Informations

  • Romance érotique
  • One-Shot (tome unique)
  • 1° édition 2013
  • Disponible en grand format papier et numérique, ainsi qu’en audiobook

Présentation

Jeune femme moderne, libre et fière d’être indépendante, Sarah Jones, 28 ans, mène sa vie comme elle l’entend. Elle manifeste ouvertement ses revendications féministes et, forte de son nouveau mantra : ” Je suis célibataire, je suis sexy et je peux me faire un coup d’un soir “, elle se laisse embarquer par ses amis dans un pari.

Un pari qui va la conduire tout droit dans les bras d’un inconnu taciturne au regard froid et distant. Malgré ses convictions et ses belles paroles, elle va rapidement perdre le contrôle de la situation et se retrouver face à un homme aussi passionné que mystérieux.

Entre découverte de sa sensualité et situations dangereusement sexy, elle en oubliera qu’elle ne se résume pas à ses pulsions. Sandro pourrait bien être celui qui chamboulera la détermination de Mademoiselle Jones…

Une comédie sentimentale d’une grande sensualité sur les désirs d’une jeune femme partagée entre sa soif de liberté et de plaisirs et la recherche de l’amour.

Une écriture moderne, vive et incandescente qui fait de Feeling Good le roman d’amour d’une génération.


Playlist sur Deezer


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

Feeling Good est mon premier roman publié ! Je l’ai écrit après avoir lu Beautiful Bastard des Christina Lauren, et m’être dit “Mais en fait, érotisme et humour vont super bien ensemble !”

Je me suis beaucoup amusée à l’écrire, et j’espère sincèrement que si tu lui donnes sa chance, tu passeras un bon moment. J’ai voulu écrire une version pimentée d’une Bridget Jones moderne et tout aussi gaffeuse que l’originale.

On me dit souvent que Sarah Jones (clin d’œil à l’une des sources d’inspiration) est attachiante, et je ne peux qu’approuver cette analyse.

Ce roman est à lire sans prise de tête, pour un moment de lâché prise, surtout quand on a besoin de sourire !


Vos avis

Ce livre est juste une petite pépite ! Un magnifique diamant plutôt.

Ce n’est pourtant pas mon genre de littérature en temps normal mais là, je dois dire que je me suis laissée embarquer dans cette histoire plus que rafraichissante, bourrée d’humour, de sensualité… d’un petit je ne sais quoi qui ne laisse pas indifférent.

L’écriture est tellement fluide que ça en est déconcertant.

Valentine Jasper, Amazon

J’adore les personnages, j’adore l’écriture ! Pour le côté “littérature sentimentale” change totalement de “multimilliardaire au passé trouble et de la vierge innocente” (plus facile de s’identifier quand on approche des 40 ans, lool) que l’on lit partout. […] J’ai adoré le style de l’auteur ! J’ai ris a tous les chapitres ! Madame Fleur Hana, vous venez de conquérir une nouvelle fan !

Marina, Avis de Livres

Je l’ai lu d’un trait je n’ai jamais été capable de le lâcher !!! Une nuit sans sommeil qui en valait la peine. Vraiment bon. Sex & Humour !!! Une très bonne histoire bien écrite !!!

Jo, Amazon

Premier chapitre offert

Mantra 1

Je ne boirai plus une goutte d’alcool

— Non, je suis désolée, mais non ! C’est un mythe, cette histoire !

Bastien nous regarde tour à tour. Isabelle fronce les sourcils, Mélodie affiche un air satisfait et moi, je ne la ramène pas trop. Il cherche des yeux l’appui de son pote, mais ce dernier garde le silence en attendant de voir ce que donne la suite, prudent. Isabelle, notre Carrie Bradshaw personnelle reprend la parole :

— Une femme est tout aussi capable de draguer qu’un homme. De la même façon que nous pouvons également coucher sans avoir besoin de sentiments.

Bastien balaye cette dernière affirmation d’un geste méprisant de la main avant de terminer sa bière. Je sirote mon Monaco sans chercher à m’en mêler. N’ayant pas de vie sentimentale, ni sexuelle, d’ailleurs, depuis plus de six mois, je n’ai pas grand-chose à dire sur le sujet. Surtout qu’avant ça, on ne peut pas considérer que j’ai connu une vie folle et débridée.

