Follow Me – Tome 2/3

  • Romance Contemporaine (New Romance)
  • Série de tomes compagnons (peuvent être lus séparément) : Follow Me – Tome 2
  • 1° édition 2016 – Réédition 2021
  • Disponible en grand format papier et numérique
Nouvelle Chance - Fleur Hana

Présentation

On a tous droit à une nouvelle chance, même si on n’en veut pas…

Margaux n’aurait jamais dû craquer pour le mec de sa meilleure amie… Encore moins coucher avec lui.

Quand leur liaison est découverte, sa vie à Paris vole en éclats. Elle perd ses amis, ses perspectives de travail et l’amour de sa vie.

Elle rejoint alors sa famille dans le Sud, honteuse, le cœur en miettes, et en colère d’être la seule à payer une erreur commise à deux.

À qui parler de ses problèmes, à présent ? Au voisin doux et attentionné qui l’écoute sans la juger ?

Anthony est le parfait confident. Anthony est surtout parfait, point. Et Margaux est terrifiée à l’idée d’avoir une nouvelle chance… qu’elle ne mérite pas.

Car elle est toujours amoureuse de son ex, c’est sûr. Non ?

Découvrez la réédition entièrement revue du deuxième tome de Follow Me, qui peut être lu indépendamment des autres. Même s’il est dommage de passer à côté de cette bande d’amis à la Friends !


Playlist sur Deezer


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

Il est parfois difficile de traiter d’un sujet qui est, pour beaucoup de lectrices, tabou dans la romance : la trahison.

C’était mon challenge pour cette histoire, je voulais partir d’une héroïne en tort et montrer son évolution à travers les yeux d’un de mes héros les plus gentils que j’aie écrits !

Margaux n’est pas une héroïne très populaire, et pourtant, avec ses fêlures et ses nuances, elle est sûrement l’un de mes préférées !


Vos avis

J’ai beaucoup aimé cette histoire qui pour l’avouer m’a moins entrainé au début que Lise et Ange… mais au fur et a mesure des chapitres, c’est devenu une vraie obsession de savoir ce qu’il allait advenir de ces 2 là…

Merci Fleur, j’ai ri et pleuré au travers d’Anthony et Margaux…

encore un merveilleux moment passé…

J’ai hate de savoir l’histoire de Sofiane et Audrey maintenant.. 😉

Lectrice Amazon

Si vous avez aimé le premier tome, vous ne pourrez qu’adorer la suite.

Différente du premier tome mais avec tous les éléments qu’on a adoré dans le 1. Humour, bande de potes…

L’héroïne de ce tome ne nous est pas sympathique de prime abord, et c’est ce qui rend ce livre si original. J’ai même eu un peu de mal au début… Et pourtant, son évolution est géniale, on finit par la comprendre et s’y attacher… Quant à lui…. lui est parfait !

Un super tome !

Cécile B

Deuxième tome, deuxième coup de cœur ! Si Si je vous jure ! Fleur Hana m’a une nouvelle fois conquise par sa plume !

Kora Livresque

Premier chapitre offert

Avant

Anthony

– Je bois jamais, pourquoi tu m’as pas arrêté ? Je crois que je vais vomir…

Mon futur associé rejette la tête en arrière, les yeux fermés. Ses cheveux blonds sont ramassés en chignon à l’arrache, quelques mèches retombent autour de son visage, comme toujours. Son teint, en revanche, n’est pas habituel. Je me souviens pas l’avoir déjà vu en si piteux état. Le faible éclairage du bar n’arrange pas l’ombre verdâtre qui colore progressivement ses joues.

– Fausse alerte, soupire-t-il après un moment.

Il me fait à nouveau face et pointe l’index vers moi en levant un sourcil :

– Je t’ai raconté pour Lise, à ton tour.

– Mon tour de quoi ?

– T’as débarqué en ville sans connaître personne. Des écoles d’infirmiers, y en a partout, alors pourquoi ici ? Pourquoi seul ?

