Follow Me – Tome 3/3

  • Romance Contemporaine (New Romance)
  • Série de tomes compagnons (peuvent être lus séparément) : Follow Me – Tome 3
  • 1° édition 2016
  • Disponible en grand format papier et numérique
  • ATTENTION : Sur le livre papier, le texte de la quatrième de couverture est celui du tome 2, mais le contenu est bien le tome 3 !

Présentation

” Peut-être même que je vais te demander de m’épouser. Tu m’épouserais ? “

Le souci de Sofiane, c’est que personne ne le prend jamais au sérieux.

Le souci d’Audrey, c’est qu’elle prend toujours tout trop au sérieux.

Ou peut-être qu’en réalité, c’est juste une image. C’est parfois plus simple d’ignorer ce que la vie place sur votre chemin… Jusqu’à vous retrouver face à une dernière chance.

Leur dernière chance.


Playlist sur Deezer


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

Je sais que je ne suis pas censée avoir un chouchou parmi tous mes héros, mais je l’avoue sans honte : Sofiane est, et de loin, mon préféré ! Mon Book Boyfriend par excellence !

Pour moi, il était le complément parfait pour Audrey, et leur équilibre m’est apparu comme une évidence dès l’écriture du premier tome.


Vos avis

Je viens de finir le tome 3 de Follow me. Et que dire. Juste merci. Ce tome est top. J’ai adoré ce Sofiane qu’on connaissait plus déconneur, plus branleur, qui l’a reste arrogant mais tellement touchant.

Sofiane restera mon préféré ( et Lise pour les filles)

Bravo Fleur pour cette magnifique série. Le seul petit reproche que je pourrais faire, c’est que j’aurais bien vu un tome 4 sur Anaïs et G ( POUR voir aussi le côté surprotecteur de sofiane).

Mais je comprend aussi que tu t’arrêtes comme tu le dis avant le tome de trop.

Enfin bon tout ça pour dire que je suis toujours aussi fan de tes bouquins et j’ai hâte d’avoir le prochain. 😍😍😘

Debbygator

C’est finalement l’histoire de Sofiane et Audrey que je préfère le plus ! On a appris à les connaître un peu au cours des 2 tomes précédents mais l’histoire de leur couple est celle que j’ai préférée !

Nathalie S

Une série dont j’ai apprécié chaque couple. Ils sont différents et complémentaires avec leur qualité, leurs défauts, leurs liens singuliers, leurs phrases décalées, leur humour et leur fraternité. J’ai passé un super moment dans cette maison du sud de la France où jamais on ne s’ennuie, où il est difficile de refermer la porte tant on s’y sent bien, comme chez soi.

Fleur Hana offre une très belle trilogie (même s’il y avait encore matière à faire d’autres tomes sur Morgan, Anaïs…). Si vous devez renouer avec la french romance, je vous conseille sans hésitation celle-ci !

Mille et une pages

Premier chapitre offert

Avant

J’entre dans la salle à manger et retire mes lunettes de soleil. Je n’ai pas le temps de leur servir mon excuse qu’Anthony me tombe dessus :

– C’est sympa de nous faire l’honneur de ta présence, Sof.

– J’étais avec Anaïs.

– Voici Audrey, nous avons commencé l’entretien sans toi, m’informe Ange. Audrey, je te présente Sofiane, le troisième infirmier du cabinet. Le moins ponctuel.

Je remarque la fameuse Audrey qui se tient bien droite sur sa chaise. Je m’assois à table en face d’elle, sans la quitter des yeux. Ses cheveux sont sagement attachés sur sa nuque, en un chignon dont pas une mèche ne dépasse. Elle observe Ange de ses grands yeux noisette sérieux, trop sérieux pour un visage doux comme le sien. Sa peau pâle contraste avec ses cils noirs et ses lèvres roses. Elle m’adresse un sourire franc. J’y réponds et continue de la fixer pendant qu’Anthony reprend :

– La distance ne te posera pas de problème ?

Elle reporte son attention sur mon collègue.

– J’envisage de trouver un appartement, ici. Je ne ferai les aller-retour qu’au début, le temps de la transition.

– Il nous reste une chambre, si tu te sens de vivre avec trois mecs, l’informe Ange.

Je me tourne vers lui et tente de lui déceler un intérêt particulier pour cette nana. Pas de drames sentimentaux à la maison, c’est tout ce que je demande. Je les entends discuter de cette possibilité et jauge les attitudes d’Ange et d’Anthony. Mais il me semble qu’ils n’ont pas l’air d’avoir d’arrière-pensées qui pourraient conduire à une situation bien lourde.

