Follow Me – Tome 2/3

  • Romance Contemporaine (New Romance)
  • Série de tomes compagnons (peuvent être lus séparément) : Follow Me – Tome 2
  • 1° édition 2016
  • Disponible en grand format papier et numérique

Présentation

Au moment où Margaux revient dans le Sud et devient la nouvelle voisine d’Anthony, elle a dans ses bagages un cœur brisé et une amitié qu’elle a elle-même piétinée.

Elle a besoin d’une épaule, il lui propose son soutien.

Elle lui propose son amitié, il a besoin de plus.

En chamboulant leurs repères, leur rencontre pourrait tout changer… et leur offrir une nouvelle chance.


Playlist sur Deezer


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

Il est parfois difficile de traiter d’un sujet qui est, pour beaucoup de lectrices, tabou dans la romance : la trahison.

C’était mon challenge pour cette histoire, je voulais partir d’une héroïne en tort et montrer son évolution à travers les yeux d’un de mes héros les plus gentils que j’aie écrits !

Margaux n’est pas une héroïne très populaire, et pourtant, avec ses fêlures et ses nuances, elle est sûrement l’un de mes préférées !


Vos avis

J’ai beaucoup aimé cette histoire qui pour l’avouer m’a moins entrainé au début que Lise et Ange… mais au fur et a mesure des chapitres, c’est devenu une vraie obsession de savoir ce qu’il allait advenir de ces 2 là…

Merci Fleur, j’ai ri et pleuré au travers d’Anthony et Margaux…

encore un merveilleux moment passé…

J’ai hate de savoir l’histoire de Sofiane et Audrey maintenant.. 😉

Lectrice Amazon

Si vous avez aimé le premier tome, vous ne pourrez qu’adorer la suite.

Différente du premier tome mais avec tous les éléments qu’on a adoré dans le 1. Humour, bande de potes…

L’héroïne de ce tome ne nous est pas sympathique de prime abord, et c’est ce qui rend ce livre si original. J’ai même eu un peu de mal au début… Et pourtant, son évolution est géniale, on finit par la comprendre et s’y attacher… Quant à lui…. lui est parfait !

Un super tome !

Cécile B

Deuxième tome, deuxième coup de cœur ! Si Si je vous jure ! Fleur Hana m’a une nouvelle fois conquise par sa plume !

Kora Livresque

Premier chapitre offert

Avant

Quatre ans plus tôt

Anthony

– Je ne bois jamais, pourquoi tu m’as laissé boire ? Je crois que je vais vomir…

Mon nouvel associé rejette la tête en arrière et ferme les yeux. Ses cheveux blonds sont ramassés en un chignon fait à l’arrache, comme toujours, des mèches retombent de tous les côtés et encadrent son visage blafard. Son teint, en revanche, n’est pas habituel. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vu dans un si piteux état, en fait. Le faible éclairage du bar n’arrange sûrement pas l’ombre verdâtre que je vois progressivement apparaître sur ses joues.

– Non, ça va, j’ai juste la nausée, soupire-t-il après un moment.

Il me fait à nouveau face et pointe son index vers moi en levant un sourcil :

– Je t’ai raconté pour Lise, à ton tour.

– Mon tour de quoi ?

– Tu as débarqué en ville un jour sans aucune raison. Tu ne connaissais personne. Des écoles d’infirmiers, y en a partout dans le pays. Pourquoi ici ? Pourquoi seul ?

Je préfère Ange quand il n’est pas saoul, il est moins curieux lorsqu’il est à jeun. Lui qui est d’habitude si discret et écoute plus qu’il ne parle, je le trouve un peu trop perspicace. Je prends une gorgée de ma bière pour gagner du temps. Je suis un type assez facile d’accès pour tout ce qui est en surface. Mais je ne suis pas du genre à étaler ma vie. Kiss version acoustique résonne dans le pub. Mêlée au brouhaha des clients, la musique procure aux lieux une ambiance paradoxalement intime, compte tenu du bruit. Comme si le reste du monde était trop occupé pour prêter attention à notre conversation.

