Golden Boys – Tome 2 /4

Informations

  • Romance Contemporaine (New Adult)
  • Série : Golden Boys – Tome 2 (Réédition de Matt)
  • 1° édition 2013
  • Disponible en grand format papier et numérique

Présentation

Elle est son ancre, il est son ciel

Elle s’appelle Adeline. La première fois que Matt la voit, il perd toutes ses certitudes. Car Adeline a quelque chose de moins que les autres. Et quelque chose de plus. Un plus qui la rend unique, captivante, et fait douter Matt  : doit-il aller au bout de la mission de séduction que son boss lui a confiée  ?

Il s’appelle Matt. La première fois qu’Adeline le voit, elle sent monter en elle l’amertume. L’amertume à l’idée qu’il n’éprouve à son égard que compassion et pitié, qu’il ne voie que le corps malade et oublie la femme qui l’habite. Mais Matt persévère, comme s’il voulait vraiment la connaître. Alors, Adeline le laisse petit à petit entrer dans son quotidien régi par les contraintes médicales. Et elle en vient à se demander si elle ne pourrait pas, elle aussi, se laisser emporter par la douce légèreté qui guide la vie de Matt…


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Mot de l’autrice

Adeline est sûrement l’une des héroïnes les plus difficiles à écrire. Elle est imparfaite, et ça, peu de lectrices le pardonnent.

Il m’a pourtant semblé important de montrer la vérité de sa situation, mettre en avant le fait que non, tout n’est pas que paillettes et papillons…

Elle avait simplement besoin de Matt… mais je vous laisse découvrir pourquoi et comment !

Comme pour Dante, j’ai transformé une nouvelle en roman, mais pour ce tome, je ne me suis pas contentée d’ajouter des scènes : j’ai tout repris et modifié énormément de détails.


Vos avis

Le meilleur livre de l’autrice

Quelle joie de retrouver la plume de Fleur et son unviers si simple et pourtant chargé en puissance. L’histoire de Mathias et Adeline est celle qui m’aura le plus touché et émue de tout ses personnages. Encore une fois nous avons le droit à une ode à la vie et à l’amour. Et encore une fois le tout dans un quotidien des plus ordinaires. Parce que les plus belles histoires d’amour sont celles que l’ont peut vivre.

Élodie, Eliot et des livres

L’auteure n’a pas choisi la voie de la facilité avec ce roman et s’est exposée à un certain danger. Mais, le pari, même s’il était risqué, est relevé avec brio. Ce fut un véritable coup de coeur pour moi.

MissCroqBook

Encore une pépite signée Fleur Hana, que je vous conseille fortement de vous procurer si vous avez envie d’une histoire d’amour qui fait du bien et qui change un peu des schémas habituels de la romance !

Booksanatomy

Premier chapitre offert

1 ☾ Lui

Il est encore beaucoup trop tôt pour moi ce matin quand j’entre dans le café Le Canari bleu et la repère immédiatement. Elle est plongée dans un roman qui capte toute son attention. C’est l’occasion pour moi de vérifier que je ne me plante pas, je sors mon portable et ouvre la pièce jointe accompagnant l’email de mon patron. Je regarde l’écran, son profil à quelques mètres de moi, à nouveau l’écran… Pas de doute, c’est elle.

Je m’avance, sûr de moi, j’ai préparé mon texte. Ça me semblait important, puisque finalement, je joue un peu un rôle. Complètement, en fait. Quand je dépasse la table, qui me cachait le reste de son corps, je m’arrête net. Je m’attendais à tout, sauf à ça. Je reste planté au milieu de la salle comme un abruti, réalisant que j’ai oublié mon fameux texte et que je semble nul en impro. Elle relève la tête et fixe quelques passants face à elle, de l’autre côté de la baie vitrée. Son regard se perd à des milliers de kilomètres d’ici, elle sourit légèrement, et mon souffle se bloque dans ma gorge. J’inspire profondément, elle repart dans sa lecture. Je fais un pas en arrière, me cogne la hanche contre une chaise, m’immobilise quelques secondes… Elle est trop absorbée par l’histoire qu’elle lit pour s’apercevoir de la présence d’un empoté à sa gauche.

Non, je n’ai aucun plan pour gérer la situation, alors je fais la seule chose qui me paraît logique : je me tire. Je tourne les talons et m’enfuis du café tout en sélectionnant la fiche contact de Yoan sur mon téléphone. Il décroche à la quatrième sonnerie, au moment où je me retrouve dans la rue.

