Follow Me – Tome 1/3

  • Romance Contemporaine (New Romance)
  • Série de tomes compagnons (peuvent être lus séparément) : Follow Me – Tome 1
  • 1° édition 2016 / Réédition 2021
  • Disponible en grand format papier et numérique

Présentation

Partir est plus facile que revenir…

Lise

J’ai l’impression de revenir sur les lieux du crime… Ça ferait un scénario digne des téléfilms de l’après-midi : elle quitte son petit ami follement amoureux d’elle, part à des centaines de kilomètres, réalise qu’elle l’aime toujours, passe à côté de sa vie et revient dix ans plus tard, pas pour lui, mais est toujours amoureuse. Ah, oui… c’est douloureux de résumer ma vie en une phrase, mais tellement conforme à la réalité que je pourrais sûrement écrire un mauvais guide, à défaut de faire fortune à la télé. Comment piétiner son propre cœur pour les nuls. On est bien contents que je ne me sois pas lancée dans une carrière marketing !

Ange

Elle n’est pas revenue depuis… depuis qu’elle est partie. Tout mon corps la reconnaît et je déteste l’effet que sa simple présence a sur moi.
J’ai déjà guéri d’elle.
C’est ce que je croyais, que je voulais. Ce que je voudrais.
Elle est toujours elle
Un peu plus femme.
Un peu moins celle que j’ai aimée.

L’histoire de Lise et Ange est celle de leur deuxième chance. Celle qu’elle lui demande et qu’il n’est pas sûr d’être en mesure de lui offrir.

Plongez dans une ambiance à la Friends sur une série de tomes compagnons !


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Mot de l’autrice

Edit : cette réédition a été l’occasion pour moi d’actualiser le texte, principalement au niveau de la forme, car l’histoire est restée la même ^^

Il y a beaucoup de mon histoire personnelle dans cette série, et en particulier dans ce premier tome.

J’ai décidé d’écrire sur les infirmiers libéraux après avoir bénéficié de leur aide presque quotidienne durant des mois. J’ai découvert leur rythme dingue, leur humanité et j’ai eu envie, à ma façon et avec les outils à ma disposition, de leur rendre hommage.

Peut-être également que le héros de ce premier tome, Ange, est inspiré d’un infirmier en particulier que ma fille, à l’époque âgée de 6 ans, a qualifié de sexy. Je me demande où elle avait bien pu entendre ce mot… 😉


Vos avis

C’est écrit dans une parfaite harmonie entre fluidité et intensité, entre sensualité et sensibilité, entre hardiesse et volupté. C’est une romance contemporaine tendre et déchirante mais aussi pimentée de scènes sexy torrides, écrite avec beaucoup d’humour et de coeur.

Oui c’est ça, le mot juste pour définir à la perfection cette merveilleuse romance est « coeur ». Cette romance est le reflet du coeur. C’est un très beau message d’amour, écrit avec le coeur et qui est, pour moi, un immense et indéniable coup de coeur. Et qui se lit avec le coeur et même se vit avec le coeur battant à tout rompre.

Merci Fleur pour cette lecture qui m’a profondément et admirablement touchée.

Audrey, Lire ses rêves

énorme coup de coeur pour ce roman tendre, émouvant, sexy … plein de fraicheur, d’humour…. un véritable concentré d’émotions, un cocktail de vitamines D…

Valérie Labaume

En bref, une plume addictive qui nous propulse à la rencontre d’un groupe d’amis uni où chacun se révèle intrigant. Le charme a continué d’opérer lorsque nos héros vont se laisser aller, je ne pense pas avoir été la seule à attendre ce moment où la romance allait enfin être plus forte que tout. C’est avec plaisir que j’ai découvert cette histoire, de nombreuses fois le sourire aux lèvres et bien évidemment le cœur en ébullition. J’ai été attendrie, touché, envieuse, heureuse et le temps d’une lecture amoureuse.

The Soul of Luxnbooks

Premier chapitre offert

Avant

Ange

Elle a encore mis le live d’Alice in Chains.

Je l’observe écouter. Je pourrais la regarder pendant des heures. Juste elle, la musique et moi.

