Informations

  • Romance Contemporaine
  • One-Shot (tome unique)
  • 1° édition 2015
  • Disponible en grand format papier et numérique

Présentation

Il va lui apprendre à pleurer.
Elle va lui apprendre à aimer.

Depuis le drame qui a bouleversé sa vie quelques semaines plus tôt, Angie est perdue. Elle en est convaincue, son cœur est détraqué : elle réagit au quart de tour pour des broutilles, mais est incapable de verser les larmes qui la rongent de l’intérieur.
Depuis qu’il a compris qu’aimer quelqu’un, c’est prendre le risque de souffrir, Valentin a décidé de verrouiller ses sentiments. Les potes, il les garde à distance  ; les filles, il les consomme à la chaîne, sans jamais s’attacher. Parce que c’est bien plus simple de ne rien ressentir.
Lorsque Angie et Valentin se croisent ce soir-là, chacun reconnaît sa propre douleur dans le regard de l’autre. Et si, en dépit des apparences, ils étaient très exactement ce dont ils ont besoin  ?


Playlist sur Deezer


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N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

J’ai écrit cette histoire pendant une période très difficile de ma vie. Elle a une place toute particulière dans mon cœur et a évolué vers cette version que j’affectionne énormément.

Ce roman est aussi celui par lequel beaucoup de mes lectrices m’ont découverte, j’ai un lien fort avec ces personnes qui sont un jour venue me voir pour me dire à quel point Angie et Valentin les ont touchées.

Une belle aventure pleine d’espoir, dont j’avais spécialement besoin au moment de l’écriture ^^


Vos avis

j’adore le style d’écriture de Fleur Hana. Cette lecture m’a tout simplement touchée, les émotions sont très biens décrites et ressentis sans pour autant tomber dans le pathos et la déprime. Je ne pourrai que conseiller ce livre et les autres, pour moi ce sont de véritables pépites.

Marie Merle

Gros coup de cœur !

2ème livre que je lis de cette auteure, et je n’ai qu’un mot, MERCI , ce livre m’a beaucoup touché par son sujet, et l’histoire entre Angie et Valentin est très belle.

La patience dans leur relation sera leur plus belle récompense

Je le recommande.

CathyCL

J’ai beaucoup aimé. Fleur Hana est une de mes auteurs préférés. Encore une magnifique histoire maîtrisée à merveille. Il ne faut pas passer à côté.

Cindy Mérillon

Premier chapitre offert

Avant…

Angie

– Allez, ne me dis pas que tu n’es pas curieuse de revoir toutes les anciennes têtes du bahut !

Damien est un fêtard invétéré, il est de toutes les soirées, quand ce n’est pas lui qui les accueille dans son appartement. Il pense que je mène une vie monacale depuis que j’ai quitté la région pour mes études. C’est faux. Je fais juste attention à ce que mes loisirs ne prennent pas le pas sur mon cursus scolaire. Mais mon frère et moi n’avons pas les mêmes préoccupations, c’est un fait. C’est juste que là, je m’imaginais plus passer une soirée tranquille chez lui à mater Netflix en mangeant une pizza. Je viens de boucler mes partiels, j’ai travaillé comme une dingue, ma vision d’un repos n’implique pas une soirée à l’autre bout de la ville.

– Angie, s’il te plaît… Je ne suis pas sorti de la semaine, j’avais taf de ouf. Je ne me vois vraiment pas resté cloitré un soir de plus !

– Vas-y sans moi.

– Arrête d’être lourde ! Comme si j’allais te laisser seule.

– Tu fais chier, Dam !

– Moi aussi je t’aime, ma sœur.

– Tu veux qu’on y aille comment ? Parce que je rappelle que quoi qu’il arrive, l’un de nous deux doit rester sobre.

– On peut dormir sur place, si besoin. Arrête d’essayer de tout prévoir et détends-toi. Toi aussi tu l’as bien mérité après tes exams !

– J’ai compris, je ne boirai pas une goutte si je veux éviter de dormir entre deux flaques de vomi.

– Tu étais plus cool, avant.

Il se roule un pétard en soupirant, comme si j’étais la raison pour laquelle il est obligé de le faire.

– Tu fumais moins, avant. Tu ne m’entends pas te le signaler à chaque fois que tu t’en roules hein, pourtant.