— Boss !

— Hmm ?

— Tu le savais ?

— Tu peux développer ? Parce qu’il est très tôt, et il me manque des infos pour comprendre.

Je savais que c’était une idée de merde. Dès que Yoan m’a proposé ce taf « hors norme », j’ai eu un mauvais pressentiment.

— La fille !

— Matt, il faut vraiment que tu sois plus précis. Je n’apprécie pas spécialement d’être réveillé par un coup de fil, et encore moins pour me faire agresser par un de mes employés.

Je m’éloigne du Canari bleu à grandes enjambées tout en essayant de maîtriser la colère qui risquerait de me faire perdre mon job. Ça ferait désordre que je demande à mon patron s’il est en train de se foutre de ma gueule et s’il me prend pour un imbécile. Nous sommes potes et on se permet quelques familiarités, mais je connais les limites. Et là, c’est une conversation professionnelle qui nécessite de respecter ces limites.

— Elle est dans un fauteuil roulant !

— Et ?

— Tu le savais ?

— Bien sûr.

— Tu n’as pas jugé utile de m’en informer ? Draguer une inconnue ne te semblait pas assez risqué, tu as oublié de me donner tous les détails ?

Quand le boss m’a appelé l’autre soir pour me parler de ce contrat, ma première réaction a été de me dire que si j’acceptais, je deviendrais l’équivalent d’un gigolo. Puis il a précisé qu’il ne s’agissait pas de sexe, juste de séduction. Bizarrement, sur le moment, ça a suffi à me convaincre. Quand j’y repense, c’est du même ordre et je ne me sens pas mieux. Me déshabiller lorsque je danse, ça reste une forme d’art et de sport, à mes yeux. Chaque soirée où je suis payé, c’est une performance : ça dure le temps d’une chanson ou deux, mon corps est le support et le public, les clientes qui nous ont fait venir. Les Golden Boys, c’est l’entreprise de gogo-dancers que Yoan a montée il y a quelques années. Nous sommes quatre danseurs à nous produire dans des soirées privées. Et ça me convient parfaitement, je gère mon boulot, je l’assume. Mais sur le principe, être payé pour draguer, je n’étais déjà pas très emballé. Et le coup de grâce a été de découvrir la fille que je suis censé séduire clouée dans un fauteuil roulant.

— Il fallait que la rencontre ait l’air naturelle. Si je t’avais averti de ce détail, ta réaction n’aurait pas été spontanée.

— C’est loupé, parce que je me suis barré.

— Tu tiens à ton emploi, Mathias ?

Quand des personnes qui ont pour habitude de m’appeler par mon diminutif utilisent mon prénom en entier, ça n’est jamais bon signe. Je trouve ça infantilisant, et ça ne me plaît pas beaucoup. Je vais avoir trente ans, pas treize. Mais c’est mon patron, et j’ai appris à me taire quand c’est nécessaire, ou en tout cas, à ne pas me braquer.

— Yo, tu ne peux pas me demander ça.

— Je ne te le demande pas, je te l’ordonne. Tu as signé un contrat.

— Alors, on se met à faire dans l’escorte et la prostitution chez les Golden Boys, maintenant ?

Avec cette histoire de séduire cette fille pour « lui redonner confiance en elle », je constate qu’on passe à autre chose et je ne suis pas sûr d’apprécier. Je ne sais même pas pourquoi j’ai dit oui. En fait, si, je le sais, et comme ça me met mal à l’aise avec ma conscience, je préfère ne pas y penser. Parce que réaliser qu’on est prêt à sacrifier ses convictions pour gagner un peu plus de pognon, ce n’est pas glorieux.

— Benj peut reprendre le deal, si tu préfères. Je suis sûr qu’il sera partant, continue Yoan.

— Je n’en suis pas si sûr, moi.

— Ses deux colocataires doivent déménager dans les mois à venir. Crois-moi, il sera intéressé. Réfléchis, Matt. Et tiens-moi au courant, vite.

