Tome 2/3

  • Urban Fantasy
  • Série : Eliza Knox – Tome 2
  • 1° édition 2021
  • Disponible en grand format papier et numérique

Eliza Knox 2 - Fleur Hana

Présentation

Je suis morte. Encore. Ça devient lassant…


Il paraît qu’un jour a carrément été décrété fête nationale pour célébrer mon absence !
Pas de bol, les gars, je suis de retour. Mais j’ai tout perdu : mon job, mon appartement sur Terre, l’accès à l’Enfer…
Ah si, j’ai quand même gagné un truc : un ange guerrier en guise de chaperon ! Je demanderais bien qu’on abrège mes souffrances, mais j’ai déjà tenté, ça marche pas.


Les humains partent complètement en vrille, des hybrides à la solde d’un psychopathe nous volent les âmes qu’on devrait récolter, et les métamorphes se rebellent…

Pas de souci, c’est pas comme si on devait gérer la fin du monde sans l’ombre du début d’un plan… Si ?

Découvrez dès aujourd’hui la suite des aventures de votre faucheuse préférée.
Armes et sarcasme toujours affutés, Eliza Knox revient dans un deuxième tome qui vous tiendra en haleine de la première à la dernière page !


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

La première version de cette histoire remonte à 2015 et n’était pas assez aboutie pour la publier. Depuis, j’ai pris un peu d’assurance (mais pas trop) et j’ai remanié ce premier tome pour enfin réaliser un rêve d’autrice !

Chaque fois que je me lance dans un nouveau genre, j’ai peur de tomber à côté. Et chaque fois, vous êtes là pour accueillir mes idées et les soutenir !


Vos avis

Encore meilleur que le premier, ce tome déchire !

Jennifer Torres

Eliza, une fantasy à suspense pleine d’humour. Avec des personnages puissants et charismatiques, un univers démentiel parfaitement décrit, ce 2ème tome vous embarque dans un tourbillon de bonheur

Joy Pierre

Un deuxièmement tome toujours aussi addictif, drôle et au rythme haletant. Eliza est une héroïne comme on en voudrait plus !

Isabelle Louis

Premier chapitre offert

Chapitre 1

Eliza…

Ça recommence ! Je me tue, et j’ai quand-même droit à l’épreuve du Purgatoire, sérieusement ?

Réfléchis un instant.

J’aimerais bien, mais vois-tu, j’ai la sensation d’être… Attends une seconde : pourquoi je n’arrive pas à ouvrir les yeux ? Ni à bouger ? Et merde ! Je me suis enfoncé une lame dans le cœur, bien sûr que je suis morte ! Alors c’est ça, le Néant ?

Détends-toi, tu as besoin de trouver le repos…

J’ai surtout besoin que tu la boucles, pour réfléchir ! D’ailleurs, depuis quand on peut cogiter après avoir définitivement passé l’arme à gauche ? Cela dit, personne n’est jamais revenu du Néant pour nous filer le mémo, ou alors Robert a encore failli à sa mission. Si je n’étais pas décédée, je me chargerais de cet incompétent ! Il me pourrit la vie depuis… depuis…

Tu vois : tu t’énerves, et tu ne sais même plus comment tu t’es retrouvée ici.

Qu’est-ce que tu comprends pas quand je te dis de la mettre en veilleuse ? Je me rappelle parfaitement comment je suis arrivée… euh… ben nulle part, du coup. Le Néant, c’est bien « nulle part », non ? Techniquement, si y a rien… Oh et puis, on s’en fout !

Attends… je m’en souviens ! C’est à cause de cette boursouflure sur pattes d’Asmodée. Je l’ai refoulé il y a plus de trois siècles, et depuis, je suis l’ennemie à abattre. Il doit bien se marrer, en sachant qu’il a réussi son coup.

Tu en es sûre ?