J’ai bien conscience que je savais mieux m’amuser, avant comme il dit. Mais le contexte de ma vie était bien différent alors que lui, finalement, ça ne l’est pas tellement.

– Je conduis aussi à l’aller, tu fumes beaucoup.

Il termine de coller le papier d’un coup de menton, de la façon experte de celui qui consomme trop.

– Tu crois que je fais comment quand tu n’es pas là ? Que j’arrête de vivre à cause d’un petit oinj ? Je m’en sors très bien, regarde, je suis toujours là et en pleine forme. Détends-toi.

Je secoue la tête et abandonne là la confrontation. Je sais qu’il va me sortir une flopée d’arguments auxquels il croit vraiment. Les doses qu’il consomme ne sont absolument pas dangereuses. Il n’a jamais perdu le moindre de ses réflexes. Et d’autres affirmations du genre. Il joue avec la chance, il a toujours été fan des extrêmes, sentir qu’il est en vie et provoque le destin. Il flirte avec les Moires comme avec n’importe quelle femme. C’est son truc, pas le mien, de repousser les limites. Alors oui, je vais conduire et il pourra en profiter à fond sans m’en vouloir de l’empêcher de passer une bonne soirée.

1

Somebody That I Used To Know

Gotye, Kimbra

Angie

Anita me tend mon téléphone après avoir pris connaissance du message. Je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas crié. Je n’ai pas non plus répondu au SMS qu’elle vient de lire. Je suis en quelque sorte déconnectée. Comme si le corps et l’esprit avaient une protection qui se déclenche automatiquement en cas de fortes émotions accumulées. Un réflexe de survie. D’ailleurs, le regard de mon amie est inquiet. Elle est sur ses gardes, je ne l’ai pas habituée à ça. Depuis que j’ai quitté le lycée, je suis plutôt du genre à hurler un bon coup et à taper du poing sur la table lorsque je suis contrariée. Mon silence n’augure rien de bon.

« Je préfère qu’on en reste là, il y a quelqu’un d’autre. J’ai ramené tes affaires chez toi, récupéré les miennes et déposé ta clef dans ta boîte aux lettres. »

— Au moins, il n’a pas refilé tes fringues à Emmaüs. Trop tôt pour en plaisanter ? me demande Ana.

Je relève la tête et range mon téléphone. Je ne réponds pas, bien sûr que c’est trop tôt. Mais je ne lui en veux pas d’essayer, elle est comme ça et je le sais. Quand on reste ami avec quelqu’un pendant plus de quinze ans, c’est qu’on accepte tout de cette personne, le bon comme le moins bon. Son humour se classant autant dans le bon que le moins bon, d’ailleurs.

— Quel genre de mec plaque sa nana quand elle est à quatre-cents bornes, et par SMS, en plus ?

C’est ma première réaction. Ce sont mes seuls mots sur la situation et j’ai l’impression que quelqu’un d’autre vient de les prononcer à ma place. Je regarde la scène de loin, je m’observe et je vois une jeune femme qui a besoin de boire un peu pour faire passer la pilule. Les pilules. Je vide mon Monaco d’une traite et fais signe à la serveuse. Nous sommes au Loch Ness, notre repaire depuis le lycée, et je m’y sens vraiment bien. Ce qui n’est pas forcément bon signe puisqu’à chaque fois ou presque que nous nous retrouvons ici, j’ai tendance à lever le coude plus que de raison… Mais l’ambiance s’y prête, ce qui doit être fait pour. Il y a de gros tonneaux qu’on croirait sortis tout droit d’un navire pirate du XVIII° siècle et qui servent de tables hautes, autour desquels sont disposés de confortables tabourets hauts. Eux aussi poussent à rester, ce qui doit être l’objectif. S’ils étaient durs, on n’aurait pas envie de s’éterniser. Oui, j’ai tout un tas d’excuses qui me dédouanent pour justifier la cuite que je m’apprête à encaisser.

— Trois mois…

Je soupire exagérément en secouant la tête.

— Oui, enfin, relativise un peu. Seulement trois mois. Pas trois ans, réplique Anita.

— Tu n’es pas censée être solidaire de manière inconditionnelle ?

— Je n’ai pas encore assez bu pour ça.

— Pareil pour moi, je lui réponds en attrapant mon verre plein qui vient d’être déposé devant moi.