Je préfère Ange quand il est à jeun, il est moins curieux. Lui qui est si discret, qui écoute plus qu’il ne parle, est devenu vachement perspicace, d’un coup. Je prends une gorgée de bière pour gagner du temps. Je suis assez facile d’accès pour tout ce qui est en surface, mais je suis pas du genre à étaler ma vie. Kiss version acoustique résonne dans le pub. Mêlée au brouhaha des clients, la musique procure au lieu une ambiance paradoxalement intime, compte tenu du bruit. Comme si le reste du monde était trop occupé pour prêter attention à notre conversation.

– Y avait plus rien pour moi, d’où je viens, je finis par marmonner.

– Je vois…

– Je devais changer d’air, j’ai pris une carte de France et j’ai visé au hasard. La mer à proximité m’a aidé à choisir, aussi. Y a rien de dramatique ou traumatisant dans mon histoire, mais j’ai appris à être prudent et à me préserver. On sait jamais quand une merde va nous tomber dessus, alors je fais gaffe.

Ange m’observe sans rien ajouter. Le sujet me met mal à l’aise, et je mise sur l’amnésie éthylique dont il pourrait être victime pour échapper à d’autres questions, demain. Je me rassure en me disant qu’une fois redevenu lui-même, Ange devrait pas insister, pas son genre.

Je le fréquente depuis notre première année à l’IFSI. Les mecs y sont en minorité et se regroupent naturellement. Instinct de survie. Trois ans en école et trois autres en pédiatrie avec lui m’ont permis de le cerner.

On s’octroie ce soir une parenthèse qu’on refermera en sortant d’ici. Après, il redeviendra le pote torturé et silencieux qu’il est en temps normal.

– On va faire un pacte : on repart de zéro, avec le cabinet. Toi et moi, déclare-t-il. On oublie le passé et on démarre un nouveau chapitre. Non, mieux : un nouveau livre !

– Toi, moi, plus deux autres, je rectifie. Il nous faut absolument des associés. Sans eux, on s’en sortira pas et notre livre comptera quatre pages, couverture incluse.

Il réfléchit deux secondes avant de lancer :

– Sofiane avait l’air intéressé ! On mettra une annonce pour trouver le quatrième, c’est tout !

Son enthousiasme alcoolisé est contagieux. Je lui souris, tout en espérant qu’il ait raison et que ce soit aussi facile de trouver les libéraux qui nous permettront de monter notre cabinet. Et qu’il soit viable, surtout. J’ai jamais participé à un projet aussi ambitieux et je refuse de le louper. Il faut que ça fonctionne. Je dois me prouver que malgré l’échec de mon plan A, les autres lettres de l’alphabet sont à portée de main.

Je lève mon verre en proposant un toast :

– À notre avenir qui commence aujourd’hui !

– Super, mais , je vais vraiment vomir…

Il se précipite aux toilettes. OK… à notre avenir qui débutera une fois qu’on aura cuvé, alors.

À présent seul, avoir évoqué ma vie d’avant me rattrape. Je suis plutôt doué pour regarder devant moi sans me démoraliser à cause du passé. Pourtant ce soir, la boisson et les confidences pèsent sur mon humeur. Allez… À mon avenir sans elle ! Je trinque avec moi-même et termine ma pinte avant de vérifier comment va Ange.

Chapitre 1

Quatre ans plus tard

Anthony

Certains jours, malgré mes efforts, le passé s’acharne à ne pas rester à sa place : derrière moi. Y a toujours un détail pour me ramener à ce que j’aimerais autant oublier que revivre. Le revivre différemment, en ayant l’opportunité d’en changer les conséquences. L’oublier parce que je sais pertinemment qu’en fait, je pourrais rien modifier. C’est juste son anniversaire. Au lieu de m’en soucier, je devrais profiter des fiançailles de Michel et David. Le couple a emménagé en face il y a deux mois, et on a tout de suite accroché. Ils ont invité tout le quartier, ce soir, un remake de la fête des voisins, en octobre, et en vachement plus classe. L’ambiance est sympa. Je crois.

