Eliza Knox – Tome 1/3

  • Urban Fantasy
  • Série : Eliza Knox – Tome 1
  • 1° édition 2020
  • Disponible en grand format papier et numérique

Présentation

Depuis que Dieu est mort c’est la merde, et ça ne risque pas de s’arranger.


Trois siècles à faucher des âmes en solo pour Lucifer, et ma seule récompense est de me coltiner un (boulet) de stagiaire. En bonus, un titre (foireux) d’ambassadrice me tombe dessus pour représenter l’Enfer à San Francisco. Ça m’apprendra à tourner le dos aux péchés capitaux !


Cerise sur le gâteau (de mon désespoir), des (abrutis) de métamorphes disparaissent dès mon premier jour.
Ma mission ? Maintenir l’équilibre cosmique… (et accessoirement ma santé mentale).
En plus, j’ai même pas prié que les anges se sont pointés, dont un (chiant) à se damner.

Dieu a bien fait de se tirer, je vous le dis…

Au croisement de Supernatural et Buffy contre les vampires, confierez-vous votre âme à Eliza ?


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

La première version de cette histoire remonte à 2015 et n’était pas assez aboutie pour la publier. Depuis, j’ai pris un peu d’assurance (mais pas trop) et j’ai remanié ce premier tome pour enfin réaliser un rêve d’autrice !

Chaque fois que je me lance dans un nouveau genre, j’ai peur de tomber à côté. Et chaque fois, vous êtes là pour accueillir mes idées et les soutenir !


Vos avis

Très bonne surprise pour moi qui ne lis pas beaucoup de fantasy, mais écrite par Fleur, ça change la donne. J’ai beaucoup aimé l’histoire, très prenante, mais surtout l’humour toujours présent. Eliza et Léandre m’ont bien fait rire, et j’ai hâte de lire la suite de leurs aventures.

Chris Doe

J’aime l’Enfer et le Paradis de l’auteur, voilà une belle imagination, des personnages percutants et beaucoup d’humour et je n’ai qu’un mot à dire : la suite svp.

Bérénice Dux

Une histoire rempli d’humour et de bonnes répliques qui rendent le texte fluide à lire et difficile à lâcher. Hâte de lire le 2ème tome.

Lexa

Premier chapitre offert

Chapitre 1

Un vampire, une goule et un humain.

Ça pourrait être le début d’une blague de mauvais goût. C’est surtout l’histoire de ma vie et l’une des nombreuses missions d’une faucheuse. Pas de bol, c’est officiellement mon job. Et de manière plus globale, je suis damnée. Littéralement, ce n’est pas qu’une façon de parler. Mon devoir implique donc également de me préoccuper de ce type d’imprévus.

À l’angle du centre commercial de Westlake, derrière les chariots, deux raisons de ne pas passer mon chemin se partagent le corps sans vie d’un être plus tout à fait humain, pas encore devenu l’un des leurs. Ces créatures n’hésitent pas à s’allier pour ripailler, puis s’ignorent cordialement le reste du temps. Si au moins elles s’entretuaient et nous mâchaient le travail… au lieu de mastiquer un pauvre type.

Ma dague bien en main, j’évalue mes options lorsque je sens une nouvelle présence à mes côtés. Fantastique. Tout ce qui manquait à mon début de soirée était un ange. Je jette un rapide coup d’œil dans sa direction et constate qu’elle n’en a pas après moi. Grande et élancée, ses cheveux noirs sont coupés court, au niveau de ses oreilles, et j’ai la vague impression d’être face à la version en chair et en os d’Olive, la femme de Popeye. Le fait qu’elle ne me manifeste pas d’hostilité est assez louche pour me pousser à m’éloigner de cette fille, tout en focalisant mon attention sur les deux créatures aux visages couverts de sang. Et de bouts de cervelle. Miam. Rien de tel pour terminer une journée de travail que de se frotter à des fluides et matières corporels.