— Buvons pour oublier ! lance Ana en souriant. Et puis nous savons toutes les deux que tu prends ce prétexte de rupture par SMS pour te murger. Sauf que tu n’as pas besoin de prétexte, tu le sais ?

— J’ai vraiment cru qu’on était bien ensemble…

Trois mois, ça peut sembler peu, mais c’est de loin la plus longue relation que j’ai pu vivre avec un mec. Alors forcément, j’y ai cru. Non pas qu’il était l’homme de ma vie, je ne suis pas aussi naïve, mais qu’on allait faire un petit bout de chemin côte à côte. Je me souviens de la façon maladroite dont il m’a abordée. Je suis secrètement une grande romantique, notre rencontre avait tout de la romance clichée. J’étais à la BU en train de chercher un ouvrage dans les rayonnages, je parcourais les livres du regard. C’est là que j’ai accroché le sien, de regard. Il était dans l’allée de l’autre côté, dans la section Histoire. Je m’en souviens, j’ai noté tous les détails de cet instant. Ses yeux bleus étaient fixés sur moi et ont fui mon attention à la seconde où je l’ai remarqué. Un moment plus tard, il est venu s’installer en face de moi, à ma table de travail, et m’a demandé si j’avais un surligneur. Je lui en ai tendu un, il l’a gardé en main quelques minutes, en silence, pendant que je faisais semblant de relire mes notes. Puis il a dit :

– En fait, je n’ai pas besoin de surligneur. Je cherchais une bonne raison pour t’aborder, je ne trouve pas. Du coup, je vais juste laisser ça là et… voilà, comme ça, tu peux bosser et moi… ben je vais aller… je ne sais pas… chercher un trou et y mourir de honte. Ça me semble un bon plan.

Il s’est levé, a posé le Stabilo jaune, et s’est pris les pieds dans ceux de la table. Il a trébuché, j’ai ri, quelques « chut » ont fusé suite au retentissant « putain » qu’il a laissé échapper… et puis il a repris :

– Oh et puis… je n’ai plus rien à perdre étant donné que ma dignité vient de se ramasser : un café, ça te dit ?

J’ai été séduite au premier regard, littéralement, et le café s’est rapidement transformé en un dîner, puis une nuit… des semaines. Quelques mois. J’aimais sa spontanéité et sa capacité à me faire rire mais aussi à rire de lui-même. Bien entendu, il n’avait pas que des qualités. Nous étions cependant trop au début de notre relation pour que ses défauts me dérangent. Ses petites manies commençaient à peine à émerger et me faisaient toujours sourire. J’aurais grimacé, tôt ou tard, je me connais. Sa façon de se racler discrètement la gorge aurait fini par me taper sur les nerfs, par exemple. Je n’ai pas eu le temps d’en avoir la confirmation : il a fait en sorte que ça n’arrive pas. Malgré nos soirées ciné, les livres que nous échangions et les groupes que nous projetions d’aller voir en concert, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. J’en avais eu l’impression. Visiblement, s’il avait déjà quelqu’un au moment où je suis partie, je devais être la seule à penser ça. Alors je l’attends. Cette sensation de trahison, cette tristesse, ce manque de lui, l’absence d’un futur commun… Rien ne vient. Je me sens… non : je ne sens rien. Une frustration naît de cette non-réaction, c’est ça qui, je crois, m’agace surtout. Avant même de déplorer mon nouveau célibat, je réalise que je devrais ressentir quelque chose, et que ce n’est pas le cas. Peut-être que je suis endommagée des sentiments, à présent. Handicapée émotionnelle. Victime du syndrome du membre fantôme, en version « sentiment fantôme ». Je sais que je devrais éprouver quelque chose, là, précisément à ce moment. Il manque l’essentiel et l’apathie prend toute la place.

— Allez, buvons pour oublier ! répète Anita en m’imitant.

Il paraît qu’en amitié, il y a souvent un yin et un yang, pour équilibrer. Ana et moi sommes deux yin : pas une pour rattraper l’autre. J’ai peut-être tendance à me laisser porter par l’alcool, ce soir, mais mon amie ne m’aide pas beaucoup à être raisonnable.

— C’est tendu en ce moment entre Joss et toi, non ? je me risque à lui demander, désireuse de changer de sujet.