En vérité, je passe complètement à côté : j’arrête pas de penser à elle. Je me demande ce qu’elle fait, avec qui elle fête ce jour, et tout un tas d’autres trucs qui me soule.

– Tu rumines.

Lise se plante devant moi, une bière fraîche à la main qu’elle échange contre la bouteille vide que je tiens.

– Je suis fatigué.

– Aussi, mais tu rumines.

Je bois en fermant les yeux pour éviter les siens qui me scrutent. Lise a débarqué dans nos vies comme une tornade, et en quelques semaines, on est devenus proches, elle et moi. Le fait qu’elle traîne beaucoup chez nous, maintenant qu’Ange et elles sont à nouveau sur la même longueur d’onde, entretient cette amitié crescendo, à son image. D’abord timide, puis hyper à l’aise.

Ses cheveux auburn sont en bordel et elle reste fidèle à son look d’ado : un t-shirt de Dylan qui tombe sur une épaule, un jean et ses Dr Martens. Même pour une soirée habillée, elle est du genre à s’en foutre et à se fringuer à son idée, et pas à ce que les autres attendent d’elle. J’aimerais être aussi nonchalant. J’aimerais aussi pouvoir lui résister, mais je sais qu’elle ne lâchera pas.

– C’est l’anniversaire de quelqu’un à qui j’aimerais ne plus penser, je lui avoue en haussant les épaules.

C’est ridicule. Y attacher encore de l’importance devient malsain. Logique, mais tordu. Quand on a tourné la page, on passe pas son temps à la relire, si ?

– C’est la première fois que tu me parles de ça.

– Y a pas grand-chose à dire. Normalement, j’y pense même pas. Si j’étais pas célibataire, peut-être que cette date me laisserait indifférent.

Oui, la solitude influe clairement sur mon état dépressif de ce soir.

– Et Ambre ? Toujours rien ?

J’arrive pas à croire qu’elle mentionne l’aide à domicile avec qui je suis vaguement sorti ! Je la regarde en silence, une expression que j’espère neutre sur le visage.

– Oui, bon, pardon… je dis n’importe quoi des fois ! OK, je t’autorise à te morfondre pendant une soirée, pas plus ! Le célibat, c’est pas dramatique, tu sais ?

Même regard, même expression.

– Venant de moi, je reconnais que c’est hypocrite… On rembobine ?

– Faisons ça ! Toi, tu souris à fond, j’ai mal aux zygomatiques par solidarité. Raconte.

– Je vais proposer à Ange d’emménager avec moi ! Tu crois que ça va lui foutre la trouille ? Parce que je vais le faire, hein, même s’il a peur !

C’est tout Lise : elle fonce. Elle sait ce qu’elle veut et elle le prend. Exactement ce qu’elle a fait en revenant dans la région il y a quelques mois. Elle a décidé d’avoir une seconde chance avec Ange, qu’il le veuille ou non était sans importance. Ça me fait bizarre d’imaginer qu’il va partir, car bien sûr, il va accepter. Même s’ils vivent pas loin, ce sera plus pareil. Des années à cohabiter tous les quatre, avec Audrey et Sofiane, ont créé des habitudes auxquelles je suis attaché. J’apprécie la sécurité du quotidien, la routine rassurante. La colocation à notre âge peut paraître étrange, sauf qu’on a trouvé nos repères. On a beau être associés dans notre cabinet d’infirmiers, on ne travaille pas vraiment ensemble, en définitive. Chacun fait sa tournée sur sa zone géographique et gère ses patients, et quand on se retrouve le soir, on laisse le taf sur le palier. Tout va changer, sans Ange. Mais c’est leur suite logique. D’une certaine façon, je suis envieux de ce qu’ils ont. De cette évidence.