Olivier repose sa bière et hausse les épaules.

— Ne vous vexez pas, les filles, mais c’est un fait. Tout le monde le sait. Si c’était une légende, on n’en parlerait pas autant. Pour vous, le sexe et l’amour, c’est lié. Alors que pour nous…

— Oui ? Pour vous ?

Mélodie le fusille du regard. J’en connais un qui va passer la nuit sur le canapé… Il pose sa main sur le bras de mon amie, qui le repousse sans ménagement.

— Mais ma chérie, avec toi c’est différent, bien sûr ! Je t’aime, tu le sais bien !

— Bien tenté, répond-elle en le toisant.

Isabelle interrompt la querelle d’amoureux pour se concentrer sur le sujet houleux :

— Vous êtes deux machos réacs !

Bastien et elle sont en couple depuis plusieurs années. Pourtant, chaque samedi soir, je les observe se disputer pour des bêtises de ce genre. Comme s’ils se donnaient pour mission d’animer nos soirées, sait-on jamais qu’on vienne à s’ennuyer.

J’ai eu une semaine épuisante et j’ai surtout envie de me détendre. Ce qui est sans compter sur mes amies qui cherchent un soutien en ma personne. Consciente de devoir me manifester au nom de la solidarité féminine, je soupire, vaincue, avant de me joindre à la conversation :

— Les femmes ont des besoins physiques, les gars. On le sait mieux que vous, je pense. En fait, je me pose même en chef de file du mouvement de libération du vagin !

J’ai encore trop bu et tous mes efforts pour rester en dehors du conflit sont annihilés dès l’instant où j’ouvre la bouche pour faire autre chose que boire. Certains ont l’alcool triste, d’autres l’ont euphorique. En ce qui me concerne, la boisson donne lieu à une logorrhée abrutissante pour tout le monde, y compris pour moi. Surtout que les connexions neurologiques censées imposer la censure à la parole sont en train de cuver dans un coin obscur de mon cerveau. Isabelle et Mélodie lèvent leurs verres en signe d’encouragement pour que je ne m’arrête pas en si bon chemin. Il ne m’en faut malheureusement pas plus pour continuer. Je retire ce que j’ai dit sur ma volonté de ne pas me mêler à la conversation, j’en suis vraisemblablement incapable.

— Est-ce que vous pensez vraiment que vous avez le monopole de la baise de complaisance ? Non, messieurs ! Je l’affirme haut et fort (et je hausse la voix pour appuyer mes propos) : les femmes aussi aiment la baise physique, la baise bestiale et sans votre numéro de téléphone à la fin, s’il vous plaît !

Applaudissements de mes complices, mais aussi de la table d’à côté. Oups, peut-être que ça serait bien que quelqu’un me dise de la fermer maintenant, non ? Un volontaire ? Mes amis ? Personne ?

Damned, foutue solidarité unilatérale !

Une fois les applaudissements taris, Bastien reprend la parole, visiblement agacé par mon succès :

— Vous parlez beaucoup, vous, les femmes. Mais quand il faut agir, il y a moins de volontaires. Toujours de la théorie, hein ? Mais l’action, c’est quand ?

— Tu es en train de me pousser à te tromper pour te prouver notre point de vue ? lui demande Isabelle avec un ton qui me laisse à penser qu’Olivier ne sera pas le seul à dormir sur le canapé…

— Sarah.

Tout le monde me regarde. Quoi, Sarah ? Quoi ? Qu’est-ce qu’ils me veulent, tous ? J’ai un bout de salade entre les dents ? Oh mince, à voir l’expression de Bastien, je sens les ennuis arriver à grands pas. Je prends une gorgée de bière et attends qu’il se décide à s’exprimer. Après une profonde inspiration, il joint les mains, coudes posés sur la table, se penchant un peu en avant. Nous l’imitons, attendant la confidence qu’il s’apprête à partager. Nous avons l’air d’un groupe de conspirateurs pendant la guerre. Des conspirateurs bourrés, certes. Il parcourt l’assemblée du regard et Isabelle lui envoie un coup de coude qui lui fait perdre l’équilibre.

— T’as pas fini avec ton suspense à deux balles ? Accouche !

— OK, les filles. Sarah est la seule célibataire de notre groupe. Elle est, selon ses propres paroles, sexuellement en manque.