Anita et Joss sont mes deux meilleurs amis depuis que nous avons formé le clan des losers à l’école primaire. Nous ne nous sommes pas auto-nommés ainsi, mais nous avons suivi le mouvement. On en a fait du chemin, on en a traversé des épreuves ensemble. La vie nous en donne une de plus à gérer. Comme si nous avions besoin de ça pour vérifier la solidité de nos liens. Bien sûr, ils sont tous les deux là pour moi en ce moment plus que jamais.

Encore une fois, j’ai l’impression d’être plus spectatrice qu’actrice. Ce n’est pas à moi que ça arrive, ce n’est pas possible. Je ne pourrais pas continuer à vivre, si c’était le cas. Du coup, je me concentre sur tout le reste, y compris la relation houleuse entre mes deux meilleurs amis. D’ordinaire, oui, ils ont ce type de communication qui implique pas mal de vacheries, mais ça reste toujours teinté de tendresse. Ces derniers temps, aussi focalisée soit notre conversation sur ce qui me concerne, j’ai remarqué la fragilité de ce fameux lien entre eux.

J’ai bien conscience que ma situation accapare pas mal les conversations que nous avons avec Anita et Joss, ces dernières semaines, et ce n’est pas quelque chose que j’apprécie particulièrement. J’ai beaucoup de mal à évoquer ce qui me blesse, comme tout le monde il me semble. Mais j’ai également besoin de me préoccuper des autres, des gens qui m’entourent. Mes problèmes, mon malheur, et tout ce qui va avec, n’annihilent pas ceux de mes amis. Ça me donne aussi un objectif, une bouée où me raccrocher dans ce gros bordel qu’est ma vie actuellement. Alors j’essaie d’orienter la conversation sur eux, pour changer. Surtout que j’ai besoin qu’ils soient stables, que tout aille bien. Ça me rassure. Je n’aime pas quand quelque chose cloche dans l’équilibre de notre trio. C’est le seul élément solide auquel je peux me raccrocher, quoi qu’il arrive.

— Joss me gonfle, il s’obstine à se voir comme la personne qu’il était avant. Il se déprécie, ça m’agace et j’essaie de faire en sorte qu’il se donne plus de valeur !

— Tu ne peux pas forcer quelqu’un à réaliser quelque chose parce que toi tu l’as réalisé. Tu sais bien qu’il s’en rendra compte un jour, et en attendant on doit juste être là pour lui. Si nous, on le voit comme la belle personne qu’il est devenu, alors il finira par y croire.

— Bien sûr que je le sais, peste Ana.

— Laisse-le faire ses erreurs. Tu aimerais le remettre à sa place, mais il a besoin de ça. Quand on se plante, ce n’est déjà pas évident de le réaliser. Mais si en plus on nous le colle sous le nez… Même toi tu te braquerais.

— Il se fait du mal. C’est un masochiste doublé d’un abruti.

Vu de l’extérieur, on pourrait croire que ces deux-là sont faits pour être ensemble. Qu’ils jouent à « je t’aime, moi non plus » et se tournent autour depuis des années sans prendre conscience de ce que le monde entier sait. Mais ce n’est pas le cas. Il arrive un moment, dans une amitié comme la nôtre, où une limite a été franchie et où on atteint le point de non-retour. Rien ne pourrait briser cette amitié parce que nous avons partagé trop de secrets, d’événements importants… tout, en fait. Dans un couple, la légende dit que ce qui lie vraiment les deux personnes, c’est justement l’amitié. Que l’autre est notre meilleur ami et c’est ça qui fait que ça fonctionne. Ça et le sexe, bien sûr. Il ne faut pas se voiler la face : si ça n’est pas le pied au lit, ça finit par rejaillir sur la relation en général. Toujours est-il que je sais que Josselin et Anita ne formeront jamais un couple amoureux, ni lui et moi, d’ailleurs. Au contraire, nous sommes comme une fratrie sans que notre ADN ne la justifie. Je soupire à nouveau en fixant un point sur la table.

— Il me manque à moi aussi, tu sais. C’était mon premier amour… À sens unique en plus, intervient Ana.