Le concept de la mort finale, c’est une sorte de torture qui m’impose un Jiminy Cricket insupportable, genre, pour toujours ? On va errer, ma conscience relou et moi, jusqu’à la fin des temps ? OK, je me parle souvent à moi-même, mais en règle générale, je suis d’accord avec ce que je pense, alors que là, non ! Bien sûr qu’Asmodée ne peut pas être à l’origine du chaos qui m’a conduite (ma localisation exacte restant à déterminer, puisqu’on ne m’a fourni aucun plan doté d’un point rouge libellé « vous êtes ici »). J’ai aussi la désagréable sensation d’avoir été enterrée vivante dans une boîte à sardines. Ce qui n’a aucun sens, étant donné que je suis morte. Si je continue dans cette voie, je vais me luxer une synapse, et Dieu seul en connaîtrait les conséquences dans l’après-vie. Non, je vais jouer la prudence et essayer de comprendre… Comment en suis-je arrivée à me sacrifier pour le bien de l’Humanité ?

Si j’étais mauvaise langue (si peu !), je dirais que les ennuis ont débarqué en même temps que Léandre. Dès qu’il s’est pointé chez moi, à San Francisco, tout est parti en cacahuète ! Pourquoi un stagiaire ? Je ne suis tellement pas la bonne personne pour ce job, que c’est à se demander si mon suicide n’était pas le véritable but de ce plan. L’Enfer voulait se débarrasser de moi, et me coller un élève dans les pattes semblait un bon début. Spoiler : ça a fonctionné. Maintenant que j’ai clamsé, je peux bien l’avouer : je ne regrette pas une seconde des heures passées à transmettre à Léandre ce que j’ai appris de mon mentor, puis ce que j’ai acquis seule. Quand on ne pratique pas les péchés (ni les capitaux, ni les mineurs), et qu’on s’excommunie volontairement, on découvre des tas de trucs sans l’aide de qui que ce soit. J’ai adoré voir les yeux de mon stagiaire briller à chaque nouvelle initiation. Après, c’est vrai, son arrivée dans ma vie coïncide avec celle des emmerdes. Qu’il possède le troisième œil et balance ses prophéties sans préavis aurait dû m’alerter, aussi…

Je vais être honnête, puisque je suis bloquée avec mon moi profond pour ce qui s’annonce être une éternité d’introspection dans un trou dont je préfère ignorer la nature.

Je ne crois pas au hasard. Jamais. Mais je m’autorise une exception pour Léandre, car je ne vois absolument aucun lien entre lui et l’affaire qui nous a occupés pendant des mois. Aucun rapport entre mon stagiaire sans filtre et des mutations génétiques foireuses tombées du ciel. Littéralement.

Tu vois, tu progresses.

Oh ! À un moment, toi et moi, on ne va pas pouvoir cohabiter si tu ne me laisses pas analyser tranquille les circonstances de mon trépas ! Donc s’il te plaît, et en toute amitié : ta gueule !

Je ne dis plus rien.

Merci. Où en étais-je ? Oui, les mutations. Au final, un métamorphe disparaît, et qui doit enquêter au lieu de récolter son quota d’âmes ? Voilà, moi. Et qui est désigné pour m’aider dans cette mission ? Un bébé faucheur allergique aux eucalyptus. Foutus métas ! Comment je me suis retrouvée au milieu de leurs histoires ? Quand on connaît mon absence totale de gène de la diplomatie, me nommer au poste d’ambassadrice de l’Enfer à San Francisco ressemble à une bonne blague. Ça ne m’a pas fait rire un instant, mais si j’avais été dans le camp adverse, j’aurais fêté ça avec une énorme fiesta. Et ils l’ont fait ! Janis m’a dit qu’il y avait même des piñatas à mon effigie… Bienvenue dans ma vie !

On n’a pas déjà dit que tu étais heureuse d’avoir rencontré Léandre ?

On n’a pas déjà dit que tu devais te taire ? Et je ne jette pas la pierre à Léandre, il a été utile, à sa façon. Il fait un excellent radar à vampires et goules, je n’avais jamais si bien repéré les brouillons qu’avec ses talents prophétiques. Dommage qu’il n’ait pas des yeux-lasers, un truc cool quoi, parce que pour les mutations génétiques, c’est pas ça… Je veux dire, on est bien d’accord que créer ces abominations difformes et puantes pour les abandonner sur Terre, ça se pose là, comme cadeau empoisonné ! C’est bien beau d’enfanter un tas de races bâtardes et se barrer ensuite sans filer le mode d’emploi. « Allez, mes braves brebis, je vous abandonne l’Univers, n’oubliez pas d’arroser Maurice le ficus, et d’aérer de temps en temps ! »

Tu blâmes Dieu, Eliza ?