Nous avons déjà évoqué l’éventualité que le quatrième associé du cabinet soit une associée. Et nous sommes tous tombés d’accord sur le fait qu’elle pourrait vivre avec nous si elle le souhaite. Ce n’est donc pas une surprise. Mais on n’est jamais trop prudent.

– Tu as des questions, Sofiane ?

– Ouaip. Tu aimes les jeux vidéo ?

Elle me regarde en clignant des yeux, légèrement déstabilisée, avant de se ressaisir :

– Pas spécialement. Mais je n’ai rien contre, non plus.

– Les soirées DVD ?

– Je…

– Sof, des questions en rapport avec le poste, intervient Anthony en soupirant.

– Si elle doit vivre avec nous, c’est bien qu’elle sache où elle met les pieds, non ?

– Si on lui explique où elle met les pieds, on ne la reverra plus jamais, ajoute Ange en croisant les bras d’un air défaitiste.

– On n’est pas encore désespérés à ce point…

– Si, on l’est, me répond Anthony en faisant un signe vers l’intéressée.

– Ah ben comme ça, elle va direct nous demander des conditions de travail de princesse ! Bien joué, Anthony…

Je me focalise à nouveau sur Audrey. Elle nous observe tour à tour, sans se départir de son sourire, et finit par déclarer :

– Je vous aime bien.

Un silence suit son affirmation. Comment peut-elle bien nous aimer ? Ange ressemble à un Viking croisé avec un surfeur. Anthony pourrait être mannequin pour l’une de ces marques où il faut avoir l’air mystérieux et adorable à la fois. Et moi… Eh bien moi, je suis couvert de tatouages et j’ai le crâne rasé. Elle, elle ressemble à une jeune fille de bonne famille qui se serait égarée sur le chemin de la pension familiale où elle donne des cours aux deux têtes blondes des propriétaires. Elle a même une de ces chemises à petit col élégant qu’elle doit sûrement repasser méticuleusement. Je ne repasse jamais mes vêtements, c’est une perte de temps. Je tire un peu dessus à la sortie du sèche-linge, et le tour est joué. Elle repasse aussi ses chaussettes, à tous les coups. Si je lui demande de me les montrer, elle risque de mal le prendre, non ? Je me penche légèrement en arrière pour tenter de voir sous la table si je les aperçois. J’entends Anthony lui détailler le secteur géographique qui la concernerait pour les tournées, lui expliquer les conditions financières, les frais divers et tous ces détails pratiques liés au boulot. Et je me ramasse en arrière dans un fracas étouffé par l’impact de l’arrière de mon crâne sur le sol, qui fait vibrer mes tympans.

Je cligne des yeux, Audrey est déjà penchée au-dessus de moi, l’air inquiet. C’est bien la seule, vu que mes associés sont en train de se marrer.

– Tu t’es tapé la tête, non ? Ça va ?

Elle s’accroupit à côté de mon visage et passe délicatement la main sous ma nuque.

– Hé, je t’embauche, je lui lance sans essayer de me relever.

– Quoi ?

– Peut-être même que je vais te demander de m’épouser. Tu m’épouserais ?

Elle se redresse en me relâchant. Nouveau coup. Nouvelles vibrations.

– Il plaisante ? demande-t-elle aux deux abrutis qui sont à présent en fou rire.

– Je ne plaisante pas ! J’ai besoin d’un allié ! Tu vois bien que je ne peux compter sur personne ! je proteste en roulant sur le côté pour me relever sans embarquer la chaise avec moi. Si tu deviens ma femme, tu ne pourras pas témoigner contre moi le jour où les flics trouveront leurs corps enterrés au fond du jardin ! C’est juste une question de logique ! j’insiste en m’asseyant à même le sol.

– Pour le mariage, je vous laisse gérer ça, finit par répondre Anthony. Pour le poste, on le suit. Et la colocation aussi.

– Ma première proposition, et la fille pense que je plaisante ?

Personne ne me prête plus attention. Elle est repartie à table et ils parlent papiers et démarches administratives. Je suis incompris. Le monde n’est pas prêt pour moi.

Et je crois que je suis amoureux.

1

Cinq ans plus tard

– Monsieur Dalmasso, attendez !