– Disons que rien ne me retenait, là où je vivais avant.

– Je vois…

– Il fallait que je change d’air. J’ai pris une carte de France et j’ai visé un peu au hasard. La mer pas trop loin a aidé à choisir, aussi.

Je ne suis pas traumatisé par mon histoire, rien de dramatique dans ce genre. Mais ça m’a appris à être prudent, à me méfier et à me préserver. On ne sait jamais quand une catastrophe va nous tomber dessus, alors je fais attention.

Ange m’observe un moment sans rien ajouter. Je ne suis pas à l’aise pour aborder le sujet et je mise pas mal sur l’amnésie éthylique dont il pourrait être victime demain. Ça m’épargnerait des questions ultérieurement. Mon passé ne me perturbe plus vraiment, mais personne n’aime se rappeler ce genre d’expérience. Je me doute qu’une fois redevenu lui-même, Ange n’essaiera pas d’en savoir davantage, alors je ne m’inquiète pas trop.

Je le fréquente depuis notre première année à l’IFSI. Les mecs sont toujours en minorité dans ces classes et on se retrouve naturellement, instinct de survie, je pense. Alors on s’est mis à traîner dans le même groupe de personnes. Trois ans à l’école d’infirmiers et trois ans en service pédiatrique avec lui m’ont amené à bien le cerner. Il n’insistera pas. Ce soir, c’est particulier, on s’offre une parenthèse qu’on refermera en sortant d’ici. Mais après, il redeviendra le pote un peu torturé et silencieux qu’il est en temps normal.

– Faisons un pacte : on repart de zéro avec le cabinet. Toi, moi, me propose-t-il après avoir marqué une pause : on oublie le passé et on démarre un nouveau chapitre. Non, mieux : un nouveau livre !

– Toi, moi, et les deux autres. Parce qu’il nous faut absolument deux autres personnes, Ange, on ne s’en sortira pas financièrement sans ça. Si on ne signe pas avec eux, notre livre va faire quatre pages, couverture incluse.

Il plisse les yeux avant de lancer :

– Sofiane avait l’air intéressé ! On peut aussi mettre une annonce pour le quatrième. Et voilà !

Son enthousiasme alcoolisé est contagieux et je lui souris, tout en espérant qu’il ait raison et que ce soit aussi facile de trouver les associés qui nous permettront de monter notre cabinet d’infirmiers. Et qu’il soit viable, surtout. C’est le projet le plus ambitieux auquel j’ai jamais participé, je n’ai pas envie de le louper. J’ai besoin que ça fonctionne. Me prouver que, malgré l’échec de mon plan A, les autres lettres de l’alphabet sont à portée de main.

Je lève mon verre et propose un toast :

– À notre avenir qui commence aujourd’hui !

– Non, mais là, je vais vraiment vomir…

Il se précipite aux toilettes du bar. OK, à notre avenir qui commencera une fois qu’on aura cuvé, alors.

D’avoir évoqué la raison de ma présence dans la région me plonge dans une ambiance plutôt morose, maintenant que je suis seul. D’habitude, je suis assez doué pour regarder devant moi et ne pas me laisser démoraliser par le passé. Mais ce soir, la boisson, les confidences, ça joue forcément sur mon humeur. Allez… À mon avenir, sans elle. Je trinque avec moi-même et termine ma pinte avant de me lever pour vérifier comment va Ange.

1

De nos jours

Anthony

Certains jours sont là pour nous rappeler que, malgré tous nos efforts, on ne laisse jamais totalement le passé derrière soi. Il y a toujours un petit détail qui va nous ramener à ce moment qu’on aimerait autant oublier que revivre. Le revivre pour agir différemment, avoir l’opportunité de changer les conséquences. L’oublier parce qu’on sait très bien qu’on ne pourrait en réalité rien modifier. Aujourd’hui, c’est juste son anniversaire. Je devrais vraiment n’en avoir rien à faire et profiter de la soirée organisée à l’occasion des fiançailles de Michel et David.