Non, penses-tu… On est tous ravis de se coltiner le maintien de l’équilibre après qu’Il a commis le péché le plus impardonnable. Aucun souci. C’est pas comme si un fada, dont on ignore toujours l’identité ou le dessein, avait pris possession du Purgatoire pour faire évoluer les âmes errantes équilibrées en êtres hybrides increvables, puis les envoyer foutre le bordel chez les humains ! On gère. Enfin, on gérait, vu que j’ai gagné un aller simple pour le Néant en ta charmante compagnie. Ma charmante compagnie. Je reconnais le sadisme de la punition : aucun moyen d’échapper à soi-même. Tordu et efficace. Tu deviens vite fou, et tout le monde sait qu’on ne revient pas de la folie.

Comme ce pauvre Tamiel qui a choisi le mauvais camp. S’allier avec le mégalo du Purgatoire n’a pas réussi au déchu. M’espionner et lancer un nécromancien raté à mes trousses non plus. S’il avait été un peu patient, il se serait vite rendu compte qu’il n’avait pas à se fatiguer : je fais le job sans l’aide de qui que ce soit ! Non seulement je me suis portée volontaire pour une mission kamikaze au Purgatoire, mais en plus, je me suis débrouillée pour littéralement m’y suicider. Je me demande si Dieu est dans le coin, à papoter avec Sa conscience, comme moi, ou s’Il a une suite penthouse avec une vue imprenable sur Son royaume qui se pète la gueule. J’imagine qu’Il s’est barré à temps…

Tu parles de l’équilibre ?

Bien sûr que je parle de l’équilibre ! Tu penses qu’il va se passer quoi, quand ce barjot aura levé une armée suffisamment puissante pour tout contrôler ? Déjà qu’il convertit des âmes équilibrées après les avoir snipées ! Et me lance pas sur ça, je vais me fissurer une molaire à force de serrer les mâchoires. Attends un peu, si je me casse une dent dans le Néant, ça marche comment, la régénération ? Dans le doute, je vais pas jouer les téméraires, personne n’aime sentir l’émail couper sa langue. OK, des tas de damnés adorent ça, mais je n’ai jamais fait partie de leurs rangs. C’est bien le souci. Je me serais moins impliquée si j’avais été une faucheuse comme les autres. « Fais ton job, Eliza, adonne-toi à la luxure, vole, mens, trompe, goinfre-toi et n’en glande pas une ! » Mais non, il a fallu que je m’inquiète et que j’intègre ce foutu Synode ! Une alliance avec le Ciel, rien que ça ! Je suis tombée sacrément bas, quand j’y pense…

C’était pénible à ce point ?

Ça va bien, toi, hein ! Non, OK ! On a tatané du vampire dans une cohésion incroyable, c’était dingue, fun et efficace… même ce guerrier imbuvable l’était un poil moins, à terme. Jusqu’à ce qu’il me tue pour m’envoyer au Purgatoire, bien sûr ! Planter ma propre dague dans mon propre corps… Il a de la chance que je sois bel et bien morte.

Sinon quoi ?

Je l’aurais… Je l’aurais…

Rien du tout. Et tu le sais.

Il est juste plus expérimenté ! Si j’avais eu plus de temps pour étudier sa technique de combat, j’aurais fini par trouver son point faible. J’avais bien réussi à identifier celui de William !

Tu as sauvé William.

Oui, j’espère. Et Léandre aussi.

Tu oublies les deux anges.

Ils ne comptent pas.

Bien sûr que si.

OK, ils comptent, mais que pour un.

Elizabeth.

… un et demi.

Elizabeth !

D’accord ! Je suis soulagée que tout le monde s’en soit sorti !

Sauf toi.

Tu ne penses plus ?

Je suis morte, je peux avoir une minute pour digérer l’info ? Léandre avait prédit mes derniers instants et j’ai rien capté. Les prophéties sont le plus souvent comme un meuble Ikea sans notice : inutiles. On réalise leur signification après coup, tu parles d’un don… N’empêche, il avait vu mon passage dans le Néant depuis tout ce temps, et ne s’en souvenait même pas. Je préfère de loin savoir manier mes armes et sniper les âmes qu’avoir un don gadget genre troisième œil.

Comme avec Hadriel ?

Pourquoi tu le remets sur le tapis ?

C’était fun, non ? Tu l’as déjà admis.