Madame Boulon me court après et je me retourne, la main sur la poignée de la portière, prêt à répondre à l’une de ses questions absurdes. Je suis presque sûr qu’elle en a après mon cul, presque. Non, parce que je l’ai vue le reluquer et elle a toujours des excuses invraisemblables pour m’obliger à lui tourner le dos ou se placer derrière moi.

– Vous ne m’avez pas dit à quelle heure vous passerez, demain !

– Ce sera Anthony et il viendra vous voir vers onze heures, comme tous les samedis.

– Ah… Monsieur Renard… Vous savez s’il voit toujours cette jeune femme pas très chaleureuse ?

– Oui, Madame Boulon, il est toujours avec Margaux. Il faut que je vous laisse, j’ai encore deux patients à visiter, ce soir.

– Bien entendu, bien entendu, mon petit Sofiane. Conduisez prudemment !

Elle rentre chez elle, l’air un peu penaud. J’ai vingt-six ans, elle doit en avoir quarante de plus que moi, facilement, et un mari qui l’attend à l’intérieur. Sans déconner…

Je termine ma tournée sans avoir à repousser de mamie entreprenante, ce ne sont que des soins routiniers que je pourrais faire les yeux fermés, et je me gare devant chez nous. La voiture de Lise est là, à ma place, bien sûr. Et celle d’Anthony crépite toujours sous le capot quand je passe juste à côté. Ce qui veut dire qu’il est là, ce soir, donc Margaux aussi, et tout le monde squatte pour le repas.

– Ah ! Sof ! On t’attendait ! m’accueille Lise, un peu trop enthousiaste.

– Ben tiens, c’est quand même fou que vous soyez toujours dans le coin les soirs où je cuisine !

– C’est papa, il a dit que tu vas faire tes fameuses escalopes panées avec ta fameuse purée de patates et de carottes, alors Lise elle a dit on y va, y’a rien dans le frigo et moi j’ai dit cool, Sofiane c’est mieux ce qu’il fait que les salades de papa.

Je tends mon poing et Emma, la fille d’Ange, tape dedans, tout sourires. Moins une dent.

– Ne flippe pas, je lui dis en m’agenouillant à son niveau, mais je crois qu’une de tes dents s’est fait la malle.

Elle extirpe un mouchoir de sa poche, toute fière, et le tend, ouvert, sous mon nez. Je recule d’un coup et tombe sur les fesses.

– Heu…

– T’as peur de ma dent ? Même Margaux elle l’a regardée et elle a dit que c’est une belle dent.

– Non, mais, vraiment…

Je me relève et m’éloigne. Je hais les dents. Je veux dire, une dent hors de sa mâchoire, déjà, par principe, je trouve ça louche. Mais avec du sang dessus…

– Pour un infirmier, tu crains, me lance Anthony en arrivant au salon, Margaux sur ses talons.

Il se dirige tout droit sur son juke-box, cadeau de sa chère et tendre. Comme l’appareil est bien trop encombrant pour sa chambre, ils l’ont installé au salon. C’est pas plus mal, tout le monde en profite et j’aime bien le côté vintage que ça donne aux lieux.

– Besoin d’aide pour le repas ? me propose Margaux.

La voisine est de plus en plus à l’aise chez nous. Elle porte toujours ses tenues très classes et je la vois rarement sans ses talons, look qui met inévitablement de la distance entre elle et les autres, mais elle n’est pas aussi froide qu’elle l’était à son arrivée dans le quartier. Je me méfie encore un peu d’elle, même si je n’en parle pas à Anthony. Il est tellement amoureux que ça dégouline par tous ses pores. Je reste simplement sur mes gardes. Ils ne sont ensemble que depuis quelques mois et il en a bavé à cause d’elle. Je vois bien qu’elle tente de faire son mea culpa quotidiennement, mais elle n’a pas encore réussi à me rallier à sa cause. Espérons que, cette fois, elle soit sûre de son coup.

– Yep. Tu peux gérer les légumes, si tu veux.

– Pas de viande pour moi ! lance Audrey qui se faufile derrière moi pour aller s’asseoir sur le canapé.

Elle sort de la douche et est déjà en pyjama.

– Oh ! C’est nouveau ? lui demande Lise, à côté de qui elle s’est installée.

– Oui, touche, c’est tout doux ! Je suis passée devant la vitrine de cette boutique et je n’ai pas résisté.