Ils ont invité tous les gens du quartier, un remake de la fête des voisins, en octobre. Ils ont emménagé juste en face, il y a deux mois, et on a tout de suite sympathisé. Il y a une bonne ambiance. Je crois. Je passe à côté, car je n’arrête pas de penser à elle. Je me demande ce qu’elle fait. Avec qui elle fête ce jour.

– Tu rumines.

Lise se plante devant moi, une bière à la main qu’elle échange avec la bouteille vide qui se trouve dans la mienne.

– Non, je suis fatigué.

– Ça aussi, mais tu rumines.

Je bois une gorgée en fermant les yeux pour éviter les siens qui me scrutent. Elle a débarqué dans nos vies comme une tornade et, en quelques semaines, nous sommes devenus très proches, elle et moi. Le fait qu’elle passe beaucoup de temps chez nous, maintenant qu’Ange et elle sont à nouveau sur la même longueur d’onde, accentue cette amitié qui nous est tombée dessus sans prévenir. Ses cheveux auburn sont comme d’habitude en bordel, c’est un peu sa signature. Elle est fidèle à son look caractéristique : un t-shirt de Dylan qui tombe sur une épaule, un jean et ses Dr Martens. Même pour une soirée habillée, elle est du genre à s’en foutre et à se fringuer à son idée et pas à celle que les autres attendent d’elle.

– C’est l’anniversaire de quelqu’un à qui j’aimerais ne plus penser, je lui avoue en haussant les épaules.

Je me sens un poil ridicule. Depuis le temps, c’est malsain de continuer à y attacher de l’importance. Logique, mais malsain. Quand on tourne la page, on ne passe pas son temps à la relire.

– Tu n’en parles jamais.

– Y’a rien à dire, en fait. Aujourd’hui, c’est particulier. Le reste du temps, je n’y pense même pas. Si je n’étais pas seul, peut-être bien que cette date me laisserait indifférent. Sûrement, en fait.

Oui, c’est clairement la solitude qui influe sur mon état dépressif de ce soir.

– Et Ambre ?

Je la regarde sans rien dire, une expression neutre sur le visage.

– Oui, pardon. Des fois je dis n’importe quoi. Bon, je t’autorise à te morfondre pendant une soirée, mais pas plus. Être célibataire, ce n’est pas dramatique, tu sais ?

Même regard, même expression.

– C’est sûr, venant de ma part, c’est un peu hypocrite. Fais donc comme si je n’avais rien dit.

– Faisons ça. Et toi, tu souris tellement, ce soir, que j’ai mal aux zygomatiques à ta place. Il se passe quelque chose ?

– Je vais proposer à Ange de venir s’installer avec moi. Tu crois que ça va lui faire peur ? Parce que je vais le faire, hein, même s’il est mort de trouille.

Voilà, Lise, c’est ça : elle fonce, elle sait ce qu’elle veut et elle le prend. C’est ce qu’elle a fait lorsqu’elle est revenue dans la région il y a quelques mois et qu’elle a décidé d’avoir une deuxième chance avec Ange. Qu’il le veuille ou non, d’ailleurs. Mais ça me fait bizarre d’imaginer qu’il va partir, car bien sûr, il va dire oui. Même si c’est dans le coin, ce ne sera plus pareil. Plusieurs années à vivre tous les quatre avec Audrey et Sofiane, ça crée des habitudes. Et je n’aime pas changer mes habitudes. J’apprécie la sécurité du quotidien, la routine rassurante. La colocation à notre âge, ça peut sembler étrange. Sauf qu’on a trouvé nos repères. On a beau être partenaires dans le cabinet d’infirmiers qu’on partage, on ne travaille pas vraiment ensemble, en définitive. Chacun fait sa tournée, chacun a sa zone géographique et ses patients. Et quand on se retrouve le soir, on laisse le taf en dehors de la maison commune. Ça ne sera plus pareil, sans Ange. Mais c’est logique, c’est leur suite évidente. D’une certaine façon, je suis envieux de ce qu’ils ont. De cette évidence.

