• Romance Contemporaine (Noël)
  • One-shot (tome unique) – Nouvelle
  • 1° édition 2019
  • Disponible en numérique et papier

Présentation

Ils s’offrent une nuit… juste une nuit.

Vous savez, ces histoires qu’on aime lire l’hiver, sous la couette, un mug fumant à portée de main et une bougie allumée à côté ?
C’est ainsi qu’il faut lire cette nouvelle, elle n’en sera que meilleure. Posez-vous un instant pour découvrir ce conte contemporain de Noël…
Un militaire, une jeune femme, une rencontre, quelques heures et cette fameuse nuit où tout est possible.


Tu l’as lu ?

N’hésite pas à laisser ton avis sur Amazon (et/ou les autres plateformes de lecture), car il peut aider d’autres lectrices et lecteurs à lui donner sa chance ! Merci à toi ^^


Mot de l’autrice

La petite histoire qui se lit vite et que j’aime offrir en premier cadeau à mon lectorat VIP !

Le thème est axé sur Noël et un héros militaire, mais on peut vraiment lire Perfect Night à n’importe quel moment !


Vos avis

« Perfect night » est une nouvelle d’une soixantaine de pages. J’en profite pour glisser que Fleur est une autrice que j’aime beaucoup. J’aime sa plume, j’aime ses histoires et j’aime sa personnalité. Elle fait partie de mes auteurs chouchous et est une valeur sûre pour moi. Lorsque j’entame un de ses livres, je sais que je vais passer un bon moment.

Une histoire courte et efficace qui malgré sa petitesse ne laisse pas l’émotion de côté. Comme d’habitude avec Fleur Hana c’est romantique, sensuel, juste et très bien écrit. On s’attache très vite aux personnages, ils sont touchants et intrigants (surtout le beau militaire en permission 🙂 , il apporte une pointe de suspense). Et quelle jolie fin inattendue ! Voilà une chute qui m’a surprise et qui me plaît beaucoup. Elle rajoute encore plus de tendresse à l’histoire je trouve. Si vous avez envie d’un texte court, rafraîchissant, romantique et sans prise de tête : Foncez ! 🙂

Mikasabouquine

Fleur Hana m’a transporté dans cette petite nouvelle je recommande ! Vous passerez un agréable moment !

Ju_Lit

Cette nouvelle m’a conquise ! Vraiment bien tournée, j’ai adoré pouvoir lire cette histoire d’une traite. Quel cadeau d’anniversaire !!

Je recommande !

Jocelyne Liagre

Premier chapitre offert

– Il est sympa, votre bouquin ?

La question vient de mon voisin de gauche. C’est un type qui doit avoir la trentaine et à qui j’attribue aussitôt trois qualificatifs dans mon esprit : insipide, impoli, intrusif. Il n’est pas la raison de ma présence ici ce soir. Je ne suis pas venue pour draguer et encore moins me faire draguer. Ce serait déprimant et il renvoie précisément cette impression pathétique du gars à l’affut. C’est le genre d’homme à conclure qu’une femme seule dans un pub, en début de soirée, est une invitation au flirt. C’est donc précisément le genre d’homme que je fuis comme la peste. Il s’est rapproché depuis que je me suis installée, je l’ai remarqué même si je n’ai rien dit. J’avais l’espoir naïf qu’il n’allait pas oser m’aborder. J’ai une foi immense en la nature humaine. Pourtant il me semble que ce spécimen est une cause perdue. C’est pourquoi je ne prends pas la peine de lui répondre et préfère reporter mon attention sur mon livre.

– C’est un polar ? insiste-t-il sans saisir la portée du message pourtant clignotant que mon attitude renvoie.

Drague mention gros lourd, en plus. Je continue à faire comme s’il n’était pas là. Avec un peu de chance, il finira par comprendre que mon silence équivaut à un refus d’engager quoi que ce soit avec lui. Y compris une simple conversation. Mais je ne me fais pas trop d’illusions ; s’il avait une once de bon sens, il aurait déjà lâché l’affaire. Je recommence la lecture de la même phrase pour la troisième fois, son interruption rendant l’exercice difficile. J’aurais dû me douter qu’il n’était pas du style à saisir la signification de mon langage corporel. Je me suis détournée de lui, lui offrant une partie de mon dos comme interlocuteur, j’ai laissé mes cheveux retomber autour de mon visage pour créer une barrière entre nous, et j’ai relevé mon livre afin de mieux me dissimuler derrière ses pages. Rien à faire, il est aussi bouché que je le craignais.