Je ponctue sa phrase d’un « alléluia » sonore, imputable à la boisson alcoolisée, cela va de soi.

— Je propose donc qu’elle nous démontre la première partie de la théorie. À savoir : est-elle capable de draguer ?

— Hé ! Bien sûr que je sais draguer, tu me prends pour qui ?

Je le suis. C’est évident. Enfin, je crois…

— Attends un peu, ma cocotte (c’est moi la cocotte ?), je parle de vraiment draguer. Aller voir un type qui te plaît, mais qui ne manifeste aucun intérêt pour toi. Ça, c’est un challenge.

Mélodie et Isabelle tapent dans leurs mains, façon « à nous la victoire ! » Merci, mais c’est un peu de moi qu’on cause, là, non ?

Isabelle affronte son compagnon du regard, plus déterminée que jamais. Et je me sens plus manipulée que jamais, aussi.

— Corsons le tout avec un pari…

— Heu, les gars, j’aimerais bien pouvoir… tenté-je d’interférer, sans succès.

— Un pari, bien ! me coupe Bastien. Mais soyons téméraires : on n’annonce pas l’enjeu avant de savoir qui a gagné ! continue-t-il sur un ton de défi mêlé d’excitation.

— Non, mais attendez, je…

— C’est d’accord.

Isabelle se tourne vers moi et m’observe de la tête aux pieds, avant de déclarer :

— Tu es canon, ce soir, aucun mec ne peut te résister.

Je souris bêtement en entendant son compliment. Oui, j’ai mis le paquet, comme tous les samedis soir. C’est mon mantra du moment : « Tu es célibataire et tu es sexy ». Même si, pour soutenir plutôt la thèse de Bastien, je n’ai effectivement jamais vraiment dragué de ma vie. J’ai toujours eu tendance à laisser le mâle venir à moi, ce qui peut être plus ou moins long, je l’accorde, mais lui donne l’impression qu’il maîtrise, domine et c’est une technique qui a fait ses preuves. Vingt-huit ans me semblent cependant un âge tout à fait respectable pour tester une autre stratégie. En revanche, je vais devoir faire preuve d’assurance pour réussir à tromper l’intuition de Bastien et Olivier. Ils me connaissent depuis des années et sont persuadés que je ne sais pas draguer. Et pour cause, ils m’ont déjà vue en situation à plusieurs reprises. Ce qui me pousse à penser que mes amies sont aussi entamées que moi, sans quoi elles ne se lanceraient pas dans ce pari stupide qui repose sur mes épaules.

Je commande un autre Monaco que j’avale presque cul sec, pour me donner du courage. Heureusement, je ne suis jamais malade avec l’alcool. Bourrée, bavarde, désinhibée, je récolte également une terrible migraine le lendemain : mais je ne fais jamais de comas éthyliques et je ne vomis pas non plus. Ce qui évite à mon capital glamour de passer en négatif.

Mélodie se lève afin de capter l’attention du groupe :

— Allons en boîte, c’est le meilleur endroit pour que Sarah déniche sa proie.

Nous suivons le mouvement et, pour me donner du courage, je me répète inlassablement que je vais chasser. Je suis excitée comme une gamine jouant à « chiche ou vérité. » Dans un sombre recoin, je me dis que c’est l’alcool qui me rend si sûre de moi, et que je vais probablement avoir des regrets demain matin. Mais c’est un recoin sombre, sans intérêt ; je cesse aussitôt de lui porter de l’attention. Sarah Jones, spécialiste en politique de l’autruche, à votre service.

L’air frais et la marche m’ont un peu dégrisée, mais je suis encore euphorique en arrivant devant la boîte. Le videur nous reconnaît et nous fait entrer sans attendre. C’est l’avantage de sortir toutes les semaines avec les mêmes personnes, aux mêmes endroits. Bon, c’est surtout l’avantage de se pointer dans le seul club intéressant de notre petite ville où nous avons l’habitude de traîner. Enfin bref, on se prend un peu pour des V.I.P. à force de venir ici. Mais c’est aussi le cas de tous les autres habitants… On se valorise comme on peut.