– Non, il ne flippera pas. Lance-toi. On sait tous les deux comment ça va se terminer.

Lise me sourit et me donne un coup de poing sur l’épaule, comme si elle était un camionneur et moi son collègue. Je renverse une bonne partie de ma bière sur moi et elle écarquille les yeux.

– Désolée ! Je suis tellement contente, je n’ai pas mesuré ma force ! Je vais te chercher…

– Non : je vais à la cuisine. Toi, va voir Ange. Demande-lui. Et épargne ma virilité avec ton histoire de force démesurée, tu seras gentille.

J’avoue profiter de l’occasion pour m’isoler. Elle retrouve son air heureux de petite fille qui s’apprête à obtenir ce qu’elle veut et s’éloigne en faisant un petit bond, façon Charlie Chaplin. Emma déteint sur elle. Ou alors c’est le contraire ? On aurait pu croire que retrouver l’amour de sa vie avec une enfant en bonus aurait refroidi Lise, mais non. Même pas.

J’entre dans la cuisine déserte et en referme la porte. Je sors ma chemise de mon jean pour essayer de la rincer et de limiter les dégâts. Quoi que je fasse, je pense que l’odeur s’est déjà incrustée. Mais ça m’occupe les mains… et l’esprit. Je la passe sous l’eau et l’essore avant d’en secouer les pans pour tenter de la sécher le plus possible. Je pourrais rentrer à la maison et me changer, c’est juste en face. Mais si je fais ça, je doute de trouver la motivation pour revenir. Je me retourne, m’appuie contre le plan de travail et ferme les yeux. Je soupire au moment où j’entends quelqu’un tousser. Je sursaute et une nana émerge de derrière l’îlot central.

– Désolée, j’étais déjà là quand tu es arrivé, mais je ne savais pas trop comment te signaler ma présence sans te surprendre.

Je la regarde en clignant des yeux, comme un abruti, sans rien dire.

– J’étais assise par terre, ajoute-t-elle comme pour se justifier.

– D’accord…

– Je me cachais.

Elle fait le tour du meuble qui nous sépare et s’y appuie, imitant ma pose, juste en face de moi. Elle place ses mains de chaque côté de ses hanches, ses doigts agrippent le rebord dans son dos, et elle me fixe. Elle n’est pas très grande, elle porte une jupe moulante, de celles qu’on voit sur les illustrations de pin up des années cinquante. Ça met en valeur ses hanches qui ont l’air d’être faites pour ce genre de vêtement. Le chemisier rouge qui complète sa tenue est totalement froissé. Les premiers boutons en sont ouverts, laissant apercevoir le début de son décolleté. Mes yeux remontent lentement jusqu’à son visage. Ses cheveux blonds retombent en grosses boucles par-dessus ses épaules jusqu’à ses seins qu’ils recouvrent en un effleurement. Et elle m’observe de la même façon que moi, sans un mot, ses yeux bleus en amande indéchiffrables. Son expression est indéchiffrable. Ses lèvres sont bien dessinées, sans maquillage. Mais ses paupières, elles, sont noircies. Elle donne l’impression d’être une version d’après soirée d’elle-même.

– Je me cachais parce que je ne suis pas censée être là, en fait.

Je cesse de la dévisager pour enfin lui répondre :

– Pourquoi es-tu là, si tu n’es pas censée l’être ?

Je ne sais pas pour quelle raison je lui demande ça. Elle semble avoir besoin de parler, je prends ça comme une distraction bienvenue.