– J’adore les polars. Je suis même assez doué pour repérer le coupable dès les premiers chapitres. J’ai le flair pour débusquer les assassins, et vous ?

En ce qui me concerne, je suis particulièrement douée pour repérer les victimes. Parce que s’il poursuit son interrogatoire, je peux m’arranger pour faire de lui le corps qu’on découvre dès le premier chapitre. Mais je ne vais pas lui répondre ça, il serait capable de prendre mon sarcasme pour un encouragement. De toute façon, il n’a pas besoin de moi puisqu’il continue son monologue comme si je n’étais pas là.

– J’ai commencé à écrire un roman, vous savez. Mon héroïne vous ressemble, justement. Si vous me dites comment vous vous appelez, je pourrai même lui donner votre prénom.

– Te fatigue pas, mon vieux : elle repart avec moi, ce soir.

Je redresse la tête d’un coup. Je regarde celui qui vient de se joindre au discours du gros lourd et s’est installé à ma droite sans que je ne m’en aperçoive. Il porte un uniforme de militaire et retire un sac de voyage de son épaule qu’il dépose tranquillement au sol, à ses pieds. Il a la peau mate, tendance café au lait, mais ses yeux sont vert pâle et accentuent son métissage. Yeux qui me scrutent comme s’il attendait une réaction de ma part à son intrusion. Pourquoi lui en fournirais-je une alors que je m’applique pour ignorer le fan de polars depuis une dizaine de minutes ? Le sourire arrogant que le militaire affiche me pousse au contraire à lui faire bénéficier du même traitement. C’est le contrat tacite : j’en ignore un, j’ignore le suivant. Pourtant, alors que son approche est sûrement pire que celle du type de l’autre côté, je suis incapable de détourner le regard comme je devrais le faire afin de lui envoyer le même message qu’à l’autre. J’aimerais que ce ne soit pas le cas, mais cette volonté ne suffit pas à mettre mes intentions à exécution. Au lieu de ça, je continue mon observation. Ses cheveux ont la longueur réglementaire : coupés très courts autour des oreilles et à peine plus longs sur le dessus. Ses joues sont elles aussi rasées de frais. Tout dans son aspect est impeccable, jusqu’à la petite fossette qui se creuse sous sa pommette droite lorsque ses lèvres s’étirent un peu plus encore. Le coup de la fossette, ça me semble un peu déloyal. Ça me renvoie à certaines de mes lectures où l’héroïne craque systématiquement pour les fossettes du héros, où qu’elles se trouvent. Ces romances font du bien au moral et au cœur, mais elles ne reflètent en aucun cas la réalité. Ce serait bien que je m’en souvienne.

– Pardon, mon vieux, mais nous sommes en train de discuter.

La réaction hostile de l’auteur en herbe me fait tiquer. Il appelle sa piètre tentative de drague une discussion ? Mon scepticisme n’échappe pas au nouvel arrivant qui s’amuse visiblement de la situation. Mon visage se ferme, le sien s’illumine d’autant plus.

– Discutons à trois, ça ne me dérange pas ! Mika, ajoute-t-il en tendant la main.

Il la destine à mon harceleur n°1, aussi son bras me passe sous le nez quand il se penche pour l’atteindre. Curieuse, je vérifie la réaction de mon autre voisin. Il serre machinalement la paume offerte, affichant un air à la fois perplexe et méfiant, et répond :

– Alexandre.

– Qu’est-ce qui t’amène dans un pub un 23 décembre, Alex ?

J’ai la sensation d’assister à un match de tennis, sauf qu’un des deux joueurs passe son temps à mettre des aces dans la face de l’autre.

– Euh…

C’est ce que je pensais, maintenant qu’il n’est plus dans sa dynamique de drague, le faux écrivain en perd sa verve. Enfin, pour être tout à fait honnête, il n’a jamais eu de verve, mais il devait l’espérer. À présent, c’est une réalité pour tout le monde : il patauge.