Et c’est le signe pour moi de m’esquiver à la cuisine. Quand ça commence à parler pyjamas, en même temps, je dirais que c’est le signe pour tout le monde de s’esquiver. J’entends Anthony qui met un 45 tours, je reconnais Dream a Little Dream of Me, ce qui veut dire qu’Ange et Lise vont danser et Emma leur tourner autour en sautillant. Une soirée normale, en fait…

***

– Ça va durer combien de temps encore, cette lubie de ne plus manger de viande ? je demande à Audrey qui se ressert de la purée.

– C’est définitif.

– Alors déjà que tu ne manges pas grand-chose, si en plus tu supprimes la viande, tu penses aux carences que tu vas avoir ?

– Je fais des prises de sang et je compense.

– Avec quoi ? Vu que tu ne veux plus manger d’œufs non plus…

– Des lentilles, par exemple.

J’attends qu’elle complète, mais visiblement, elle n’en a pas l’intention.

– Et ?

– Je n’ai pas à me justifier auprès de toi.

– Étant donné que je cuisine quatre soirs par semaine et que je dois m’adapter à ton régime, je pense que si, au contraire.

– Et si, pour une fois, vous décidiez de ne pas vous adresser la parole ? suggère Anthony.

– Moi j’aime bien quand ils se prennent la tête, réplique Lise.

– On ne se prend pas la tête. On discute, précise Audrey.

– J’aime bien quand vous discutez, si vous voulez appeler ça comme ça.

– Tu as perdu ton droit de vote dans cette maison le jour où ton mec a déménagé, je lui fais remarquer en jetant un regard à Audrey.

Elle ne me prête plus aucune attention et fait un petit puits dans sa purée où elle verse un peu d’huile d’olive. Bio, bien sûr. Quand je dis qu’elle ne mange pas assez, il suffit de la regarder pour s’en apercevoir. Elle est mince, on a l’impression qu’elle pourrait se briser sous un courant d’air. Et maintenant, elle a décidé d’être vegan après avoir vu un reportage à la télé. C’est tout à son honneur, hein… mais bon, l’homme est intrinsèquement omnivore. Donc, quelque part, c’est contre nature, non ? Ouais… Pour moi, un repas sans viande, ce n’est pas un bon repas.

– J’ai choisi les banquettes, elles seront livrées à temps pour l’inauguration ! nous annonce Margaux en sautillant un peu sur sa chaise.

Elle ouvre son diner dans le coin. Rien d’étonnant quand on voit son look volé aux années cinquante. C’était un peu prévisible.

– Roses, murmure Anthony.

– Oh, roses ! s’extasie Emma.

Elle a jeté son dévolu sur Margaux dès l’instant où elle l’a vue. Le coup de la belle robe, elle n’a pas résisté. Anthony non plus, d’ailleurs.

– Je les voulais rouges, ajoute-t-il avant d’attraper sa bière.

– Oui, mais c’est mon restaurant.

Je les laisse argumenter et vais me chercher un pot de Ben & Jerry’s avant de me caler sur le canapé et d’allumer ma NES. Je me tape le repas, à eux de gérer la vaisselle et le rangement.

– Je peux en avoir ?

– Va te chercher une cuillère, je réponds à Emma en insérant Duck Hunt dans la console.

Je sais qu’elle aime tuer les canards avec le pistolet sur la petite télévision cathodique. Elle revient moins d’une minute après et on démarre la partie, le pot entre nous.

– Tu ne devrais pas l’inciter à jouer à ce genre de jeu.

Je ne m’interromps pas et en dégomme un sous les cris de joie d’Emma.

– Sofiane ?

Ouaip. Elle ne va pas me lâcher.

– Quoi ?

Audrey se place entre l’écran et moi, ne me laissant plus le choix. Je la regarde en soupirant.

– Vous tuez des animaux.

– Ce sont des pixels, en fait.

– Ne joue pas sur les mots. Je suis sûre qu’Ange serait de mon avis.

– Ange nous a déjà vus jouer plusieurs fois et n’a rien dit.

– Oui, mais je suis convaincue que ce n’est pas approprié pour une enfant.

– Y’a même pas de sang.

– Comme sur ma dent ! chantonne Emma à qui je jette un regard noir.

– Tu veux que je sois d’accord avec Audrey et ne plus jamais jouer à tuer les canards ?

Elle secoue frénétiquement la tête et serre les lèvres pour signifier qu’elle ne la ramènera plus.

– Audrey, bouge, t’es au milieu.

– Je persiste à dire que…

Je me lève et la décale en la tenant par les épaules. Elle essaie de résister, mais, comme je le disais, elle est tellement mince que je pourrais la virer du salon d’une pichenette.