Normalement, ce n’est pas mon boulot de botter le cul des dégénérés tels que les goules et autres vampires. Il y a des damnés dont c’est l’occupation principale. Comme j’ai une chance phénoménale et que je n’ai pas encore atteint mon quota de catastrophes du jour, je suis tombée sur cette sympathique scène en rejoignant la porte de l’Enfer. Quand on trébuche sur une orgie pseudo-cannibale, il y a seulement deux façons de réagir : soit on se joint à la fête, soit on l’interrompt. N’étant pas très penchée sur le sang, la chair humaine et la substance cérébrale en guise de dîner, la décision a rapidement été prise et j’en étais donc à déterminer qui des demeurés j’allais tuer en premier quand l’ange s’est ajoutée à l’équation.

Troisième option, maintenant qu’Olive est là : je me tire ? Ou je l’aide ? À en juger par les picotements dans mes muscles, mon corps réclame cette dose d’adrénaline. OK, je reste.

Je fais craquer les os de mes doigts, plus pour attirer l’attention de mes adversaires que par nécessité. Parfait : la goule lâche son steak et avance vers moi. Son air ahuri m’indique qu’elle pense très fort « viande fraîche ». Je raffermis la prise de l’arme dans mon poing sans qu’elle ne se préoccupe de ce détail. C’est l’avantage avec les abominations dont l’unique objectif est de manger : à leurs yeux, je suis un gros hamburger, ce qui me garantit toujours l’effet de surprise. Le véritable danger dans ces situations est lié au nombre d’adversaires qu’on doit affronter à la fois. Et au fait qu’une faucheuse aussi expérimentée que moi peut être blessée. En particulier sur Terre. J’entends la voix de mon mentor qui me dirait : « Tu aurais dû t’éclipser et laisser l’ange gérer le problème, Eliza. » Sauf que je ne suis pas du genre à tourner le dos à mes responsabilités. Peu importe si, finalement, j’aurais été dans mon droit de me barrer : que nous venions du Paradis ou de l’Enfer, maintenir l’équilibre est notre priorité. Ces bestioles le menacent. En plus, j’aime trop me battre pour refuser cet exercice imprévu.

Lorsque la goule fonce sur moi, je pivote de profil, tends le bras gauche qui s’écrase sur sa gorge et en profite pour planter la lame de mon arme préférée dans l’œil de ma victime. Elle recule sous les différents chocs simultanés, me donnant l’opportunité de saisir la hache de guerre à ma ceinture puis de la décapiter. Il me faut seulement trois coups, dont chaque impact vibre jusque dans mon épaule, pour atteindre mon objectif. Je maîtrise parfaitement ce geste qui est enseigné à tous les damnés ; le résultat est aussi propre que possible, considérant le contexte. Disons que si la chair naturellement en décomposition de cette espèce me facilite le travail, ça n’empêche pas les dommages collatéraux. À savoir les éclaboussures aux sons glamours se superposant à ceux de la lame tranchant l’épiderme. Je me retourne à temps pour découvrir l’ange en train d’achever de la même façon l’humain contaminé. Oui, cette technique fait aussi partie de l’entraînement des êtres célestes. Nous avons quelques points communs, peu nombreux, Lucifer soit loué.

Décidée à lui laisser la tâche de brûler les restes afin d’éliminer toute possibilité de régénération –ainsi que d’épidémie–, je reprends mon chemin au moment où le vampire plonge les crocs dans l’épaule de la guerrière. Il parvient à l’entourer de ses bras et à la maintenir contre lui, malgré les mouvements frénétiques de celle-ci. Un soupir plus tard, je me résigne à faire demi-tour et envoie une étoile shuriken sur la sangsue. Je n’ai aucune illusion sur l’effet que cette attaque aura : le but est de créer une diversion, pas de la blesser. Encore une fois, l’absence d’intelligence de cette race joue en ma faveur et elle lâche Olive pour s’intéresser à moi.

Viens par ici, Edward…

Le manche de ma hache fermement enserré au creux de la paume, j’ancre mes Rangers dans le sol et attends que le vampire soit assez près pour lancer le bras en avant tout en effectuant un tour sur moi-même. Spectaculaire et efficace, en toute modestie, mon attaque fait mouche et sa tête se détache presque totalement du buste. J’ajoute un coup de pied sauté avant qu’il ne tombe et termine ainsi la décapitation.