– J’étais invitée, mais je devais travailler, ce soir. J’avais dit que je ne viendrais pas. Je pourrais leur faire la surprise maintenant que je suis là, mais ils me connaissent trop bien. Ils vont tout de suite comprendre que quelque chose ne va pas. Et je ne veux pas leur gâcher la soirée.

– David et Michel ?

– Oui, mes pères.

– Les deux ?

Elle sourit. Et ce simple étirement de ses lèvres illumine tout son visage.

– Rassure-toi, un utérus a bien été impliqué dans l’histoire. Mais oui, les deux.

– Oh. D’accord. Je ne voulais pas…

– Pas de souci, j’ai l’habitude.

– Et donc, tu ne devais pas être à leurs fiançailles ?

– On avait prévu de faire un repas avec mon frère et ma mère, plus tard.

– Et tu te caches.

– Oui.

– Car tu ne veux pas leur gâcher leur soirée.

– Voilà.

– Tu vas attendre que tout le monde soit parti ?

– C’était mon idée.

– Jusqu’à ce que j’arrive.

– Oui. Non. En fait, non. J’aurais pu rester assise par terre, tu ne m’aurais pas vue.

– Alors pourquoi t’es-tu signalée ?

– Parce que j’ai absolument besoin de parler à quelqu’un. Et on dit souvent que se confier à un inconnu, c’est plus facile.

Je croise les bras avant de me rappeler que ma chemise est trempée. Je grimace au contact du tissu collé à ma peau et les écarte.

– Tu sens la bière.

– On m’en a renversé dessus.

– Tu veux que j’aille te chercher de quoi te changer ? Je pense que David fait à peu près ta taille.

– C’est gentil, mais je pourrais aller chez moi.

– C’est loin ?

– De l’autre côté de la rue.

– Je peux t’accompagner, comme ça j’en profite pour te parler. Tu sais, cette histoire de se confier à un inconnu.

Ce moment est complètement surréaliste. Cette fille ne me connaît pas et elle veut m’accompagner chez moi ?

– Je suis peut-être dangereux. Tu n’es pas censée être là, comme tu dis, personne ne saura où tu es ni avec qui.

– Tu es invité aux fiançailles de David et Michel.

Je lève un sourcil un peu moqueur. Comme si le fait d’être invité quelque part faisait de moi une personne sûre et fréquentable.

– Ils ne t’auraient pas proposé de venir s’ils ne pensaient pas du bien de toi. Je leur fais confiance. On y va ?

– Est-ce que tu me proposes de…

J’agite la main dans un geste qui n’illustre pas du tout ce que je sous-entends. Cette fois, elle secoue la tête.

– Absolument pas. Je viens de me faire plaquer. J’ai le cœur en miettes et aucune envie d’un autre homme que celui qui l’a mis dans cet état.

J’ignore la petite pointe de déception que je ressens. Non pas que… mais bon… Oui, je lui aurais dit oui, si ça avait été une proposition. S’aider mutuellement à oublier, le temps d’une soirée, ce n’est habituellement pas mon genre, mais j’aurais été partant. Alors je fais comme si ça ne me touchait pas :

– Le plan, c’est de passer par là ? je lui demande en montrant la porte de la cuisine qui donne sur le jardin.

Elle s’y dirige et sort sans m’attendre ni me répondre. Je la suis.

J’avance sur la pelouse et remarque seulement maintenant qu’elle est pieds nus. Ce n’est pas encore l’ère glaciaire dans la région, mais nous sommes en octobre et il fait tout de même frais, la nuit tombée. Ça ne semble pas la gêner. Ses ongles sont vernis de rouge, comme ceux de ses mains. L’herbe s’écrase sous chacun de ses pas, ses pieds sont fins et délicats. Elle ralentit et s’écarte un peu, ne sachant pas où aller. Elle s’efface et je la précède alors que nous entrons. Je la perçois plus que je ne l’entends marcher derrière moi. Une fois dans mon salon, je lui indique le canapé :

– Assieds-toi, si tu veux. Je vais me changer, j’en ai pour une minute.