L’entraînement était sympa, d’accord, mais je n’irais pas jusqu’à dire inoubliable. Le Viking est quand-même bien agaçant.

Tiens, toi aussi tu utilises ce surnom, maintenant ?

Il entretient le look, on s’y fait. Puis surtout, on s’en fout puisque je ne le verrai plus. Je peux aussi reconnaître que je le trouve sexy, ça ne changera rien. Surtout que ça ne le rend pas moins ange ni moins abruti. Ted Bundy était charmant et ses victimes ne se sont jamais méfiées ! Je l’ai peut-être échappé de justesse, en réalité !

Tu t’égares, tu devais réfléchir à ce qui t’a amenée ici.

C’est toi qui reviens sur l’ange guerrier ! Tu m’y fais penser et tu joues les rabat-joie ? Les consciences funky, ça existe, et j’ai hérité de la plus chiante disponible ? Ou c’est la punition standard ? Quand j’étais en vie…

Tu étais déjà raisonnable et compatissante, Elizabeth Knox, tu n’abandonnais jamais. Encore moins les tiens.

T’es en train de me reprocher mon suicide, là ?

Non.

Je préfère, parce que je te rappelle que je me suis sacrifiée pour permettre à tout le monde de se barrer. Mais sinon, on a appris quoi, au Purgatoire ? Que dalle ! Tout ça pour rien ! L’équilibre est toujours menacé par le psychopadingo de service, l’avenir des humains aussi, et tout ce qu’Il a créé risque de nous exploser à la face ! Tu parles d’une réussite ! Et quand je dis « nous », encore une fois, je m’emballe, vu que pour ma part, je suis déjà dans le Néant. Le prix du mètre carré va bientôt flamber dans le coin, t’en as conscience ? Je ne sais pas s’Il avait prévu l’Apocalypse, mais quand tout ce beau monde se retrouvera en pleine introspection pour l’éternité, ce sera quoi la suite ? Ça n’a aucun sens ! Quelle idée de merde ! Même Léandre aurait trouvé mieux, et c’est le roi des plans foireux !

Tu es en colère, et il te manque.

Je lui ai dit au revoir il y a moins d’une heure, il ne me manque pas encore, ne dis pas n’importe quoi. Il me manquera peut-être demain. Ou dans un an. La notion du temps m’est étrangère ici, on verra bien.

Les humains te manquent.

J’aimerais bien un bouton pour t’éteindre.

Il m’a créée ainsi.

Oui, ben encore une fois, Il a préféré mourir au lieu d’assumer Son bordel. Pas sûre qu’être une de Ses créations soit une référence.

Tu Lui en veux.

On tourne en rond ! Tout le monde Lui en veut ! Le seul avec le superpouvoir des mots, et Il s’est barré avec ! Même les anges ont les nerfs ! Ils font genre « Mais non, tout va bien, Papa a toujours raison, hi hi ! Chevauchons des licornes hermaphrodites dans des champs de coquelicots ! » Paraît qu’ils couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête, quand ils ont senti qu’Il S’ôtait la vie. Je n’aime pas les lâches.

Tu blasphèmes encore, Eliza.

Flash news, je suis une faucheuse ! Chacune de mes pensées est un affront pour le Paradis.

Tu en es sûre ?

Tu m’emmerdes.

Soit.

Tu sais quoi ? C’est pas ma façon de penser, ma conscience ne devrait pas avoir un balai dans le fion… C’est quoi le deal ? On débarque dans le Néant et on est formaté ?

Tu t’égares à nouveau, on se recentre ?

Je vois, une petite critique, et on se vexe. OK, je n’ai rien d’autre prévu dans mon planning, de toute façon, alors résumons. On a des créatures hybrides inventées par un savant fou non identifié, élaborées à partir d’âmes équilibrées qui, au lieu de sortir du Purgatoire une fois triées, s’y retrouvent bloquées. Là, elles deviennent des choses à mi-chemin entre l’homme et le loup. Les expériences sur les brouillons étaient des essais, et il est évident que les vraies cibles sont les humains. Leurs âmes snipées deviennent de parfaits petits soldats pour mener une guerre dont on ignore tout, sinon qu’elle foutra l’équilibre en péril. Comme tout méchant qui se respecte, celui du Purgatoire recherche amour, gloire et beauté, mais par-dessus tout le pouvoir. Un traumatisme de la petite enfance, je suppose… Du coup, on trinque, et comme on ne sait ni à qui on a affaire, ni comment le mettre hors d’état de nuire, on organise des expéditions suicides du genre de celle qui m’a poussée à définitivement m’ôter la vie.