Elle sourit, les yeux fermés. Ses cils trop maquillés reposent sur ses joues comme deux éventails miniatures. Elle me tient la main dont elle caresse lentement le dos au rythme de la chanson, et pose la tête sur mon épaule quand les paroles de Nutshell démarrent. Je voudrais capturer cet instant, car cette perfection pourrait facilement m’échapper. Si ça devait arriver, je prélèverais ce moment pour le conserver en moi. Je l’aimerais à l’en user…

Chacune de ses respirations se calque sur un battement de mon cœur. Ou c’est son souffle qui hypnotise mon cœur ? Je regarde ses lèvres entrouvertes d’un léger étirement qui les quitte rarement. Dès que je l’ai vue sourire, ce jour-là, j’ai su.

Elle m’attire à elle pour qu’on s’allonge : ce rituel qu’on partage depuis des mois me sort de mes pensées. Sa main glisse le long de ma jambe, elle effleure l’intérieur de ma cuisse et je l’embrasse en la faisant basculer sur le dos. Ma langue s’immisce dans son sourire et caresse la sienne en suivant la musique, presque inconsciemment. Un frisson remonte ma colonne, comme chaque fois. Plus que chaque fois. Avec la certitude que ça y est, je ne peux pas être plus heureux. Au-dessus d’elle, en appui sur les avant-bras, je pose les mains sur ses joues. Pour la garder près de moi. J’ai trop peur que ça s’arrête. Il n’est pas une parcelle de mon être qui ne soit en contact avec le sien. Elle ondule le bassin, sa façon de me recentrer quand elle croit que je m’éloigne. Je plonge les doigts dans ses cheveux étalés sur l’oreiller avant de prendre du recul. J’ai besoin de la regarder. J’ai toujours besoin de la regarder.

J’aime la voir dans mon lit.

J’aime qu’elle fasse partie de mon univers.

Je repousse une boucle auburn de son front. Elle ouvre ses grands yeux verts et me sourit tout en déboutonnant mon jean. Sa main m’entoure me faisant soupirer contre ses lèvres. Je dépose des baisers sur sa tempe, sa joue, le coin de sa bouche… Lorsqu’elle resserre ses doigts sur moi, j’appuie le front contre son épaule, en fermant les paupières pour mieux savourer les sensations qu’elle me procure.

Elle s’écarte, me déclenchant un manque irrationnel, se faufile hors du lit et fouille dans son sac de cours. Je l’attends allongé sur le dos, plus amoureux que tout à l’heure, cause perdue. Elle revient et dépose quelque chose dans ma main. Je regarde, à la fois étonné et rassuré.

– T’es sûre ?

Elle hoche la tête en souriant. Je l’attire plus près et l’embrasse. On se déshabille sans un mot, la musique continue de déverser ses notes dans ma chambre pendant que je prends mon temps.

Elle est mince, fragile, tellement fine qu’elle n’a pas besoin d’enfermer ses seins dans un soutien-gorge. Je sais qu’elle n’en porte jamais, mais je suis systématiquement surpris. J’effleure lentement sa poitrine, je veux que ce soit parfait pour elle. Je la caresse de mes doigts, mes lèvres, ma langue, mon souffle… Je me drogue de sa peau douce.

Je l’aime tellement que ça me fout parfois la trouille.

No Excuses démarre au moment où elle déroule maladroitement le préservatif avec des gestes hésitants. L’imperfection de ses mouvements intensifie ma certitude d’être précisément où je le dois. Elle me fixe, me sourit encore, et je prends lentement sa virginité. Très lentement. J’en apprécie chaque seconde tout en m’appliquant à effacer la légère crispation sur son visage. J’attends son soupir, celui qui me confirmera qu’elle est en confiance. Je ne prends pas, elle n’offre pas… on partage.

Elle gémit. De plaisir, enfin.

Elle place ses mains sur ma nuque et me ramène à elle. Elle m’embrasse et je jouis trop vite, trop fort, puis elle me serre dans ses bras.