Il raccroche, et je me retrouve avec mon téléphone dans la main, planté au milieu du trottoir à quelques mètres du café, comme un con. Je fais quoi, maintenant ? Je n’ai rien contre les filles en fauteuil, mais ça change la donne, non ? Je veux dire… Merde ! Il ne me laisse vraiment pas le choix. Draguer n’est déjà pas ma spécialité, mais draguer dans ces conditions… ça m’embrouille. Je vais reporter la mission pour le moment, c’est plus prudent de faire le point directement avec Yoan.

***

— Ça me met mal à l’aise.

— Parce qu’elle est dans un fauteuil ?

— Peut-être que ça joue, oui. Mais déjà sans ça, je n’étais pas à fond dans l’idée générale, et je te l’avais dit.

J’ai attendu la fin de l’après-midi qu’il soit dispo et je suis installé dans le salon de Yoan. Je n’aime pas la démarche de séduire quelqu’un contre de l’argent, encore moins quand cette personne est déjà dans une situation difficile. Même si je me doute que c’est précisément ce détail qui a poussé la cliente à faire appel à nous. Ça ne me ressemble pas. Et je n’ai pas tant besoin d’argent que ça. Je me fais de bons pourboires dans les soirées. Je suis le plus jeune et le seul blond : je suis sûr que ça me démarque et que les filles ont une préférence pour moi. Surtout les plus âgées ! Je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est comme ça et je ne vais pas m’en plaindre. Les autres membres des Golden Boys se foutent de moi, pourtant j’arrive à ramasser bien plus de bonus qu’eux. Alors, ce contrat louche qui ferait de moi un type encore plus louche, je m’en passerai.

— La cliente est une amie. Je comptais sur toi, Mathias.

— Quel genre d’amie ? C’est malsain, tu le sais ?

Il boit une gorgée de son café sans me quitter des yeux. Son appartement reflète parfaitement sa personnalité, mon patron est assez froid, très professionnel. Même s’il détonne un peu quand on sait qu’il peut être tout aussi séducteur que le reste des Golden Boys lors d’un show. Le plus grand de nous quatre, à peine plus que Benj, il est aussi le plus âgé, et son physique lui permet carrément de s’ajouter à notre trio.

— Arrête, tu n’arriveras pas à me convaincre de continuer. La fille ne sera pas du tout sensible à mon charme, en plus.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Tu l’as aperçue quelques instants, seulement, et sans même lui adresser la parole.

— Ça me suffit pour voir que je ne suis pas son type. Elle est habillée comme si elle était… je ne sais pas, expert-comptable.

— J’ignorais qu’il y avait un look expert-comptable.

— Tu vois ce que je veux dire ! Elle a l’air d’une fille qui ne se laissera pas avoir par mon sourire angélique.

— Ton sourire angélique ?

Il se met à rire, et ça arrive uniquement dans deux circonstances avec Yoan : quand il est bourré et quand il se moque de quelqu’un.

— C’est Benj et Dante qui l’appellent comme ça. J’ai pris l’habitude, et arrête de te foutre de moi !

Pendant longtemps, Benjamin, Dante et moi avons assuré le show à trois. Puis Yoan a décidé de faire des extra et d’être le quatrième de la bande. Il met ça sur le dos de la nouveauté qui plaît aux clientes, « un peu de chair fraîche », pour le citer, mais j’ai bien compris que c’est à lui que ça plaît. À force de nous coacher pour qu’on assure, il s’est pris au jeu. Il est tellement sérieux avec tous ses trucs d’adulte responsable que c’est le seul moment où il peut vraiment se lâcher. Du coup, le patron découvre encore ce que c’est que de bosser avec nous, nos habitudes et nos délires. Il n’imagine pas à quel point il était plus tranquille à gérer la société sans donner de sa personne.

— Bref, tu as peur qu’elle ne tombe pas dans tes bras, et ça te vexe.

— Pas du tout. Je dis juste qu’il y a tellement de raisons de ne pas continuer que ce serait stupide de persévérer. En fait, on n’aurait jamais dû accepter ce contrat : ni toi ni moi.

— Comme tu le sens, Matt.

Je savais que ses menaces de me renvoyer n’étaient pas sérieuses. Ce n’est pas le genre de Yo. C’est un patron équitable, un peu lourd parfois, parce qu’il est le patron, justement, et qu’on doit se plier à ses exigences comme certains costumes de scène dont nous nous serions tous bien passés… Mais au final, il n’est pas tellement plus âgé que nous et nous comprend. C’est ce qui fait qu’on est si soudés, dans ce travail atypique. Je n’imagine même pas ce que ça donnerait si en plus on ne pouvait pas s’encadrer les uns les autres. Danser presque à poil, en groupe, ça crée une intimité, par la force des choses. Si on ne se supportait pas, il n’y aurait pas l’osmose qu’on dégage quand on fait le show.