Pendant que j’époussette une phalange égarée de mon pantalon de treillis noir, je discerne les passants qui marchent non loin de nous. Ils s’éloignent instinctivement du carnage sans avoir la moindre idée de notre présence et de ce qui vient de se produire en plein centre-ville de San Francisco. C’est l’avantage d’être invisibles à leurs yeux. Je me redresse et avise la scène. Ayant accompli bien plus que mon devoir, j’essuie les lames de mes armes sur les vêtements des corps sans tête. Je lance à l’ange sans lui accorder un regard :

– Brûle-les.

Je repars enfin, déterminée à effectuer ma livraison d’âmes à Lucifer pour m’octroyer ensuite quelques heures de repos. Chez moi m’attend une baignoire qui ne demande qu’à être remplie et m’accueillir jusqu’à ce que mes muscles se détendent.

Je récupère ma moto exactement où je l’ai laissée, les clefs sur le contact. Comme pour tout ce qui concerne les damnés sur Terre, personne ne voit mon Aprilia RSV4 Factory. Benoît, le nécromancien que j’embauche en cas de besoin, a lâché quelques sorts. Ça m’évite de prêter attention où me garer et de m’encombrer du trousseau : aucun damné ne me la volerait, aucun céleste n’oserait y toucher, aucun humain n’a conscience de son existence. J’enfourche ma sportive noire et mets mon casque. Je ne peux pas mourir d’un accident, me blesser n’est toutefois pas exclus, et salement. Inutile de tenter le diable. Ah ! Je suis hilarante. Je démarre la machine et la sensation de vitesse est déjà là avant que je ne bouge. Tout est toujours dans l’anticipation. Un mouvement souple du poignet droit, et me voilà à slalomer parmi les voitures afin de rejoindre Castro Street. Je me gare devant la façade arborant le drapeau LGBT arc-en-ciel. Pour les passant, c’est une fresque colorée comme on en voit partout dans ce quartier. Pour les damnés, c’est ici que Lucifer a situé le passage entre San Francisco et l’Enfer. Mon roi aime les symboles et milite pour la liberté sexuelle qu’il pratique assidûment.

J’aurais pu m’y transposer, j’adore cependant les sensations que me procurent mes trajets sur deux roues. Encore un détail qui me différencie de mes semblables pas si semblables. Ils optent tous, dès que possible, pour le mode de transport visant à transposer son être d’un lieu à l’autre, en pensant simplement à l’endroit où on souhaite se rendre. Moi, j’apprécie les plaisirs basiques comme la vitesse et le danger maîtrisés.

Je franchis la porte sans incident (ça nous change) et découvre William qui m’accueille de l’autre côté. Mon ami et mentor, fidèle au rendez-vous, sans surprise. Je connais la raison de sa présence. Il a senti que j’arrivais et, comme régulièrement depuis que je ne vis plus en Enfer, il est là pour me convaincre de changer d’avis. Ça fait des mois que j’ai élu résidence sur Terre, il est tenace. Presque autant que moi.

– Si tu te décidais à revenir vivre ici…

– Bonjour à toi aussi, Will.

Je ne m’arrête pas, connaissant le couplet qu’il va me servir. Nous savons tous les deux que c’est peine perdue. Car en Enfer, il est de bon ton de s’adonner aux sept péchés capitaux, ainsi qu’à tous les autres, mineurs. Ne pas suivre cette tendance est une hérésie, une insulte aux princes les représentant. Or, je ne trouve aucun attrait à ces pratiques.

Rien ne m’oblige à demeurer sur Terre. L’Enfer m’offrirait d’ailleurs un confort de vie incomparable et n’importe qui n’hésiterait pas un instant. Entre la Terre et ses inconvénients face à l’Enfer et son luxe, le choix est évident. Pour tous les autres. Pour moi, il est contre-nature : c’est bien là le problème et la raison du harcèlement que je subis quotidiennement de la part de mon mentor.

En vivant parmi les miens, les damnés de plus bas niveau seraient à mon service et je récupérerais mon énergie en deux fois moins de temps. Je serais également plus au centre de l’attention et donnerais le bâton pour me faire battre. Si William se fiche de mes habitudes, elles n’ont pas échappé aux ennemis que je suis parvenue à me faire, malgré moi, au fil des ans. Trois siècles et demi après, il est difficile de constamment dissimuler son mode de vie. Aujourd’hui, j’ai perdu l’espoir de passer inaperçue. En revanche, je ne souhaite pas pour autant devenir la cible des extrémistes. C’est une perte de temps de se défendre et d’esquiver leurs manigances. J’aspire à une tranquillité que l’Enfer ne peut plus m’offrir en tant que foyer.