Olivier nous trouve une table contre un mur et nous commandons des cocktails. Comme si mon foie n’avait pas assez souffert ce soir ! Mais je ne suis plus vraiment en état de m’imposer de limites. En plus, j’ai une mission à accomplir au nom de toutes les femmes libérées. Réflexion qui me met la chanson dans la tête et que je vais essayer de garder à cet endroit. J’ai comme dans l’idée que me mettre à chanter un vieux tube des années 1980 ne jouera pas en ma faveur pour mon objectif. Bastien me sort de ma rêverie musicale en reprenant son air de comploteur :

— Sarah, décris-nous un peu ton genre.

— Bad boy ! couiné-je comme une adolescente en rut.

Je ne sais pas pourquoi je réponds ça, c’est complètement faux. Je n’ai pas de genre, à dire vrai. Ces derniers mois, je suis tellement frustrée sexuellement que mon genre, c’était à peu près tout ce qui a un joli p’tit cul musclé et un service trois-pièces pour aller avec. Et encore, je pense que j’arrive à un stade où je deviens de moins en moins exigeante.

— Donne-moi des détails, que je choisisse ta victime.

— Pourquoi ce n’est pas moi qui le sélectionne ?

— Où serait le challenge si tu pouvais décider de tout ? Déjà que je te demande ton type, histoire de ne pas t’envoyer dans les bras de Quasimodo…

— Tu es d’une générosité sans borne. Bon, d’accord, trouve-moi l’homme idéal. De toute façon, comme je l’ai dit, nous aussi nous avons des besoins et quand on est en manque comme moi… on ne fait pas la difficile. Choisis, mon grand, ça te donnera un petit avantage.

— Lui.

Il désigne un groupe à l’opposé de la boîte. Des jeunes de notre âge à peu près, un peu plus âgés peut-être (difficile à dire, mon radar est carrément grippé avec le cocktail que je viens de boire quasiment cul sec). Ils sont une dizaine autour d’une table. Pourtant, je sais immédiatement lequel a fait l’objet du choix de Bastien. Il a les cheveux longs façon grunge, aspect dégueu… Brun, un jean noir troué, de grosses bottes avec des tas de chaînes et de clous, un t-shirt noir tout déformé. Mais surtout, en plus du look assez rebelle, Bastien m’a dégotté le plus taciturne. Le type a l’air de s’ennuyer ferme, limite de faire la tronche. Je jette un regard noir à mon bourreau qui hausse les épaules l’air de dire « T’as perdu ton pari, chérie ! »

C’est ce qui me décide, ça, mais aussi le fait que je le trouve craquant, ce ténébreux ronchon à l’autre bout de la salle. Ah oui. L’autre bout. Détail important puisque je vais devoir m’y rendre sans trébucher ni me ridiculiser.

Mes amies m’encouragent et je me lève, me sentant aussi forte que Xena la guerrière. Le tour de poitrine en moins. Le fouet en moins, aussi. Je me penche vers Bastien :

— On est bien d’accord, je le drague et je gagne ?

— Si tu réussis à coucher avec lui sans lui demander son numéro ou lui donner le tien… tu gagnes un bonus, déclare-t-il avec son petit sourire moqueur même pas dissimulé.

— Un coup d’un soir et je gagne ?

— Sur tous les plans, justement.

Arf, je reconnais bien là son humour moisi. Il m’adresse un clin d’œil, mais je vois bien qu’il se fout de moi. Il pense que je ne vais pas y arriver. Il va voir, un peu ! Pour la peine, je bois la moitié de son cocktail et m’essuie la bouche sur la manche de sa veste pendue à sa chaise. Je suis en mode rébellion ! Ou juste en mode chieuse. Tout est question de point de vue, je pense.

Je me tourne vers les filles, mes fidèles alliées :

— J’ai l’air de quoi ?

Mélodie et Isabelle détaillent encore une fois ma tenue, à la recherche d’un élément à modifier. Minijupe en jean et chemisier noir, bottes montantes, mais plates, ce qui est un bon point pour traverser la salle. Bourrée comme je le suis, avec des talons, ça aurait été mission impossible. Isabelle se lève et me fait face. Elle détache mes cheveux châtains à l’ondulation hésitante qui me tombent dans le bas du dos, ouvre un bouton de mon chemisier et brandit un pouce, me signifiant que je vais casser la baraque. Enfin, c’est ce que je traduis, pour me motiver.