– Sofiane…

– Emma, à toi !

Je lui tends le pistolet et elle hésite, son regard passant d’Audrey, qui a croisé les bras sous sa poitrine, à moi. Je lui souris pour l’encourager, mais cette petite est trop proche d’Audrey pour oser la contrarier. Ce doit être cet instinct maternel qu’Audrey ne peut assouvir sur aucun autre enfant que celle d’Ange qui les lie d’une manière particulière. Je ne peux pas faire le poids. C’est déloyal. Puis c’est Audrey…

– On pourrait mettre les disques, me propose la gamine.

– C’est moins drôle avec les disques.

– Tu veux dire que vous avez le choix ? intervient Audrey.

Je me lève et pose le pot de glace sur la table basse, puis vais m’enfermer dans ma chambre. Quelle chieuse, quand elle s’y met ! Je pousse le verrou qu’Ange a installé quand c’était encore sa chambre et qu’il voulait s’envoyer tranquillement en l’air avec Lise. Bien pratique pour qu’on me foute la paix. Je sors ma tablette graphique et m’installe devant mon ordi.

***

J’ai mon casque sur les oreilles et la manette dans les mains. Le moment que je préfère dans la journée, c’est quand ils sont couchés et que j’ai le salon pour moi tout seul. Je ne sais pas à quelle heure j’irai dormir, mais je ne travaille pas ce week-end, alors j’en profite. Du mouvement à l’entrée du salon attire mon attention. Je mets pause et Audrey se tient là, dans son pyjama a priori extraordinaire et hors de prix, une couverture à la main. Elle se traîne jusqu’au canapé en bâillant et s’assoit à côté de moi. Elle nous couvre tous les deux avec son plaid et pose la tête sur mon épaule. Je ne réagis pas à son contact. Elle fait ça quand elle n’arrive pas à dormir. Ça arrive souvent. Je suis rodé.

– Tu joues à quoi ?

– Je ne tue aucun canard, si ça peut te rassurer.

– Reconnais que ce n’est pas très éthique.

– C’est un jeu. Ne me dis pas que tu fais partie de ces gens qui pensent que les jeux vidéo créent des psychopathes en puissance ?

– Non, je n’irais pas jusque-là. Mais la violence, sous toutes ses formes…

– Je n’écoute plus.

– Alors, tu joues à quoi ?

– Zelda.

– Tu fais quoi, là ?

– Je dois distribuer le courrier dans les boîtes.

– On dirait que tu n’y arrives pas très bien…

– Insomnie ? je lui demande pour détourner l’attention de mon epic fail à cette mission pourtant la plus facile de tout le jeu.

– Ça s’envoie en l’air dans toutes les chambres, soupire-t-elle en resserrant la couverture.

– Pas dans la mienne.

– Pas dans la mienne non plus…

– Je ne comprends pas pourquoi Anthony et Margaux viennent dormir ici alors qu’ils n’ont que la rue à traverser pour être tranquilles chez elle, je lance en reprenant le jeu.

– Je crois que Morgan lui a demandé de lui laisser la maison.

– Si elle doit le faire chaque fois qu’il ramène une nana, elle a plus intérêt à emménager ici.

– Comment tu sais ça ? me demande-t-elle.

Elle se cale contre le dossier et m’attire en arrière.

– Tu fous quoi ? je lui demande en résistant.

– Je ne vois plus l’écran…

Je la rejoins, même si je suis moins à l’aise, et lui réponds :

– Je sais ça, parce que je sais tout.

– Tu l’as espionné ?

– Je n’espionne pas, je me tiens au courant de ce qui se passe dans le quartier.

– Tu l’as espionné.

– Ouais.

– Tu veux que j’essaie ? Parce que tu n’es pas très doué, me propose-t-elle en tendant la main.

Je ricane et lui donne la manette. Je retire mon casque et le débranche, baisse le volume et reviens à côté d’elle. Elle reprend sa place contre moi et arrange bien le couvre-lit autour de nous. Elle se redresse un peu et commence à jouer. Je lui explique les boutons, mais elle comprend très vite et me fout la honte en distribuant le courrier au moins trois fois plus vite que je ne l’ai jamais fait.

– Ah ! jubile-t-elle en me rendant la manette une fois sa mission accomplie.

– Chance de la débutante.

– Tu es jaloux, avoue.

– Pas du tout.

– Ton sourcil frétille. Tu es agacé.