Je saisis cet instant pour le ranger avec tous ces fragments d’elle et de nous qui donnent un sens à ma vie.

Sans elle, il me manque un bout de moi…

1

Neuf ans plus tard

Lise

– Lise ! Voldemort m’a dit que tu avais dû partir en urgence !

Je glisse les écouteurs dans mes oreilles afin de pouvoir discuter avec Loïc tout en travaillant. Oui, je suis une femme polyvalente.

– Je suis déjà chez Annabelle. Elle a fait une mauvaise chute et s’est cassé le col du fémur. Je vais l’aider à s’installer, prendre ses marques, tout ça.

– Oh, non… Tu l’embrasses de ma part, OK ?

– Bien sûr.

– Et ça va, toi ?

– Je gère, ne t’en fais pas, je le rassure en levant les yeux au ciel.

– Non, je veux dire… Tu vas sûrement le croiser.

– Je préfère ne pas y penser.

Presque une décennie hors de sa vie, et je suis à quelques pas de peut-être le revoir. Quelles sont les probabilités de se croiser ? Compte tenu du fait que ses parents vivent sur le même palier qu’Annabelle, elles sont plutôt élevées. Je n’ai jamais été très douée en mathématiques, mais même moi je comprends que les statistiques ne jouent pas en ma faveur.

Lorsque j’ai su que je devais retrouver mon amie, ma grand-mère de substitution, j’ai immédiatement pensé à Ange.

J’ai l’impression de revenir sur les lieux du crime… Ça ferait un scénario digne des téléfilms de l’après-midi : elle quitte son petit ami follement amoureux d’elle, part à des centaines de kilomètres, réalise qu’elle l’aime toujours, passe à côté de sa vie et revient dix ans plus tard, pas pour lui, mais est toujours amoureuse. Résumer ma vie en une phrase est douloureux, mais tellement conforme à la réalité que je pourrais sûrement écrire un mauvais guide, à défaut de faire fortune à la télé. Comment piétiner son propre cœur pour les nuls. On est bien contents que je ne me sois pas lancée dans une carrière marketing !

– Tu parles de lui tous les jours depuis qu’on se connaît, et là, tu vas réussir à ne pas y penser ?

J’ignore le sarcasme de Loïc. Il est en train d’anéantir mon plan pourtant parfait qui consistait à faire l’autruche, alors je le contre avec une détermination totalement feinte :

– Il ne vit plus chez ses parents, il y a donc peu de risques qu’on se voit.

– Oui, mais si ça arrive, tu m’appelles immédiatement !

– Pourquoi ?

– Je peux gérer tes crises de panique à distance, réplique-t-il comme si j’étais demeurée.

– Très drôle.

– Tu as besoin que je reprenne un de tes articles ? Quelque chose ? Dis-moi ce que je peux faire.

– Non, merci, ça ira, je suis en télétravail.

Ma phrase à peine terminée, j’entends Annabelle appeler.

– Je dois te laisser ! Sois sage, je te fais signe demain.

Je raccroche et sauvegarde mon travail avant d’aller retrouver ma plus vieille amie. Vieille parce qu’on se connaît depuis toujours, ou presque. Et puis bon, vieille aussi, car elle accuse 83 printemps. J’essaie de ne pas montrer mon inquiétude de la voir toute frêle dans ce grand lit médicalisé au milieu de sa chambre si élégante.

– Ah, Mademoiselle, pourriez-vous tourner le verrou, s’il vous plaît ? Mon amie va me rendre visite et j’ai peur qu’elle ne puisse pas entrer, elle ne possède que la clef du bas, vous comprenez.

– Quelle amie ?

– Lise, elle revient dans le Sud exprès pour moi, elle est adorable… Je ne sais pas ce que je ferais sans elle.

Il me faut quelques secondes pour réaliser qu’Annabelle ne plaisante pas et parle de moi, sans avoir conscience de ma présence dans la pièce. Enfin si, elle sait que quelqu’un est avec elle, sauf que…

– Annabelle, je suis déjà là, je murmure pour contrôler le tremblement de ma voix.