La traversée est laborieuse, en grande partie à cause des clients qui dansent. On n’a pas idée de gesticuler comme ça au beau milieu d’une pièce ! Mais je parviens de l’autre côté sans m’être vautrée une seule fois. Les murs tanguent un peu, certes. Le cocktail était bien plus corsé que je ne l’avais cru ! Je me retourne pour croiser le regard de mes amis qui ne perdent pas une miette de ma progression. Isabelle et Mélodie m’adressent encore des signes d’encouragement, ce qui suffit à m’aider à mettre un pied devant l’autre.

Arrivée devant la table de mon ténébreux taciturne, je m’appuie sur le rebord, tête en avant, prise d’un petit vertige. Je confirme : ce cocktail est vraiment mortel. Tout le monde se tait et, lorsque je lève les yeux vers eux, chaque personne autour de moi m’observe. Pourquoi ai-je la sensation d’être en terrain familier ?

— Sarah ?

— Heu…

— Lionel, du SAV.

C’est bien ma veine ! Ce trou du cul de Bastien m’a envoyée à la table de mes collègues ! Je suis sûre qu’il le savait ! C’est à moi de dire quelque chose, il me semble. Je n’ai rien préparé. J’ai du mal à connecter mes synapses. D’accord, je peux le faire…

Heureusement, Matthew Bellamy me sauve la mise dans les haut-parleurs de la boîte en démarrant Feeling Good. Parfait, je vais improviser. Je suis la reine de la drague et je vais gagner un pari qui me permettra d’emprunter le coupé Volkswagen de Bastien que je rêve de conduire ! Sentir mes cheveux dans le vent, ça va être le pied ! Voilà, c’est ça le gain que je réclamerai quand je serai victorieuse !

Quelqu’un tousse et je reviens à l’instant présent. Je souris parce que mince, le cabriolet ! Et je remarque le silence embarrassant qui s’étire depuis que j’ai débarqué. Ça va jaser dans les couloirs, lundi matin. Tant pis, je suis là, j’assume !

Je me redresse, fixe mon attention sur le ténébreux et lui fais signe de me rejoindre en agitant mon index. Ses potes, dont certains sont mes collègues donc, émettent des sifflements, mais je ne le quitte pas des yeux. Les siens sont bleus, très pâles. Je n’avais pas remarqué ça de loin et je bloque. Je vais finir par perdre mon assurance s’il ne réagit pas, genre, maintenant ! Il lève un sourcil interrogateur, mais je lui réponds par un sourire que j’espère charmeur et pas psychopathe. Il bouge enfin et s’approche de moi. Je lui prends la main et l’entraîne sur la piste de danse. Je n’ai pas trouvé quoi faire d’autre et, surtout, j’ai peur de raconter n’importe quoi si je me mets à parler. Je me connais, je préfère être prudente.

La chanson, naturellement langoureuse, m’aide à relever mon challenge. Je l’attire contre moi pour un slow passionné. Il me dépasse d’une bonne tête et, alors que je noue mes mains sur sa nuque, il m’oblige à lui faire face, d’un doigt sous mon menton. Je relève le visage vers lui et plonge dans ses yeux. Il a l’air aussi taciturne que tout à l’heure, mais qu’est-ce qu’il est canon de près ! Je suis futile et superficielle, mais un visage comme celui-ci, je suis incapable de ne pas réagir. Merci, Bastien, je retire le « trou du cul » !

Mon ténébreux m’observe sans ciller. Je me demande s’il y a un médecin dans la salle, au cas où je défaillirais. Je suis le rythme de la musique pour coller mes hanches aux siennes et il adopte le mouvement sans cesser de me fixer. Il passe une main dans mes cheveux et l’autre trouve sa place dans le bas de mon dos, légèrement sur mes fesses. Juste assez pour me rendre folle. Je suis en réhabilitation sexuelle et le moindre contact charnel d’un beau mâle comme lui peut provoquer une overdose, j’en suis sûre. Je descends une main jusqu’à sa taille et je me déhanche lascivement, oubliant que nous sommes dans un lieu public, mais ne perdant pas de vue ma mission. Je mets ma réaction provocante sur le dos du pari, l’alcool, la musique et surtout, du beau gosse que je tiens dans mes bras. Mais certainement pas sur moi, je décline toute responsabilité !

