“Les lectrices de romances sont frustrées et malheureuses dans leur vie. Elles cherchent à combler le manque affectif de leur misérable existence en lisant des histoires mièvres. Le niveau intellectuel de leurs lectures atteint des abysses encore inexplorés par l’être humain.”

Ça te parle ? Tu as déjà entendu ces paroles, ou un dérivé ? Moi oui, très souvent.

La littérature en France est sclérosée sur les mentalités. En gros, il y a des genres nobles comme la blanche, l’historique, les témoignages et autres essais. Et puis il y a les genres décriés, cachés, honteux et que beaucoup qualifient de “romans de gare”. La romance en fait partie, et pourtant, c’est un univers riche et qui rassemble des lectrices extraordinaires.

Je lis et écris des romances depuis bientôt 15 ans, ça m’est venu sur le tard, certains diront. Avant ça, j’étais très élitiste dans mes lectures. De formation littéraire moderne et classique, j’avais tendance à snober les genres autres que les classiques. Grosse erreur : je m’éclate bien plus à discuter avec des lectrices de romances ! Ce qui ne m’empêche pas de m’éclater aussi en échangeant avec des lecteurs d’autres genres et sujets, bien sûr. Je ne hiérarchise pas les genres, tout simplement, ni leur lectorat.

Après des années passées à observer cette espèce de la faune littéraire française, voici 7 preuves que les lectrices de romances sont le meilleur lectorat qu’une autrice comme moi pouvait espérer.

Preuve #1 : Les lectrices de romances sont généreuses

Les lectrices de romances sont généreuses et achètent les romans de leurs auteurs et autrices préférées !

Souvent, la lectrice de romance lit beaucoup. Et par “beaucoup”, je veux dire qu’elle dévore plusieurs romans par semaine, pour la plupart. Ce qui signifie qu’elle dépense une partie de son salaire dans des livres que des autrices comme moi ont écrits.

Je m’émerveille toujours de voir que ces lectrices achètent mes romans et les accueillent dans leurs bibliothèques. Il y a tellement de frais dans un foyer, la vie coûte cher, on le sait tous et la lecture reste optionnelle. Rien n’est obligatoire dans l’acte de consacrer de l’argent à ce loisir.

Et pourtant, la lectrice de romance le fait régulièrement. Elle prélève un pourcentage de ses revenus et l’utilise pour se procurer des histoires sur lesquelles des autrices et auteurs ont passé des mois, voire des années, à travailler.

Alors oui, elle est généreuse, mais pas seulement ! Elle est aussi solidaire et c’est notre deuxième preuve.

Preuve #2 : Elles sont solidaires

Le lectorat de romance forme un front solidaire pour défendre le genre qu'il affectionne !

Le monde de la romance n’est pas une réplique du pays des Bisounours ni de celui des Toupoutou. Bien sûr, il y a parfois des problèmes, des conflits, des dramas, bref… Tout ce qui se passe dans les microcosmes comme celui-ci.

Mais il y a bien un point sur lequel toutes les lectrices de romances sont d’accord et capables de faire front. Lorsqu’un outsider s’attaque à l’univers de la romance, c’est à une sororité qu’il s’en prend. Et c’est d’une même voix que les lectrices de romances lui répondent d’aller se faire voir.

Comme dans toutes les communautés, les lectrices de romances ne sont pas toujours d’accord sur tout. Elles n’hésitent cependant pas à mettre de côté leurs désaccords pour défendre leur genre littéraire préféré. Ainsi que les auteurs et autrices qui l’écrivent.

Lectrice depuis mon plus jeune âge, j’ai côtoyé comme beaucoup des lecteurs de tous les horizons. Je peux donc affirmer n’avoir jamais vu autant de solidarité au sein d’un genre qu’avec les lectrices de romances. Je ne dis pas que ça n’existe pas ailleurs, mais c’est particulièrement vrai pour ce milieu. D’ailleurs, elles n’hésitent pas non plus à l’exprimer.

Preuve #3 : Les lectrices de romances sont exaltées

Les lectrices de romances sont exaltées quand elles parlent de leurs lectures !

Quand elle aime, la lectrice de romance aime à fond. Elle brandit l’étendard des romans pour lesquels elle a eu un coup de cœur comme on scande un slogan dans une manifestation : haut et fort.

En effet, elle va parler du livre autour d’elle, l’offrir, et être la meilleure porte-parole pour l’autrice. La lectrice de romance veut partager son amour d’une lecture et cherche à fédérer ses amies autour de celle-ci.

Les groupes Facebook dédiés à la romance sont par exemple très nombreux, et il est presque sûr qu’on en trouvera un à son goût. On y échange sur les lectures, et les lectrices vont même jusqu’à s’organiser pour se retrouver lors d’événements. Ces lieux de rassemblement virtuels voient même souvent naître de belles amitiés.

Si les lectrices de romances aiment sans concession, elles peuvent aussi détester avec virulence. Mais la majorité restera beaucoup plus discrète sur ses déceptions que sur ses coups de cœur.

Preuve #4 : Elles sont aussi respectueuses

Le lectorat de romance fait preuve d'un grand respect envers les écrivains et écrivaines.

Oui, bien sûr, la lectrice de romance n’est pas une sainte qu’il faudrait canoniser de son vivant. Évidemment qu’il y a des lectrices de romances malveillantes et agressives, capables de s’acharner sur des livres et leurs autrices. C’est nécessaire pour l’équilibre et pour confirmer la règle… Car chaque règle a ses exceptions.