Elle tapote ledit sourcil de son index, son visage beaucoup trop près du mien.

Audrey est du genre tactile, très tactile, avec les gens de son quotidien comme nous. Pour elle, le contact physique est normal. Pas pour moi. Je viens d’une famille unie, heureuse, mais où on ne se fait pas de câlins, ni bisous, ni rien de tout ça. Mais on s’est tous habitués à ça, ici. Elle se prend un peu pour la maman du cabinet d’infirmiers que nous formons tous les quatre avec Ange et Anthony. Alors je me suis habitué.

– Mon sourcil ne frétille pas, je dis en repoussant sa main.

– J’ai faim…

– Bien sûr que tu as faim. Tu n’as rien mangé. Il reste des escalopes, si tu veux.

– Je ne mange pas de viande.

Elle se lève et revient quelques instants plus tard avec un paquet de gâteaux apéritif dans les mains.

– Audrey, c’est au bacon.

– Je n’aime pas ceux au fromage.

– Je sais, mais ça, c’est au bacon.

– Oui, et je les aime.

– Audrey. Du bacon.

– Mince !

Elle recrache la petite bouchée dans sa main et me regarde, les yeux écarquillés, pendant que je me marre sur son compte.

– Ne le dis à personne !

– Oh, si, je vais le dire !

– Sof…

– Tu ne peux pas me demander de me taire ! Je ne pourrai pas ! Tu sais bien qu’il ne faut jamais me confier de secrets !

– C’est parce que tu es un gamin incapable de tenir sa langue !

Elle repart à la cuisine, j’entends l’eau couler dans l’évier, elle doit se laver les mains et la bouche. Elle revient et récupère sa couverture en tapant du pied.

– Je dirai à tout le monde que je t’ai battu à la console ! tente-t-elle.

– Tu ne m’as pas battu à la console, tu as fait un mini-jeu et tu l’as réussi.

– Là où toi tu ne t’en sortais pas.

– C’est ta version.

– C’est aussi ta version pour le bacon !

– C’est trop gros pour que j’aie pu l’inventer. Ils me croiront et ils se marreront.

Je continue le jeu en l’ignorant, même si je sais qu’elle est toujours là. Elle a perdu et elle est en train de réfléchir à comment tourner la situation à son avantage.

– Sofiane…

Elle passe en mode supplications. Je souris sans quitter l’écran des yeux. Je la sens se rasseoir à côté de moi.

– Je croyais que tu faisais la tronche ?

– J’attends encore un peu. Le mur entre ma chambre et celle d’Ange est trop fin.

– C’était ma chambre avant et tu ne te plaignais pas.

– Tu n’as jamais ramené de fille à la maison. Je n’ai donc jamais eu à me plaindre.

– Ou alors, je l’ai fait et tu n’as rien entendu.

– Si c’est le cas, ce n’est pas très flatteur pour toi.

– Ne sois pas mesquine, ça ne te va pas.

– Tu as raison. Désolée.

Cette fois, je me marre. C’est facile de la manipuler. Elle est tellement gentille avec tout le monde qu’il ne faut pas trop d’inventivité pour la piéger. J’avoue, je ne m’en lasse pas.

– Je cuisinerai ce que tu veux pendant deux semaines, propose-t-elle.

– Tu es désespérée à ce point ?

Je pose la manette et lui accorde enfin l’attention qu’elle demande. Elle me regarde avec ses grands yeux humides.

– Tu ne vas pas aller jusqu’à pleurer pour me faire changer d’avis, quand même ?

– Ils ne me laisseront jamais tranquille avec ça et tu le sais. C’est important pour moi de ne plus manger de viande. S’il te plaît.

Je la considère un moment en silence. Elle pense sûrement que je suis en train de réfléchir à sa proposition. Non. J’en profite juste pour l’observer. C’est rare de la voir sans son brushing parfait, son maquillage léger mais pour lequel je sais qu’elle passe un temps fou à la salle de bain, le matin. Elle ne porte pas ses lentilles et ses lunettes de vue à monture noire lui donnent un air sévère que contraste sa coiffure brouillonne, preuve qu’elle a tourné un moment dans son lit. Ses lèvres pleines tentent un sourire. Je repense à la raison de sa présence au salon. C’est trop facile, trop tentant…

Je lui tends la main pour sceller notre accord, elle la saisit, et je lui réponds : – Et sinon, puisque ça s’envoie en l’air dans toutes les chambres, je propose qu’on se mette au diapason.


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