Je ne suis pas naïve : si j’étais moins douée dans les missions qui me sont assignées, aucune doléance n’aurait été entendue suite aux plaintes de ce Ku Klux Klan version infernale. On change le cadre, on garde les imbéciles : sur Terre ou ici, il ne fait pas bon être différent. Ce qui me sauve la mise et me privilégie sur le choix de mon lieu de vie est que je suis l’une des meilleures faucheuses et une combattante encore plus précieuse.

Le compromis que Lucifer m’a proposé en contrarie plus d’un. Les termes stipulent que je peux vivre sur Terre en effectuant mon travail avec autant d’excellence que j’en suis capable. Et surtout : ne pas faire de vagues. En ces temps de pénurie d’âmes, se passer d’un élément efficace tel que moi serait stupide. Le roi de l’Enfer a beaucoup de défauts qu’il cultive avec attention, la bêtise n’en fait toutefois pas partie. Je bénéficie d’un traitement de faveur qui a pour but de maintenir la moyenne de récolte d’âmes au maximum. Tant que je suis au top, Lucifer ne reviendra pas sur cet arrangement. Toujours est-il que son intérêt pour ma petite personne jette de l’huile sur le feu de ma réputation parmi les damnés. Je n’irais pas jusqu’à prétendre que je suis sa chouchou, mais sa protégée, oui. Il ne m’a jamais dit pourquoi il veillait sur moi, j’ai pourtant rapidement compris que mes qualités de faucheuse en étaient la raison.

Si je suis bien plus tranquille sur Terre, William déplore cependant la distance que mon nouveau domicile instaure entre nous. Je ne lui ai pas demandé de me suivre, ça aurait été une insulte. Il mérite de rester parmi l’élite, il est plus expérimenté que moi et vit selon les sept péchés. Si la solitude m’a d’abord pesé dans l’appartement que j’occupe à présent, je la chéris autant que les instants partagés avec mon mentor, rares, mais significatifs.

– Tu pues l’ange.

Bien sûr, quand il m’abreuve de mots tendres, je suis un peu moins fan de sa compagnie. Will me suit jusqu’au palais dont l’architecture copie le château de Versailles. Le roi ne fait rien à moitié et remodèle sa demeure selon ses humeurs. En ce moment, il a une préférence pour l’emblématique palais des souverains de France. Oui, il est mégalo et le vit bien. Le soleil couchant confère au paysage une ambiance noble et poétique en totale inadéquation avec ce qui se déroule derrière les nombreuses fenêtres des façades. La mégalomanie s’accompagne rarement de raffinement.

J’entre sans répondre à Will. Il ne fait pas d’autre commentaire et attend que je livre les âmes récoltées durant ces dernières vingt-quatre heures. Ce que je fais sans réfléchir, les gestes répétés depuis des siècles sont devenus automatiques. Je récupère mon planning auprès du secrétaire psychorigide de Lucifer qui relève à peine la tête en me tendant la feuille où figurent les heures et lieux de récoltes. Je fais encore partie de l’équipe de jour, pour l’instant.

Une fois que je me suis acquittée de ce qui équivaut à pointer après une journée de travail, je ressors : William est toujours là. Il me raccompagne en silence. Je l’apprécie trop pour le quitter ce soir sans avoir un mot agréable envers lui, aussi je m’immobilise et attends qu’il s’aperçoive de mon arrêt.

Les rues de l’Enfer s’accordent avec le palais, on ne peut pas reprocher à Lucifer son manque de goût pour le décorum. Tout est immaculé, les fontaines procurent aux damnés une bande-son cristalline et, si je ne connaissais pas les lieux, je croirais être… Non, pas au Paradis. Je ne blasphémerai pas ici, y compris en pensées. Disons simplement que l’habit ne fait pas le moine. Merde, j’ai blasphémé malgré tout ! Une chance que ce soit juste mentalement.

– Tu me manques aussi, Will, je murmure quand il se poste face à moi, les bras croisés.

– Je n’ai pas dit que… tu me gonfles, Eliza.