Je reste malgré tout convaincue que la grande majorité des lectrices de romances fait preuve d’un grand respect envers le travail des auteurs et autrices.

Lorsqu’elle n’aime pas, la lectrice de romance va souvent ajouter “mais ce n’est que mon avis, tu devrais le lire pour te faire le tien”, par exemple. J’ai rarement croisé des avis se résumant à “c’est de la merde”. Il y en a, et j’ai la chance de n’en avoir été victime qu’une fois il y a des années. Preuve supplémentaire que ça reste une minorité. Car ce lectorat est plus occupé par ses lectures et discussions passionnées autour du sujet que par des sessions de bitchage intensives.

Preuve #5 : Les lectrices de romances sont motivées

Les lectrices de romances sont motivées et n'hésitent pas à se déplacer !

La lectrice de romance n’hésite pas à organiser tout un road trip, un week-end entre amies, un aller-retour dans la journée, pour rencontrer ses auteurs et autrices préféré.e.s. Les files de lectrices en salons peuvent être dingues.

Je me souviens de ma toute première dédicace à Livre Paris, qui s’appelait encore à l’époque Le salon du livre de Paris, d’ailleurs. Je n’avais même pas de livres à vendre, puisque je signais sur le stand d’un distributeur numérique. En arrivant avec Gala de Spax qui dédicaçait avec moi, on a regardé la file de lectrices et j’ai dit “Mince, il doit il y avoir un auteur super connu juste à côté et on ne va même pas nous voir à cause de sa file d’attente…” J’étais un peu deg, car c’était ma première expérience du genre et j’avais tellement peur de faire chou blanc. Puis Gala m’a glissé “Ma Fleur, je crois qu’elles sont là pour nous…”

On s’est assises et elle avait raison. Ces lectrices étaient bien là pour nous. Elles étaient arrivées à l’avance pour être sûres de pouvoir nous rencontrer pendant notre horaire de présence. C’était la première d’une longue série de ce genre. Mais ça ne loupe pas : je suis systématiquement étonnée et je pense toujours “il y a erreur, elles se sont trompées de stand, elles ne peuvent pas être là pour moi.”

Et pourtant si, car les lectrices de romances ont une réserve sans fond de motivation pour les autrices qu’elles soutiennent ! Et envers qui elles sont très loyales.

Preuve #6 : Elles sont également loyales

Le lectorat de romance est un lectorat loyal envers ses auteurs et autrices !

Je vais parler d’une expérience plus personnelle pour cette preuve, parce que ça me touche particulièrement.

Lorsque je publie un nouveau roman, je crains toujours de perdre mon lectorat acquis précédemment sur un autre sous-genre de la romance. D’autant plus depuis que je publie en indépendante : le mépris pour l’autoédition est un réel problème en France, et j’y reviendrai dans un autre article.

Malgré tout, pour la majorité, mes lectrices me suivent, et ça m’épate sincèrement. Quoi que je publie : elles sont là. Fidèles au rendez-vous, elles donnent leur chance à mes romans, alors que je fais parfois le grand écart entre une sortie et la suivante. L’été 2019, par exemple, Cupcakes & Co(caïne) qui est une chicklit, a si bien marché que lorsque j’ai publié Blade, une romance bikers, quelques mois plus tard, j’ai eu des sueurs froides.

Alors que seulement une semaine après la sortie, Blade se classait premier du top général Kindle Amazon. Comme toujours quand mon super syndrome de l’imposteur débarque, je me suis d’abord dit que ça devait être une erreur. Mais au troisième jour en tête du classement, je me suis rendue à l’évidence : mes lectrices m’avaient suivie. Elles sont passées d’une chicklit à une romance MC parce qu’elles me soutiennent de manière inconditionnelle. Et grâce à elles, ce nouveau titre est resté #1 pendant toute une semaine !

En plus d’être loyales et de soutenir leurs autrices préférées, les lectrices de romances sont très attentionnées.

Preuve #7 : Les lectrices de romances sont attentionnées

Les lectrices de romances sont attentionnées avec les auteurs et autrices !

On vient de voir 6 qualités au top que j’attribue sans hésiter aux lectrices de romances. Honnêtement, on pourrait s’arrêter là, ce serait bien suffisant pour confirmer que oui, elles sont les meilleures.

Sauf que certaines poussent le vice d’être géniales encore plus loin. Elles pensent à moi et ont ces attentions qui m’embarrassent autant que je les aime.

Mes lectrices sont ces nanas au top qui se pointent en dédicace avec des cadeaux (souvent de la nourriture, ma réputation doit me précéder !). Ou elles m’envoient des surprises directement chez moi, sans raison, pour mon anniversaire, Noël, et même l’anniversaire de mon ado.

Alors attention, je ne dis pas que c’est requis pour être une lectrice de romance formidable. Mais après en avoir parlé avec mes collègues auteurs et autrices d’autres genres, on en est venu.e.s à la conclusion que c’est une spécialité des lectrices de romances !

Alors, convaincu.e.s ?

Pour tout ça, un grand merci à mes lectrices. Sans vous, la romance ne serait pas ce qu’elle est.

Et non, je ne raconte pas tout ça pour me mettre les lectrices de romances dans la poche. Je le fais, parce que je suis lasse des réactions quand je dis que j’écris de la romance, ou que j’en lis.

Je suis autrice et lectrice de romances, et je le vis bien !

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