Ses yeux semblent faire le point, comme si elle était partie dans ses pensées et qu’elle revenait dans le présent. Elle pose le regard partout, excepté sur moi, je m’approche pour la rassurer.

– Tout va bien, je suis là et l’infirmier va bientôt arriver.

– Le verrou…

Elle bredouille en s’agitant. Je ne l’ai jamais vue dans cet état.

– Je vais l’ouvrir, rassure-toi.

– Lise doit venir et… je…

– Je suis Lise, tu te souviens ? Je suis arrivée hier et on est rentrées tout à l’heure de l’hôpital. L’infirmier va venir vérifier tes pansements, d’accord ?

Elle hoche la tête, toujours confuse. Au moins autant que moi, même si j’essaie d’avoir l’air confiante pour ne pas l’affoler plus.

– Il faut ouvrir le verrou, Lise pourrait repartir en pensant qu’il n’y a personne, elle n’a pas la clef du haut…

– Je m’en occupe, ne t’inquiète pas.

Je lui tapote la main et m’échappe un instant de l’appartement, sur le palier. Je referme sans bruit pour qu’elle ne m’entende pas, puis m’adosse au mur en appuyant un poing sur ma bouche. Je sens les larmes rouler sur mes joues avant que le premier sanglot se manifeste.

Elle ne m’a pas reconnue.

Elle ne sait pas qui je suis.

Une boule dans la gorge m’empêche de respirer correctement. Je sais que je ne dois pas me laisser aller, mais elle ne m’a pas reconnue ! On se fréquente depuis mes 14 ans et elle n’a aucune idée de mon identité ! Je ferme les yeux pour retenir mes larmes plus facilement. Une grande respiration, et je me maîtrise à peu près. Quand j’estime être calmée, je me redresse et l’aperçois.

Ange

Elle pleure.

J’aurais dû me douter qu’elle serait avec Annabelle.

Non, je n’aurais pas pu.

Elle n’est pas revenue depuis… depuis qu’elle est partie. Tout mon corps la reconnaît et je déteste l’effet que sa simple présence a sur moi.

J’ai déjà guéri d’elle.

C’est ce que je croyais. Ce que je voudrais.

J’ai le réflexe de tendre la main, de la rassurer, puis je me souviens qu’elle n’est plus à moi. Et que je ne suis plus rien pour elle. Je serre les dents et les poings lorsque toute cette souffrance me rappelle pourquoi on est devenus deux étrangers.

Elle relève la tête et je constate qu’elle n’a pas changé : son éternel jean et ses Dr. Martins, un t-shirt de Kiss coupé au col qui retombe sur une épaule… Toujours aussi féminine que forte et dynamique. Ses cheveux sont attachés à la va-vite, des grosses boucles roux foncé s’échappent de tous les côtés, encadrant son visage brillant de larmes.

Ses grands iris verts me fixent sans ciller.

Elle est toujours elle

Un peu plus femme.

Un peu moins celle que j’ai aimée.

Lise

Tout en sachant que ça arriverait, je ne me suis pas réellement préparée à le voir et je déteste Loïc de m’avoir porté la poisse. Impossible de faire comme si je n’avais pas remarqué sa présence. Je reste bloquée, à l’observer sans un mot. J’ai si souvent rêvé de ce moment que je ne parviens pas à me dire qu’il est vraiment ici. Le crépitement de l’anticipation au creux de mon ventre fait écho à la chair de poule qui recouvre ma peau. Et il y a la peur, aussi ; je n’ai jamais été aussi impressionnée par quelqu’un qu’en cet instant.