Un sourire étire mes lèvres. En réagissant ainsi, je prends le risque de le vexer et de démarrer une guerre du silence qu’aucun de nous ne sera enclin à rompre. Il n’aime pas parler de ce qu’il ressent, également me concernant. Nous disputer était un rituel de notre vie commune auquel j’étais habituée. Aujourd’hui, je préfère profiter de ces instants auprès de lui autrement qu’en nous provoquant mutuellement.

– J’aimais être ta coloc, mais ce n’était vraiment plus possible. Et tu le sais.

– Non, je ne le sais pas.

Mon mentor, comme tous les faucheurs, a 27 ans pour l’éternité. En apparence. En réalité, il ne m’a jamais donné son âge. Pour avoir entendu Bélial en parler un jour, je sais qu’il est proche du millénaire. À le voir, en revanche, on penserait qu’il a 5 ans et fait un caprice. Il n’a pourtant rien d’un gamin, bien sûr. Grand, mince et élancé, ses cheveux bruns sont coupés court et encadrent un visage délicat aux traits aristocratiques. En temps normal, il affiche une expression impassible et est connu pour son self-control. Avec moi, ses sourcils sont souvent froncés, ses lèvres fines pincées et ses yeux noisette virent au noir. J’aimerais dire qu’il s’agit d’un de mes super pouvoirs, je ne fais cependant rien pour obtenir cette réaction de sa part. Ce doit être un don, du coup.

Il m’a formée à mon arrivée en Enfer et a pris dans ma vie la place que mon père n’a jamais occupée durant mon existence humaine. Notre relation est d’ailleurs une des raisons principales à ma mise à l’index : nous sommes liés par l’affection qu’un parent porte à son enfant et n’avons pas couché ensemble. Au grand désespoir des défenseurs du péché de luxure qui sont sûrement les plus virulents parmi mes détracteurs.

Les damnés ont conservé ce trait de leur humanité qui consiste à craindre ce qu’on ne comprend pas. Pour eux, je suis une énigme et je perturbe donc l’ordre établi ici-bas. J’ai du mal à leur en vouloir ; je ne saisis pas non plus ce décalage avec eux. Même si je suis toujours l’une des leurs, même si j’accomplis des missions similaires aux leurs, même s’ils sont contraints de me croiser… chacun trouve son compte à mon absence. S’ils ne sont pas témoins des préférences de Lucifer envers moi, ça me donne des points bonus de tranquillité.

J’aimerais dire que ça ne me dérange pas, ce serait faux car j’aurais tellement voulu m’intégrer et ne pas être la paria, ici aussi. Ma vie sur Terre m’aura appris à subir les mises à l’écart qu’une femme sachant penser seule subissait au XVII° siècle. La suite est assez similaire, bien que les raisons diffèrent.

– Tu es le bienvenu, n’importe quand. Mais je ne peux pas revenir.

William crispe les mâchoires et son air contrarié s’accentue. Il s’approche et me demande, sans desserrer les dents :

– Tu as tout ce qu’il te faut ?

– Oui, et si j’ai besoin de quelque chose, tu seras le premier informé.

Il hoche la tête et s’éloigne d’un pas avant de me tourner le dos et de repartir vers le palais. Il s’y est installé après mon déménagement, me confortant dans mon choix. Il y est à sa place, j’étais un frein pour lui, ici.

Je traverse le portail dans l’autre sens et me retrouve à nouveau à San Francisco. N’étant plus résidente permanente de l’Enfer, cette ville est devenue ma zone de travail. Il y a assez à faire et c’est plus logique que passer mon temps à parcourir le globe. Il me faut rouler dix minutes pour arriver sur Diamond Street. Le café Linestrider au-dessus duquel je vis est animé. Si j’aime l’atmosphère de ce quartier, j’apprécie encore plus la sérénité que mon appartement m’offre. Je gare ma RSV4 sur ma place de parking toujours libre : l’avantage d’embaucher un nécromancien. Je n’ai aucune idée du type d’incantation utilisée pour que les humains n’aient pas conscience de cet emplacement ni de l’existence de mon appartement. Ça semble efficace et me permet d’avoir un lieu sûr où je me sens déconnectée de tout le reste. C’est pourquoi je suis immédiatement sur mes gardes quand je pose le pied sur la première marche menant à l’étage. Il y a un ange sur mon palier.

0 Partages