— Tu vas demander à Benj, alors ?

— Je ne pense pas que Lola apprécierait que je propose ce taf à Dante. Donc, oui, je vais voir avec Benj. C’est ma dernière option.

— Il va tomber amoureux d’elle.

C’est ce que fait Benj, il tombe amoureux. Ensuite, il s’investit à fond, et ça se casse la figure puisqu’en réalité, il n’était pas amoureux et pensait juste l’être. Et après, il faut qu’il encaisse… jusqu’à la prochaine dont il va tomber amoureux. Ça sent la catastrophe à plein nez de le faire bosser sur un contrat de ce genre.

— Tu ne me laisses plus tellement le choix, Mathias. La cliente fera appel à une autre entreprise si on n’honore pas le contrat, et je préfère vraiment que ça reste quelqu’un que je connais qui s’en charge. C’est trop délicat pour que ce soit confié à n’importe qui.

Ce contrat a l’air important pour le boss. Je ne lui demande pas pourquoi, il m’enverrait balader, c’est sûr. Il n’est pas du genre à se répandre sur ses motivations. Mais oui, mon refus le perturbe plus que je ne le pensais.

— Et toi ? je lui demande alors.

— Je suis trop vieux pour elle.

— Certes.

— Pas si vieux que ça hein, mais pour elle, oui.

Je vérifie l’heure sur mon portable et me lève.

— Je dois filer, boss.

— Où tu vas comme ça ?

— Tu t’es pris pour mon père ?

— Non, merci, si j’avais un gamin comme toi, je…

— C’est ça, en attendant, tu parles déjà comme un vieux con. Allez, bonne soirée !

J’esquive le coup de poing qu’il essaie de me mettre sur l’épaule lorsque je passe à côté de lui, et je sors de son appartement. Je me suis levé tôt pour rien, il faut que je rattrape mon sommeil perdu. Car ce soir, c’est effectivement sans les Golden Boys que je vais passer mon temps. C’est un moment que j’attends toujours avec impatience, même si j’adore mes collègues. Aucun d’eux n’est au courant, c’est ma façon de procéder, en séparant les différents aspects de ma vie.

***

— C’est une blague ?

Je hausse les épaules et me vautre sur le canapé de mes parents.

— Ça fait six mois que tu roules sans assurance et tu t’en rends compte maintenant que tu as eu un accrochage ?

Je ne sais pas quoi répondre à mon père. Oui, j’ai clairement déconné, mais ma mère s’occupe habituellement de mes papiers. J’étais censé savoir comment que je devais souscrire à une nouvelle assurance parce qu’ils ont changé la leur et ont oublié de m’y inclure ? Et je suis désolé, mais on est à 50-50. J’allais à droite dans un rond-point en roulant à gauche, et elle allait à gauche en roulant à droite. Torts partagés et frais de réparation aussi. Enfin elle, c’est son assurance qui va s’en charger. Moi…

— C’est ma faute, Léonard, j’ai oublié.

Mes parents auraient tout aussi bien pu m’adopter pour le peu que je leur ressemble. Ils sont tous les deux bruns et mats de peau. La génétique est étrange, parfois, car aucun des deux n’a les yeux bleus non plus. J’ai tout pris de ma grand-mère que je n’ai même pas connue.

Ma mère continue son tricot en secouant la tête. Même si elle prend encore ma défense, alors que nous savons tous les trois qu’à presque trente ans, m’occuper de mon assurance auto serait logique. Toujours compter sur mes parents pour tout, ça craint. C’est confortable, mais ça craint. On va dire que le fait d’en avoir conscience est déjà un bon début.

— Tu mâches tout à ce gosse, Émeline, tu ne lui rends pas service.

— Je vais payer. C’est juste un peu de tôle froissée.

— Et avec quoi tu comptes payer ? Avec ce travail nocturne que tu as ?

— Ça rapporte bien. En quelques soirées, je…

— Je veux aussi que tu nous verses un loyer. Et ta part de consommation d’eau et d’électricité. Et puisque tu vis sous notre toit, tu participeras aussi à la taxe d’habitation et aux impôts fonciers.