J’aime cette faculté que nous avons de savoir à quoi l’autre pense sans avoir à l’évoquer à haute voix. Je n’ai pas besoin qu’elle précise qu’elle parle à présent de mon frère et plus de Josselin. Bien entendu que je sais qu’il lui manque, et bien entendu que je sais que je ne suis pas la seule à souffrir de son absence. Elle a été amoureuse de lui tellement longtemps que j’ai tendance à l’oublier, parfois. Cet amour à « sens unique », comme elle le dit si bien, a été une toile de fond des années durant. J’ai d’abord été surprise, puis jalouse que ma meilleure amie préfère mon frère, et je me suis finalement trouvée ridicule. J’en ai voulu à Damien et, un jour, naturellement, Anita est passée à autre chose. Ma situation est devenue beaucoup plus confortable et mon amour-propre s’est un peu regonflé. C’est stupide, mais Dam et moi étions en compétition pour tellement de choses, ados, que je voulais garder mon amie rien que pour moi. Celle qui me complétait déjà parfaitement à l’époque et qui me connaît mieux que personne, peut-être mieux que moi-même.

Anita est mon négatif photo. Elle est aussi rousse que je suis brune, aussi bouclée que mes cheveux sont raides. Sa peau est parsemée de taches de rousseur alors que la mienne est diaphane. Ses yeux sont vert clair, les miens presque noirs tellement ils sont foncés. Elle mesure un mètre soixante-treize alors que je plafonne difficilement à un mètre soixante-deux. Elle est mince et j’ai des formes. Pas mal de formes. En gros : je suis son faire-valoir et elle n’a de toute façon pas besoin de moi pour être mise en valeur. Ce qui est marrant, c’est que lorsque c’est elle qui nous décrit, c’est moi qui suis avantagée. Nous n’avons aucune objectivité personnelle.

J’ai besoin d’exorciser, ce soir, et je ne voyais pas de meilleure personne qu’elle pour m’accompagner dans mon désespoir. Elle est une amie que j’adore avoir près de moi dans les bons moments, mais dont j’ai viscéralement besoin dans les pires. Nous allons donc soigner le mal par le mal, un rituel qui remonte à notre fin d’adolescence.

Nous enchaînons les alcools, faisant des mélanges improbables, et mon taux d’alcoolémie est proportionnel aux décibels que ma voix atteint à chaque fois que je m’exprime. Nous nous amusons, nous rions beaucoup, nous épongeons un peu le liquide avec les biscuits apéritifs mis à disposition. Ce qui nous donne encore plus soif. C’est un cercle vicieux dont je ne souhaite pas réellement sortir… Ce qui est peut-être pire que le fait de picoler en soi. Car si je me sens bien, enivrée et plus tout à fait moi-même, je sais que c’est le signe à ne pas ignorer. Un panneau néon clignotant qui indique que je me sens mal, tellement mal…

— La dernière fois qu’on a fait ça toutes les deux, c’était quand ?

La voix d’Anita est pâteuse. À moins que ce soit mon audition qui commence à me faire défaut. Difficile à dire dans ces circonstances.

— Je crois que c’était… non, je ne sais plus. Il y a toujours Joss dans le coin, en fait, non ?

— Ouais, ben on devrait plus souvent se faire des soirées entre filles !

— Pauvre Josselin, mis de côté parce qu’il en a une.

— Il se fait plein de soirées avec ses potes où nous ne sommes pas invitées. Ce sera nos fuck-party ! À chaque fois qu’il ira voir ses copains, on se fera ça, déclare-t-elle.

— Tu sais que demain on aura oublié…

— Possible, mais ne me pourris pas mon délire, tu seras mignonne. Aux fuck-party ! clame-t-elle en tapant son verre dans le mien.

Quelque part, cette soirée est surréaliste. Parfois, on accumule tellement, que c’est comme si on était anesthésié. J’ai lu une fois que lorsqu’on a une mauvaise nouvelle à annoncer, le mieux est d’en balancer deux. L’une atténuera forcément l’autre. Est-ce pour ça que je suis plus vexée que triste de cette rupture ? Est-ce pour ça que j’ai la sensation que ça arrive à une autre que moi ? Je suis là, je sais que je suis là, je sens l’alcool me brûler la gorge à chaque shot que j’avale. Ça m’ancre dans la réalité que je serais si facilement tentée de fuir. Comment pourrais-je continuer à rester dans l’ici et le maintenant, sinon ? Car dans l’ici et le maintenant, mon frère est mort il y a trois semaines précisément.


Ancienne édition

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