– Non, je suis sûr qu’il flippera pas. Lance-toi.

Lise me sourit en me donnant un coup de poing sur l’épaule, comme un camionneur avec son collègue, et je renverse une bonne partie de ma bière.

– Désolée ! Je suis ultra contente, j’ai pas réalisé ma force ! Je vais te chercher…

– Va voir Ange et demande-lui. Épargne aussi ma dignité avec ton histoire de force démesurée, tu seras gentille.

J’avoue profiter de l’occasion pour m’isoler. Elle retrouve son air ravi de petite fille qui s’apprête à obtenir ce qu’elle veut, et s’éloigne avec un petit bond, façon Charlie Chaplin. Emma, la fille d’Ange, déteint sur elle. Ou c’est le contraire ? On aurait pu croire que retrouver l’amour de sa vie avec une gamine en bonus aurait refroidi Lise, mais non. Même pas. Ouaip, quand je serai grand, je serai comme elle.

J’entre dans la cuisine déserte et en referme la porte, atténuant les bruits de la fête. Je sors la chemise de mon jean pour limiter les dégâts. Peine perdue : quoi que je fasse, l’odeur s’est déjà incrustée. Mais ça m’occupe les mains… et l’esprit. Je la passe sous l’eau et l’essore avant d’en secouer les pans pour la sécher. Je pourrais rentrer me changer, mais si je fais ça, je ne trouverai pas la motivation de revenir. Je me retourne, m’appuie au plan de travail et ferme les yeux en soupirant. Je sursaute en entendant quelqu’un tousser, et une nana émerge de derrière l’îlot central.

– Salut.

Elle se redresse et continue :

– J’étais déjà là quand tu es arrivé, mais je savais pas trop comment te signaler ma présence sans te surprendre.

Je la regarde en clignant des yeux comme un abruti.

– J’étais assise par terre, ajoute-t-elle.

– Euh… OK ?

– Je me planquais.

Elle fait le tour du meuble qui nous sépare et s’y adosse en imitant ma pose, face à moi. Elle agrippe le rebord dans son dos, et me fixe. Je fais pareil. Pas très grande, elle porte une jupe moulante, comme celles des pin-up des années 50. La coupe met en valeur ses hanches qui ont l’air d’être faites pour ce genre de vêtement. Le chemisier rouge qui complète sa tenue est froissé, les premiers boutons ouverts laissent apercevoir le début de son décolleté. Je remonte le regard jusqu’à son visage. Ses cheveux blonds retombent en grosses boucles par-dessus ses épaules et lui effleurent les seins. Elle m’observe de la même façon, sans un mot, ses yeux bleus en amande indéchiffrables. Ses lèvres sont naturellement pulpeuses, sans maquillage, alors que ses paupières sont noircies. On dirait une version d’après soirée d’elle-même. Je sais pas quoi dire après l’avoir clairement matée, donc j’attends.

– Je me cachais parce que je ne suis pas censée être là, reprend-elle.

Je cesse enfin de la dévisager pour lui demander :

– T’attends que tout le monde se casse pour cambrioler la maison ?

Qui a une question plus débile ?

– Si c’était le cas, ce ne serait pas judicieux de te le dire, hein ?

– Vrai. Alors du coup, pourquoi tu es là sans vraiment être là ?

– J’avais pas prévu d’assister aux fiançailles de mes pères. J’ai pleuré et je veux pas leur gâcher la soirée en débarquant dans cet état.

Elle dit ça comme si elle était en loques… elle m’a vu avec ma chemise à la binouze ?

– David et Michel ont une fille ?

– Oui… moi.

Peut-être que je suis lent, mais je me suis pas encore remis de la surprise de tomber sur cette nana planquée dans la cuisine. Ils ont jamais mentionné d’enfants, cela dit, on est peut-être pas encore assez proches pour parler de nos familles. Heureusement pour moi.