Là, je panique. Si je lui réponds que, techniquement, je ne suis pas sous son toit, puisque je vis dans le garage que j’ai moi-même réaménagé, je sens que ça ne le fera pas rire. Et de toute façon, il n’a pas encore terminé puisqu’il reprend :

— Et les courses aussi, il va falloir participer, mon garçon. Quand j’avais ton âge…

Je décroche. Mes parents m’ont eu sur le tard, sur le vraiment tard. Alors ils sont déjà à la retraite et ont des valeurs assez décalées par rapport à celles de ma génération. Je comprends le raisonnement de mon père, je comprends bien où il veut en venir : m’apprendre à être responsable et espérer me voir partir, aussi. Mais soyons réalistes, quand on connaît les loyers et les responsabilités qu’implique l’indépendance, je suis bien dans mon garage. Bien mieux, même.

— D’accord, on va faire comme ça, pas de souci. Dites-moi le montant, et je vous ferai un virement mensuel.

— Un virement ne suffira pas. Tu feras des courses, aideras pour l’entretien du jardin et…

Encore une fois, je décroche. Il va reparler de ce qu’il avait déjà accompli à mon âge et de tout ce qu’il savait faire. Seulement par respect, je fais semblant d’écouter le discours de mon père. Je pense à elle. Cette fille dont je ne connais toujours rien et qui n’a pas quitté mon esprit depuis que j’ai dit à Yoan que je n’allais pas le faire. Je pense à elle et ses cheveux longs, bruns, lisses et lâchés autour de son visage sur sa photo, attachés strictement lorsque je l’ai vue en personne. Ils lui tombent jusqu’à la taille et ressemblent à ces cheveux qu’on voit dans les pubs pour shampooings : brillants, épais… Est-ce du fétichisme si je me suis imaginé en train de défaire sa coiffure et de passer les doigts dedans ? Peut-être bien. Et son regard m’obsède aussi un peu, j’avoue. De longs cils noirs encadrant des iris bleu pâle. Finalement, je vais plutôt être fétichiste de ses yeux. Ou de ses lèvres, l’inférieure un peu plus charnue que la supérieure. J’ai noté ce détail ? Je l’ai définitivement noté. Le cliché que Yoan m’a envoyé est loin, vraiment loin de lui rendre justice. Et même assise dans son fauteuil, on voit qu’elle est grande, mince, élancée…

— … ta mère ne rajeunit pas, Mathias, le ménage…

J’ai reçu un SMS de Yoan, ce soir, où il me demande de retourner demain au café, ne serait-ce que pour que je m’assure d’avoir effectivement envie de me désister. J’avoue qu’avec cet accrochage qui vient de me tomber dessus et mon père qui me demande en plus de vider mon épargne pour participer aux frais de la maison, s’il me fallait un signe, je viens d’en recevoir plusieurs. Peut-être que le choix, je ne l’ai plus du tout, à présent. Si je m’y rends à nouveau, tant que je ne fais rien de concret, je peux encore reculer, hein ? Je vais faire ça, histoire de pouvoir dire à mon boss que décidément, ce n’est pas mon truc. Je dois en revanche lui rembourser l’avance qu’il m’a versée pour ce boulot.

***

Je suis revenu ce matin, pour montrer à Yoan que j’ai essayé, mais je me sens coupable juste en la regardant de loin. Sûrement parce que c’est déjà glauque d’observer une fille comme je le fais. Mais aussi parce que je m’imagine l’approcher et que je vois d’ici le crash. Je ne me fringue pas du tout comme elle. Si je me fie à ça, on doit avoir des goûts opposés en tout. Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire pour la séduire ? C’est une idée stupide.

Je sors du Canari bleu et m’éloigne à grandes enjambées. Où je vais trouver l’argent pour continuer à squatter chez mes parents ? Je doute qu’ils me mettent à la rue, mais c’est une question de fierté. Je dois bien pouvoir dénicher un job honnête qui ne me mette pas mal à l’aise comme celui-ci. Je vais demander à Lola, la copine de mon collègue Dante, elle est devenue manager dans un fast-food, elle aura peut-être un poste. Merde ! Qu’est-ce que j’ai fait de mon téléphone ? Je tâtonne mes poches, mais non, je l’ai oublié sur la table ! Quel con !