Il place une jambe entre les miennes, frôlant dangereusement la partie de mon anatomie qui n’a plus connu aucun autre contact que le mien depuis belle lurette. Tout ça devient trop intense, j’ai du mal à respirer correctement. Bien qu’à l’heure actuelle, respirer me semble une activité futile et secondaire. Respirer, c’est pour les faibles, et je suis une femme forte. J’ai démarré ce petit jeu, il faut que j’aille au bout. Je presse ma main sur ses fesses pour l’obliger à se coller un peu plus à moi. J’ai besoin de reprendre le contrôle.

Pendant la dernière partie de la chanson, il fait glisser ses doigts de mes cheveux à mes lèvres, qu’il effleure du pouce. Je le caresse du bout de la langue, les yeux brillant d’excitation, j’en suis sûre. Les siens demeurent insondables. Je ne sais pas s’il aime ça ou si c’est juste pour le spectacle. Je me rapproche encore un peu de lui et sens une bosse contre le haut de ma cuisse. Ah ! Il aime. Bien. Je lui fais vraiment de l’effet, mon égo est flatté : j’en pleurerais de joie si je n’étais pas obsédée par son pouce qui joue avec ma langue. Je plonge la main dans ses cheveux, qui ne sont pas sales, contrairement à ce que j’avais pensé. Bonjour le tue-l’amour, sinon…

La chanson s’achève et l’intensité du moment retombe d’un coup. La bulle dans laquelle j’étais durant toute cette danse éclate et je réalise que nous sommes le centre de l’attention. Dans son dos, mes collègues nous fixent, et je suis sûre que mes amis en font autant derrière moi. Il retire son pouce de ma bouche et je recule. Je lui jette un dernier regard et tourne les talons pour retourner à ma table et surtout quitter cet endroit. Je titube un peu et je suis convaincue que ça n’a rien à voir avec l’alcool et tout avec lui. Je me suis comportée comme la dernière des salopes alors que je savais très bien que je n’allais pas pousser plus loin ce petit jeu. J’entends les acclamations quand il se rassoit à sa table.

Isabelle et Mélodie sont tout sourire alors que Bastien et Olivier pourraient tout à fait postuler pour le rôle du loup de Tex Avery. Elles me tendent les mains pour que je leur fasse un high five de circonstance. Je me rassois et constate que mon ténébreux a observé mon retour triomphal. Je suis mal à l’aise, ce n’est pas moi. Surtout que mes collègues ne me quittent pas des yeux. Je fais un signe à Isabelle qui comprend et nous partons. Je me retiens de jeter un dernier regard dans la direction du taciturne, mais je sens encore la pression de son attention sur moi.

***

Le dimanche n’est pas suffisant pour faire passer la monstrueuse gueule de bois que je me paye. Sans parler de la tension dans mon bas-ventre. J’ai dû, comme toujours depuis des mois, assouvir seule mes pulsions. Avec le temps, j’ai vraiment l’impression d’effectuer une basse besogne. Je l’ai bien cherché, cela dit : à jouer avec le feu, on se brûle.

Je n’en reviens toujours pas de ce que j’ai fait dans cette boîte. M’exhiber de cette façon n’est pas du tout mon genre. Tous mes collègues fréquentent le Topaze. Et puis, j’aurais pu le draguer sans l’allumer ainsi. Je me promets, comme chaque semaine lors du retour de bâton, que je ne boirai plus jamais une goutte d’alcool. Tout en sachant que cette promesse sera rompue dès le samedi suivant. On va dire que c’est l’intention qui compte.

***

Lundi matin, je marche pour rejoindre mon lieu de travail, essayant d’éviter comme je peux les passants pressés. Je hais le lundi matin, je le hais et il me le rend bien. Le ciel est voilé, mais je porte mes lunettes de soleil pour contrer la migraine que j’ai récoltée suite à ma débauche de l’avant-veille. J’ai poussé le bouchon un peu loin avec tout ce que j’ai bu. Le cocktail a incontestablement été de trop. Les bières aussi, d’ailleurs. Je préfère ne pas penser à la danse.