– Tu ne devais pas venir à leurs fiançailles ?

– On avait prévu un repas avec mon frère et ma mère, plus tard. Quand on serait tous disponibles.

– Alors tu te caches.

Elle hausse une épaule, faisant rebondir une boucle dorée.

– T’as peur de leur gâcher la soirée, donc, je résume.

– Voilà.

– Tu te manifesteras quand tout le monde sera parti ?

– C’était mon idée. Pas de cambrioler les lieux, ajoute-t-elle avec un petit sourire.

– J’ai foutu ton plan en l’air en me pointant ?

– J’aurais pu rester par terre, tu ne m’aurais pas vue.

– Alors pourquoi tu l’as pas fait ?

– J’ai vu ça comme un signe. J’ai besoin de parler à quelqu’un, mais je ne veux pas embêter mes pères avec mes histoires. Puis t’es arrivé.

– Tu veux me parler de ce qui t’a fait pleurer ?

– J’aimerais bien. Il paraît que c’est plus facile de se confier à un étranger.

– J’ai le CV idéal, du coup.

Oubliant que ma chemise est trempée, je croise les bras puis les écarte aussitôt en grimaçant au contact du tissu collé à ma peau.

– Tu sens la bière, remarque-t-elle.

– On m’en a renversé dessus.

– David fait à peu près ta taille, je peux me faufiler pour lui emprunter une chemise, si tu veux.

– Merci, mais je pourrais aussi rentrer chez moi.

– C’est loin ?

– De l’autre côté de la rue.

– Je t’accompagne, j’en profiterai pour te parler !

Elle marque une pause avant de se reprendre :

– Enfin, si t’es d’accord… Je sais que c’est bizarre comme requête, et tu peux dire non, hein, c’est pas grave, je comprendrais…

Je ne peux pas m’empêcher de l’interroger :

– Tu me fais confiance ? Juste comme ça ? Je suis peut-être dangereux… T’es pas censée être là, comme tu dis, et personne ne saura où tu es ni avec qui.

– David et Michel n’inviteraient pas un sociopathe à leurs fiançailles.

– Pas sciemment, non.

– Tu essaies de me convaincre de me méfier de toi ?

Je secoue la tête, puis lui demande pour être sûr :

– Est-ce que tu me proposes de…

J’agite la main dans un geste qui n’illustre pas du tout ce que je sous-entends. Cette fois, elle secoue la tête.

– Je viens de me faire plaquer : j’ai le cœur en miettes et seulement envie de celui qui l’a mis dans cet état.

J’ignore la pointe de déception que me provoque son aveu. Non pas que… mais bon… OK, je lui aurais dit oui, si ça avait été une proposition. S’aider mutuellement à oublier, le temps d’une soirée. C’est pas mon genre, pourtant j’aurais été partant.

Je me redresse et lui indique la porte de la cuisine qui donne sur le jardin.

– On peut passer par là.

Elle s’y dirige et sort sans me répondre. Je la suis sans attendre : pour une raison étrange, je n’ai pas envie de la perdre de vue.

C’est seulement en traversant la pelouse que je remarque qu’elle est pieds nus. C’est pas encore l’ère glaciaire dans la région, mais on est en octobre, et ça a pas l’air de la gêner. À chacun de ses pas, l’herbe s’écrase sous ses pieds fins et délicats aux ongles vernis de rouge, comme ceux de ses mains. De l’autre côté de la route, elle ralentit et s’écarte. Je la dépasse et c’est à son tour de me suivre. Quand on entre enfin chez moi, je la perçois plus que je l’entends marcher derrière moi. Une fois dans mon salon, je lui désigne le canapé :

– Assieds-toi, si tu veux. Je vais me changer, j’en ai pour une minute.