Il a tellement changé et en même temps… c’est tellement lui. Il porte ses cheveux blonds longs, c’est surprenant et accentue son côté rebelle, sans l’entretenir. J’aimais son allure alors, je l’adore aujourd’hui. Il les a attachés en demi-queue, dégageant son visage fin mais à la fois si masculin. Il affiche un look mi-surfeur, mi skateur. La barbe est définitivement nouvelle et me rappelle à quel point les années ont passé. Plus qu’une ombre naissante sur ses joues, elle n’est pas non plus trop fournie à mon goût. Comme si mon goût avait de l’importance… Ses yeux bleus ressortent d’autant plus, mais ils ont perdu la douceur à laquelle j’étais habituée. J’y vois le reflet de la culpabilité, devenue ma meilleure amie il y a presque dix ans. J’ai quitté un garçon et je retrouve un homme. Un homme qui ne semble pas ravi de me voir là. Normal…

J’essuie mes larmes et me ressaisis rapidement. La dernière fois que je me suis montrée vulnérable devant lui, il s’inquiétait pour moi parce que je comptais pour lui. Je dois me faire violence, me rappeler que ce temps appartient au passé.

J’ai imaginé nos retrouvailles de centaines de façons différentes ; aucune ne se déroulait ainsi. Je n’aime définitivement pas la manière dont il me fixe. D’après l’hostilité qui émane de tout son être, j’ai l’impression que quelques décennies supplémentaires loin de lui n’auraient pas été de trop. Il s’approche en m’adressant un signe de tête froid et impersonnel. Je lui ouvre sans réfléchir, en évitant soigneusement de le toucher. Je le sens tellement agressif… Il a toutes les raisons de l’être, je le sais. Ça n’en est pas moins douloureux. Mais je n’ai pas voix au chapitre, je suis partie. Je mets de côté ce qui peut attendre et tente de reprendre contenance :

– Tu es l’infirmier ?

Au temps pour la contenance. On va dire que c’est l’intention qui compte…

Il me regarde et hausse un sourcil. Je n’ai pas eu affaire à un infirmier à domicile avant. Je pensais qu’ils débarquaient en blouse et sabots. Je sais : vive les clichés. Dans les hôpitaux, il n’y a rien de moins glamour qu’une infirmière ou un infirmier avec leur tenue moche et informe, donc pardon, mais quelque part, les idées reçues sont fondées. Dans le privé, on dirait que c’est différent. J’ignorais qu’un infirmier pouvait être sexy. J’essaie de ne pas m’y attarder : terrain miné, sacrément miné, même. Son apparition a cependant le mérite de me détourner de la déprime qui menaçait avant son arrivée. En plus, je trouve ma question légitime, même si je me prends un vent magistral en guise de réponse. Que je sache, il ne se destinait pas à ce métier ! Comme on a convenu que j’avais perdu le droit de savoir quoi que ce soit le concernant, je me décide à m’activer.

Je le précède pour rejoindre d’Annabelle. Ce minuscule trajet suffit à me mettre encore plus mal à l’aise : après le coup que je lui ai fait, je ne suis pas très rassurée de le savoir derrière moi. Non pas qu’il serait capable de me faire une prise ninja pour m’éliminer silencieusement dans ce petit couloir. Quoique… On ne peut jamais jurer de rien, surtout que je ne le connais plus. Peut-être qu’il fomente un coup pour me faire payer ? Ce serait de bonne guerre, il se pourrait même que je lui file un ou deux tuyaux sur mes points faibles.

Aussitôt dans la chambre de mon amie, il s’approche du lit et se penche vers elle :

– Heureuse d’être rentrée chez vous, Madame Laval ?

Entendre de nouveau sa voix m’enlise dans un passé que je n’ai jamais tout à fait quitté. Le contraste entre le ton qu’il emploie avec Annabelle et le regard froid auquel j’ai eu droit me confirme qu’il n’est pas sans cœur. Non, c’est mon traitement de faveur. Il n’est probablement pas mon fan number one, mais si ça peut le rassurer, je ne m’apprécie pas des masses non plus. Surtout dans les circonstances où ma technique de l’autruche n’est d’aucune efficacité. Vivre avec sa culpabilité, même s’il n’y a pas mort d’homme, même si ce n’est pas la fin du monde, ça pèse. Savoir que je l’ai fait souffrir m’a perturbée des années durant. Je n’avais pas réalisé à quel point ce fardeau était lourd, jusqu’à maintenant. Jusqu’à ce qu’il soit devant moi. Loin de lui, je pouvais prétendre gérer, comme je l’ai dit à Loïc tout à l’heure. En situation ? Hé… je gère que dalle.