Je me retourne d’un coup en priant pour que personne ne se soit barré avec et percute quelque chose de plein fouet. Je me retrouve projeté en arrière, puis tombe assis sur le bitume, coincé entre la devanture d’une boutique fermée et une roue de fauteuil.

— Vous allez bien ?

Elle me tend la main. Je cligne des yeux et reconnais la fameuse fille que je viens d’espionner. Ses yeux clairs me fixent, et son visage laisse transparaître de l’inquiétude. Elle a l’intention de m’aider à me remettre sur pied, là ? C’est ridicule, je nous embarquerais tous les deux au sol !

En me relevant, je ne sens aucune douleur. On ne se rend pas compte à quel point c’est important, dans mon boulot, de maintenir son outil de travail en bon état, tout le temps. Mon corps doit être parfaitement opérationnel. Alors je m’assure que tout est encore intact en bougeant chacun de mes membres, puis je reporte mon attention sur elle.

— Je vais bien, désolé, je ne faisais pas attention où j’allais.

Quelles étaient les probabilités que je tombe sur elle ?

— Et vous, vous allez bien ?

Elle baisse la tête, contemple ses jambes quelques secondes et me regarde à nouveau.

— Je vous répondrais bien que ma vie est un calvaire depuis que je suis dans ce fauteuil, mais je pense que votre question concernait notre télescopage. Pour faire simple, mon état n’est pas pire qu’avant que vous me percutiez.

Je ne sais pas trop si c’est de l’humour ou du désespoir, alors dans le doute, je n’ai aucune réaction. Et je remarque que mon téléphone est sur ses genoux. Quand elle réalise ce que je regarde, elle l’attrape et me le donne.

— Je vous ai vu sortir et l’oublier. Comme j’allais dans cette direction, je voulais vous le rendre.

— Merci.

Je suis à court de mots avec sa réplique sur sa situation. Je sais bien que je la fixe et que ça ne se fait pas, mais elle a une prestance incroyable. Elle se tient bien droite, très digne, et sa posture me rappelle celle d’une danseuse de ballet. Elle commence alors à manœuvrer, et je note qu’elle a des mitaines noires aux mains. Le fauteuil n’est pas électrique, elle le fait avancer à la force de ses bras. Je ne veux pas qu’elle parte, pas tout de suite. Alors je la suis et je me place à côté d’elle, sur la route, puisque le trottoir n’est pas assez large pour nous permettre d’y progresser tous les deux. C’est quoi ces trottoirs, d’ailleurs ? Je n’avais jamais remarqué à quel point ils sont étroits.

— Je vous offre un café pour me faire pardonner de vous être rentré dedans et vous remercier de m’avoir ramené mon portable ?

C’est la moindre des choses et une tentative pour passer encore quelques minutes avec elle.

Elle s’immobilise, puis tourne la tête vers moi.

— Ça fait un bail qu’aucun mec ne m’est rentré dedans.

Je m’arrête aussi et me répète mentalement la phrase pendant qu’elle reprend son chemin comme si de rien n’était. Elle vient vraiment de me dire ce que je crois qu’elle vient de me dire ?

— Hé ! Je ne parlais pas de ça, je…

— Écoutez, je n’ai pas besoin qu’on me fasse la charité. Je n’ai rien, vous allez bien, et si je veux boire un café, je peux me le payer.

Elle s’éloigne de moi, et j’ai l’impression d’être le plus gros abruti que la Terre ait porté. Sur mon Smartphone, je rouvre l’e-mail que Yoan m’a envoyé il y a quelques jours. Il contient peu d’informations sur cette fille, mais je le relis quand même. Il n’y a aucune mention de son handicap, bien sûr, et encore moins de son caractère agressif. Enfin, agressif, elle m’a quand même rapporté mon téléphone et n’y était pas obligée. Disons qu’elle est surtout expéditive. C’est ça, elle s’est débarrassée de moi ! Et comme j’aime les challenges, je décide que finalement, ce contrat mérite de creuser un peu. Au moins pour voir si elle manque réellement de confiance. Parce que là, contrairement à la raison pour laquelle la cliente nous a embauchés, elle m’a l’air très sûre d’elle. Elle se débrouille bien question assurance ! Je n’ai pas dû lui faire forte impression, vu qu’elle a refusé mon invitation… Quant à moi, je suis autant intrigué que sous son charme et je ne sais même pas comment elle s’appelle.


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