Je me dépêche de jeter ma chemise dans le panier de linge sale. Je me nettoie et récupère un t-shirt propre avant de la retrouver, toujours un peu flippé qu’elle soit seulement le fruit de mon imagination. Elle a pas bougé ; debout au milieu de la pièce, elle me regarde arriver. Je m’arrête devant elle.

– Tu voulais parler, je lui rappelle en fourrant les mains dans mes poches.

– On t’a déjà abandonné ? souffle-t-elle.

Je serre les dents en me contentant de hocher brièvement la tête. Qu’elle cible si bien les choses me perturbe.

– Moi, c’est la première fois. Ça fait vraiment, vraiment mal.

– Je sais.

Une larme apparaît au coin interne de son œil droit. Je focalise sur cette minuscule goutte. Je l’observe gonfler, jusqu’à ce qu’elle dégringole le long de son nez et se perche sur le rebord de sa lèvre. Une autre prend sa place et la pousse par-dessus ce petit précipice. Elle l’essuie rapidement en détournant les yeux. Réaction de pudeur et de mise à distance. Je ne sais pas quoi faire. Cette inconnue pleure au milieu de mon salon, et je fixe ses lèvres et le sillon que ces perles d’eau salée tracent jusqu’à elles. Elle recule d’un pas avant de chuchoter :

– Quand est-ce que j’aurai moins mal ?

Mon regard accroche le sien, j’ai besoin qu’elle comprenne que ça ira mieux.

– Ça s’atténuera, je déclare fermement.

– On raconte que le temps guérit tout pour ne pas se décourager ? Ou c’est vrai ?

– C’est vrai, je confirme.

– Toi, tu as encore très mal ?

– Non.

– Mais tu as encore mal ?

– Non. Ce soir, oui, un peu. Mais tous les autres jours, non, j’avoue sans chercher à comprendre ce besoin de lui confier cette partie de moi que je cache à tout le monde.

Elle tripote les bracelets sur son poignet d’un geste machinal qui m’hypnotise un instant.

– Je peux rester ici jusqu’à la fin de la soirée de fiançailles ?

– Bien sûr.

On ne bouge pas. Au bout de quelques secondes de silence confortable, je propose :

– On peut se mater quelque chose, si tu veux. Pas de comédie romantique, j’ajoute en grimaçant. Un film d’action, par exemple ? Pour se changer les idées.

Je ne la connais pas, on n’est rien l’un pour l’autre, et pourtant je prends la décision, ici et maintenant, de tout faire pour la faire sourire à nouveau.

– Ou alors une comédie bien débile… Galaxy Quest ? je suggère.

Ses lèvres s’étirent davantage. Mission accomplie.

– Never give up…, démarre-t-elle, et je prends le relai :

– … never surrender !

Elle rit. Un joli son tout en retenue. J’ai changé d’avis : je veux son rire plus que son sourire. Ou les deux. Ou arrêter de m’emballer.

Je me détourne pour installer le Blu-ray de Sof pendant que j’entends mon invitée se diriger vers le canapé. Quand je la rejoins, je la trouve recroquevillée contre l’accoudoir, les jambes repliées dans une posture élégante qui va bien à sa jupe.

– Merci, je lui dis en prenant place de l’autre côté du sofa.

Elle me regarde et attend. Je m’ouvre un peu plus :

– J’étais pas au top, ce soir. J’avais besoin… de penser à autre chose. De parler à une inconnue, par exemple…

Elle esquisse un début de sourire, on se comprend sans sous-titres.

– Demain sera à nouveau tous les autres jours.

– Oui.

On reporte notre attention sur l’écran où le film démarre. Plus détendu que depuis le début de cette journée étrange, je me laisse emporter par une somnolence bienvenue.

Lorsque je rouvre les yeux, je prends conscience de plusieurs choses : la télé est éteinte, je suis allongé sur le canapé, et je suis seul. Je me redresse et réalise soudain que je ne connais même pas son prénom. Je me demande définitivement si je l’ai rêvée. J’espère que non…


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