’obligent à sortir tellement loin de ma zone de confort qu’il y a un canyon entre elle et moi.

Le jour où je n’aurai plus rien à raconter, j’arrêterai tout simplement d’écrire. En attendant, j’ai des projets plein la tête et encore trop de choses à dire pour la boucler. Au grand désespoir de certain-e-s que je salue, s’ils nous regardent.

Merci d’avoir suivi cette émission dédiée à ma gloire, je rends l’antenne !