– Tu te sentais seul et tu t’es dit que c’était le bon endroit pour rencontrer une femme qui se sentirait, elle aussi, seule à l’approche des fêtes ? Tu t’es imaginé que, sur un malentendu, elle serait aussi désespérée que toi et ça t’aiderait à conclure ? Tu t’es planté de cible, Alex. Elle n’est pas désespérée. Et c’est moi qu’elle veut.

Aucune réplique en face. Non pas que sa vie m’intéresse particulièrement. Je suis bien trop absorbée dans l’observation du profil du militaire, toujours incliné vers moi. Un nez droit, peut-être un peu grand, mais à peine. Juste de quoi apporter une touche de normalité à son visage où règne une harmonie presque trop parfaite. C’est surtout sa bouche qui retient mon attention, je me sens lentement me pencher vers elle, attirée par une force magnétique contre laquelle on sait qu’il est inutile de lutter. J’ai heureusement la présence d’esprit de ne pas céder à cette impulsion.

Hum… une seconde : « C’est moi qu’elle veut ? » Il sort d’où avec ce genre d’affirmation ? Le gars débarque et arrive en terrain conquis comme si nous étions encore à une époque où la femme devait se sentir flattée qu’un homme s’intéresse à elle ? Il faudrait peut-être que je minaude, le mange des yeux et m’autorise à rougir de plaisir de l’honneur qu’il m’accorde ?

– Vous êtes en train de me dévisager.

Prise en faute, j’opte pour l’attaque en guise de défense :

– Vous êtes presque allongé sur mes genoux pour parler à votre nouvel ami. Je peux difficilement regarder ailleurs. Estimez-vous surtout heureux que je ne vous fasse pas tomber de votre tabouret en vous repoussant comme vous le mériteriez. Parce que moi, j’ai un certain savoir-vivre contrairement à d’autres.

– Elle a raison.

Le retour du gros lourd dont l’intervention m’agace encore plus que lorsque nous étions seuls. Comme si j’avais besoin de lui pour venir à ma rescousse alors qu’il y a quelques instants, c’est de lui dont je tentais de me débarrasser. De toute façon, le militaire continue, sans donner l’impression d’avoir entendu l’autre. C’est un dialogue de sourds.

– Je pourrais m’éloigner, mais ça me priverait de votre parfum. Fleur de cerisier ?

Il s’approche encore plus près et ferme les yeux en humant l’air. Le temps que je réagisse à sa proximité, il est reparti à une distance raisonnable.

– Alors, c’est bien ça ?

– Tu crois que tu vas obtenir son numéro de téléphone en tentant de deviner son parfum ?

– Je n’ai pas besoin de son numéro. Je te l’ai dit : elle rentre avec moi, ce soir.

– Ça ne vous ennuie pas de parler de moi comme si je n’étais pas là ?

– Définitivement fleur de cerisier. Je perçois une note supplémentaire : une touche de vanille, il me semble. Je me trompe ?

– Vous êtes quoi ? Nez pour l’armée ?

Il rit brièvement et ses yeux pétillent de malice. Je crois que je viens de lui offrir la réaction qu’il attendait : si je ne suis pas indifférente, ça lui convient.

– J’aime le parfum des femmes, je trouve que ça en révèle beaucoup sur elles. Surtout lorsqu’elles ne portent que ça.

– Vous êtes sacrément gonflé, vous !

Il prend le temps d’avaler une gorgée du verre de vin rouge devant lui avant de me répondre.

– Je suis en permission de trois jours. Trois jours, ça passe vite. Je n’ai pas le temps d’être subtil. Vous n’aimeriez pas que je le sois, de toute façon.

– Je vois ça. Donc vous aussi, vous cherchez une femme qui se sentirait seule, ici, ce soir ? Parce que je vous le dis de suite, j’aime la solitude.

C’est un gros mensonge, mais il est hors de question qu’il le sache. Troquer un dragueur maladroit contre un dragueur arrogant, je ne suis pas certaine d’avoir gagné au change.

– J’étais en train de revenir de la gare quand mon regard a été attiré par vos cheveux, à travers la vitre. Donc non, je ne suis pas ici en quête d’une âme esseulée. C’est vous que je veux, pas n’importe qui.