Tu vois, jusqu’à présent personne n’avait relevé ce détail.

Lequel ?

Le fait que les brouillons n’étaient pas la cible.

Ça tombe sous le sens.

Tu crois ?

Je ne sais plus si on l’avait abordé, mais pourquoi sniper les âmes équilibrées si Super Vilain n’a qu’à se servir parmi les brouillons ?

Voilà, on avance.

Tu réalises que ça n’a plus aucune importance ? Je veux bien jouer, comme je t’ai dit, ça m’occupe, mais ça nous fait une belle jambe, maintenant qu’on se balade quelque part dans le Néant dont personne ne revient jamais.

Pas les brouillons, uniquement les humains.

Oui, c’est logique : les brouillons n’ont pas d’âme. Fallait voir Tony, le premier métamorphe qu’on a retrouvé à moitié transformé. On lui avait implanté une essence de force, ça a mal tourné pour lui, dans tous les sens du terme. Il était moche à voir.

Donc…

Donc pour créer son armée d’hybrides, Super Vilain a besoin d’âmes équilibrées, et c’est pour ça qu’il envoie ses sbires les sniper ! Mais cette information, même si j’étais encore en mesure de l’apporter au Synode, on en ferait quoi ?

Je ne sais pas. Ce serait toujours ça en plus.

Certes. Enfin bon, ça me paraît compromis. Plan B ?

Oh, t’es là ?

Me dis pas que j’ai atteint un nouveau cercle du Néant où on ne peut plus discuter avec sa conscience ! Je commençais à m’habituer à toi ! Reviens, merde ! Je refuse de passer l’éternité avec moi-même sans me répondre ! Puis c’est comme qui dirait étriqué, par ici, et y a un vieux relent d’humidité, limite moisi. Refouler la tata en fin de vie qui pourrit de l’intérieur et chez qui ça commence à se voir de l’extérieur, c’est plutôt raccord avec l’idée d’un supplice éternel. Quelques asticots et ça collerait déjà plus à ce qu’on imagine, comparé à une longue conversation avec ses pensées les plus refoulées… Je retente, dans le doute :

Conscience ?

Euh… T’es vexée ?

Bam !

T’enflamme pas, hein, on peut discuter d’autre chose !

Bam !

Bam !

Mais c’est quoi, ce bruit ? On peut avoir des voisins, ici ? Quelqu’un m’entend penser et me répond en morse ? Je n’ai jamais appris ce code, je vais re-re-re-mourir d’ennui faute d’avoir pris le temps de m’intéresser à un langage bizarre composé de…

Bam !

Le concept de cette mort m’échappe, on ne va pas se mentir, mais si je peux les entendre, alors eux aussi !

– Hé !

Je peux crier ? Le Néant, c’est pas l’absence de tout, y compris de l’air ? Non, bien sûr que non, puisque je peux penser et que, par définition, ce n’est pas rien. Ce ne serait pas la première fois que l’humanité se plante sur la sémantique.

– Y a quelqu’un ?

J’ai toujours aimé la solitude, mais là, j’apprécierais qu’on me réponde. Ce serait pas mal. Un petit signe, et chacun retourne à son trou. Je suis dans un trou ? Je peux bouger ? Pourquoi l’autre abrutie de conscience ne m’a rien dit ? Attends, j’ai l’impression d’être dans un cerc… Oh, merde ! Pourquoi ça tremble comme ça ? C’est de la terre que je me prends sur la tronche ? Ils foutent quoi ? J’ai bien saisi l’essence de la mort définitive : RIP[1]. Ben pour le « peace », on repassera !

Bam !

Une lueur trop vive m’aveugle d’un coup, et j’ai à peine esquissé un geste pour protéger mes yeux que je suis empoignée… et transposée.

J’ai eu le temps de voir un détail qui m’horrifie bien plus que la perspective de passer l’éternité seule et allongée dans le noir : une auréole. Je ne suis pas dans le Néant : j’ai atterri au Paradis !


[1] Rest In Peace : repose en paix

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