En arrivant à mon bureau, je garde mes lunettes le temps d’avaler, au minimum, un café. J’arrive toujours très tôt, j’aime être là avant tout le monde. C’est avec des habitudes comme celles-ci qu’on parvient à monter les échelons plus vite. J’ai peut-être des week-ends agités, je n’en demeure pas moins consciencieuse au travail. Et je n’ai pas à me plaindre, je suis responsable régionale des achats dans une enseigne de grande distribution. J’ai atteint ce stade grâce à mon mérite, mon travail et, surtout, parce que la place s’est libérée et que j’étais l’assistante de l’ancienne responsable. Je connais donc ce travail sur le bout des doigts. Depuis deux mois que j’occupe ce poste, j’ai du boulot par-dessus la tête. C’est peut-être pour ça que je me lâche autant le samedi soir… Oui, me trouver des excuses est une habitude.

Oriane, des ressources humaines, arrive dix minutes seulement après moi. Ce n’est pourtant pas son genre, elle est très ponctuelle, mais rarement à l’avance… Et surtout, que fait-elle à mon étage ?

— Bonjour, Sarah… Houla ! Mauvaise nuit ?

— Salut, Oriane. Oh non, c’est rien. Une petite gueule de bois… Rien dont une bonne dose de caféine ne viendrait à bout !

Je me lève pour l’embrasser sur la joue et chancèle un peu en me rasseyant, sous son regard amusé. Elle s’installe en face de moi et j’ôte mes lunettes de soleil, par politesse.

— J’ai quelque chose qui va égayer ta journée.

Je devine immédiatement de quoi il retourne :

— Non ? Ils ont dit oui ?

— Yep. Il arrive ce matin !

— Déjà ? C’est rapide !

— Je lui ai fait passer l’entretien vendredi, mais je voulais être sûre avant de te l’annoncer, pour t’éviter une fausse joie.

Elle a raison, ça égaye tellement ma journée que je me relève pour la prendre dans mes bras ! J’ai réclamé une assistante depuis des semaines et je ne pensais vraiment pas qu’Oriane réussirait à me l’obtenir. Je ne suis pas tout en haut de l’échelle hiérarchique et les probabilités pour qu’on me concède quelqu’un étaient assez maigres. Je vais enfin retrouver un rythme de travail humainement supportable ! Et donc, moins picoler le week-end. CQFD.

— Attends. Tu as dit « il » ? réalisé-je d’un coup.

— Oui, un homme. Ça ne te pose pas de problème ?

— Non, ça ira. Je suis juste surprise.

— Ne te fie pas à son look, d’accord ? Il a déjà fait ses preuves, il a bossé chez la concurrence pendant quelques années.

— Je passerai outre son apparence. Il a quel âge ?

— Trente-deux ans.

— Mince, il est plus vieux que moi, ça craint, non ?

— Mais non !

— Il s’appelle comment ?

— Alessandro.

— Italien ?

— D’origine en tout cas. Alessandro Novelli, ça sonne bien, non ?

— Oui, clairement italien. Je vais attaquer ma journée en attendant qu’il arrive, j’ai une tonne de choses à faire.

— Bon courage, on se voit pour le déjeuner ?

— Bien sûr ! Merci, Oriane, tu me sauves !

— C’est mon travail !

Je n’aurais jamais imaginé avoir un homme pour assistant, encore moins un homme plus âgé. J’espère qu’il n’est pas aussi buté que Bastien et Olivier, dans le genre Cro-Magnon… Moi Tarzan, toi Jane… Tout ça, quoi… Je n’ai vraiment pas besoin d’asseoir mon autorité avec un employé qui va être sous mes ordres directs. Mais bon, s’il a postulé pour cette place, c’était en sachant qu’il devrait obéir à une femme. Ah, mais oui… C’est peut-être ça qui lui plaît, en fait ? Avoir une dominatrice devant qui ramper… Oui, Maîtresse ! Pardon, maîtresse ! Punissez-moi ! Je m’imagine avec le fouet de Xena que je n’avais pas sur moi samedi soir, et je me mets nerveusement à rire. Ça ressemble d’ailleurs plus à un ricanement. Je ne sais pas pourquoi mes pensées m’entraînent toujours vers des images ridicules comme ça, mais je pique un fou rire incontrôlable. Je suis obligée de me pencher sur mon bureau pour me tenir le ventre tellement je ris. Je pense que c’est une réaction post-alcool mêlée à la migraine et la fatigue. Sans parler de mes hormones qui passent leur temps à danser le jerk et m’imposent des visions sexuellement connotées de ma petite personne.

C’est ce moment que choisit mon nouvel assistant pour arriver.


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