Je me dépêche de jeter ma chemise dans le panier de linge sale. Je me rince rapidement et récupère un t-shirt dans mon armoire avant de la retrouver. Elle n’a pas bougé, elle est toujours debout au milieu de la pièce et me regarde arriver. Je m’arrête juste devant elle.

– Tu voulais me parler, je lui rappelle en mettant les mains dans mes poches.

– Tu as déjà été abandonné ? Quitté ?

Je serre les dents et me contente de hocher brièvement la tête.

– Moi, c’est la première fois. Et ça fait vraiment, vraiment mal.

– Je sais.

Une larme apparaît au coin interne de son œil droit, je focalise sur cette petite goutte. Je l’observe gonfler, jusqu’à ce qu’elle dégringole le long de son nez et vienne se percher sur le rebord de sa lèvre. Une autre prend sa place et la pousse par-dessus ce petit précipice. Elle l’essuie rapidement et détourne les yeux. Un geste de pudeur et de mise à distance. Je ne sais pas quoi faire. J’ai cette inconnue au milieu de mon salon, et je reste là, à fixer ses lèvres et le sillon que ces perles d’eau salée ont tracé. Elle fait un pas en arrière avant de chuchoter :

– Quand est-ce que j’aurai moins mal ?

Mon regard glisse sur son visage jusqu’à accrocher ses yeux.

– Ça va s’atténuer.

– C’est quelque chose qu’on raconte pour ne pas se décourager, que le temps guérit tout ? Ou c’est vrai ?

– C’est vrai.

– Toi, tu as encore très mal ?

– Non.

– Mais tu as encore mal ?

– Non. Ce soir, oui, un peu. Mais tous les autres jours, non.

Elle tripote les bracelets sur son poignet, comme un geste machinal dont elle n’a pas conscience.

– Je peux rester un moment ?

– Bien sûr.

On ne bouge pas. Au bout de quelques secondes de silence confortable, je lui propose :

– On peut mettre un film, si tu veux. Pas de comédie romantique. Un film d’action, par exemple. Pour te changer les idées.

Elle me sourit à nouveau. Et à cet instant précis, je décide que j’ai envie de la faire sourire plus souvent.

– Ou alors une comédie bien débile. Galaxy Quest ?

Elle sourit encore plus.

– Never give up… démarre-t-elle, et je prends le relais :

– …never surrender !

Elle rit. Un peu, pas trop. Juste un joli son tout en retenue. J’ai changé d’avis : c’est son rire que je veux provoquer plus souvent. Je me détourne d’elle et vais installer le DVD pendant que je l’entends aller vers le canapé. Quand je la rejoins, je la trouve recroquevillée contre l’accoudoir, les jambes repliées sur le côté dans une posture élégante qui va bien à sa jupe.

– Merci, je lui dis en prenant place de l’autre côté du sofa.

Elle me regarde et attend.

– Je n’étais pas très en forme, ce soir. J’avais besoin… de penser à autre chose, je précise.

– Demain, ce sera à nouveau tous les autres jours.

– Oui.

Nous cessons de parler et regardons l’écran. Je ne m’arrête pas pour réfléchir à la situation, je sais que c’est étrange, et que ça va à l’encontre de tout ce qui me rassure. Et pourtant, elle a réussi à me distraire. Je ne fais pas trop attention au film, je me laisse doucement emporter dans une somnolence bienvenue. Comme si je venais de lâcher un poids.

Lorsque j’ouvre les yeux, un moment après, je prends conscience de plusieurs choses : la télé est éteinte, je suis allongé sur le canapé, et je suis seul. Je me redresse lentement et réalise que je ne connais même pas son prénom.

Je me demande si je l’ai rêvée.


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