Il tend la main vers moi et repousse une mèche de ma longue chevelure blonde derrière mon épaule.

– Vous avez la peau si blanche que vous et moi, nous serions comme le yin et le yang.

Je ne retiens pas un ricanement qui n’efface pas son sourire satisfait.

– C’est ça, votre réplique pour emballer ?

– Attendez, je vous ai donné l’impression d’essayer de vous emballer ?

Face à mon air confus – j’aurais mal interprété les signes ?- il secoue doucement la tête et poursuit.

– Je n’ai pas besoin de vous emballer, comme vous dites. Dès que vous avez posé les yeux sur moi, vous avez su que vous finiriez la nuit avec moi.

Il est sérieux ?

– C’est votre uniforme qui vous procure cette assurance ?

– Je n’ai pas à me plaindre de l’effet qu’il produit sur la gent féminine, je l’avoue.

– Et maintenant, vous pensez qu’en mentionnant le grand nombre de vos conquêtes, vous allez me donner envie d’en faire partie ?

– Je ne me vante pas, je constate un simple fait pour répondre à votre question. En plus, qui vous parle de conquêtes ? Vous m’imaginez avec ces femmes ? Ça vous plaît ?

Je suis abasourdie et ne parviens pas à trouver de repartie pour le remettre à sa place. Il est désespérant de suffisance.

– S’il faut, son uniforme n’est qu’un déguisement et pas un vrai.

– Donc vous, vous êtes réellement écrivain ?

L’embarras qui s’empare de celui dont j’avais oublié l’existence répond à sa place. Il se détourne et fait mine de s’intéresser à ce qui se passe dans la rue. Bizarrement, ça n’a pas fonctionné avec moi, hein. Une femme manifeste clairement son désintérêt, ça l’encourage, un homme le rabroue et il n’y a plus personne.

– Ne me remerciez pas.

Le militaire imbu de sa personne termine son verre et interpelle le barman :

– Vous auriez une table pour deux ?

– Bien sûr, installez-vous où vous le souhaitez à l’étage.

Mika se lève et se poste à côté de moi en remettant son képi. Peu importe ce que l’autre insinue, il porte trop bien l’uniforme pour que ce soit un faux, c’est évident.

– Vous venez ?

– Quoi ? Vous pensez sincèrement que je vais dîner avec vous ? Ils laissent les gens mentalement instables travailler dans l’armée, maintenant ?

Ma remarque le fait à nouveau sourire au lieu de l’offusquer. C’est sans espoir de le vexer, il est de trop bonne composition.

– Vous vouliez de la subtilité et je suis affamé : faisons d’une pierre deux coups.

Non seulement il réduit son invitation à un simple raisonnement logique, mais en plus il a fixé ouvertement mes lèvres en prononçant le mot « affamé ». Ce qui contredit sa prétendue volonté d’être subtil. Je le regarde quelques instants sans rien dire, intriguée par sa stratégie. Qu’est-ce que je risque, après tout ? Il m’offre un repas et nous sommes dans un lieu public, rien ne peut m’arriver et je commence à apprécier sa compagnie. Car si je ne suis pas venue dans le but de rencontrer quelqu’un, je sais que discuter avec lui sera distrayant.

– Juste un dîner, je finis par lui concéder.

Il sourit, comme s’il savait déjà qu’il s’agit de bien plus que cela. Je préfère ne pas relever son air présomptueux et attrape mon livre pour le ranger dans mon sac. Je récupère mon manteau sur le dossier de mon tabouret haut et me lève à mon tour. De la main, il m’indique de le précéder et nous montons à l’étage sous les yeux médusés du dragueur lourd que nous abandonnons au comptoir.

Dans les escaliers, je sens mes cheveux se soulever et retomber lentement contre mon dos. Alors que je suis persuadée qu’il vient à nouveau de me toucher, je jette un regard par-dessus mon épaule. J’ai dû rêver : il se tient trop loin de moi pour cela. Je manque trébucher, me rattrape à temps et jurerais l’entendre discrètement rire derrière moi. Je voulais casser la monotonie de mes soirées solitaires, on dirait que c’est en bonne voie !

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