Je souris à Annabelle et sors discrètement… en me cognant contre un guéridon. La nervosité et moi n’avons jamais fait bon ménage. Je bredouille des excuses et fonce lâchement au salon avant de me péter un membre en tentant de m’esquiver furtivement. Je m’occupe comme je peux en allant sur ma boîte mail, l’objectif étant de ne pas penser à Ange qui se trouve dans le même appartement que moi. Je répète, pour les deux neurones du fond qui sont en jachère : Ange se trouve dans le même appartement que moi !

Je n’appelle pas Loïc, pas question de lui raconter ces retrouvailles désastreuses, même si je suis à deux doigts de me payer une bonne vieille crise ! À tous les coups, il aurait un plan complètement foireux à me proposer. Il m’entend évoquer Ange depuis si longtemps qu’il ferait n’importe quoi pour ne plus avoir à supporter mes regrets. Et moi aussi, pour être honnête.

– Il me faut les ordonnances.

Je sursaute : absorbée dans mes réflexions, je ne l’ai pas entendu arriver. Je me lève d’un bond et cherche dans mon sac les papiers qu’on m’a donnés à l’hôpital. Je les lui tends à bout de bras, histoire de garder une distance de sécurité, car il ne masque absolument pas son animosité. Lorsqu’il s’empare brutalement des prescriptions, je vois bien que ça lui demande un contrôle intense pour ne pas perdre son sang-froid ; pourtant, il n’est pas violent de nature. Il ne l’était pas, en tout cas. Si ma simple présence le pousse à l’être, ce n’est pas bon signe. Lise Monroe, remède infaillible contre l’introversion, à votre service. Il m’en veut, évidemment. Je ne suis pas étonnée, hein, juste prise de court ! Si j’avais eu le temps de me préparer psychologiquement à ces pseudo-retrouvailles, j’aurais assuré.

C’est complètement faux. Bien sûr que j’ai eu le temps : des années à ressasser le passé. Mais être près de lui n’est pas du tout la même chose que l’imaginer. Dans mes fantasmes, je suis metteuse en scène, scénariste et… bref, rien à voir avec la réalité où je ne suis finalement que spectatrice. Je le regarde me tourner le dos, ses épaules bien droites, trop tendues, et je me rappelle que c’est moi qui lui ai tourné le dos la première…

Il s’installe à la table de la salle à manger pour parcourir les ordonnances, se comportant comme si on ne se connaissait pas. Il m’ignore, même. Et encore, je suis persuadée qu’il serait bien plus poli avec une inconnue. Je suppose que c’est l’attitude la plus adulte à avoir.

Merde, alors : il est devenu adulte. Et moi ? Moi, j’ai envie de le secouer et de lui hurler que je suis là ! Coincée dans un hier révoqué, je dois me contenter de suivre le mouvement…

Peut-on dire qu’on connaît encore quelqu’un après tant de temps sans aucun contact ? Non, ce que je suis devenue pour lui, c’est une inconnue. J’aimerais que ce constat ne me touche pas, mais ce n’est pas le cas. J’aimerais qu’il me sourie, qu’il me dise qu’il est heureux de me revoir. Que ça serait vraiment super qu’on aille boire un verre, qu’on discute de tout ce temps vécu loin l’un de l’autre. Et oui, parfois je vis ma vie en technicolor, sous acide, et tout est merveilleux ! Ça aide quand on doit honorer la facture de ses erreurs, et la mienne est sacrément salée.

– Je demanderai à un collègue de venir demain.

Double coup de couteau dans le dos. Il ne relève même pas les yeux, il ne voit donc pas que j’écarquille les miens en réalisant à quel point ma présence lui est pénible. Je me lance dans un contre-argument confus :

– Je peux m’absenter le temps de ta visite. Annabelle sera rassurée que quelqu’un de familier s’occupe d’elle. Toi, elle sait qui tu es, tu la connais depuis toujours. J’irai faire un tour ou je resterai dans ma chambre. Ou dans la cuisine. Il y a le balcon aussi. Et je vais arrêter de parler parce que je suis sûre que tu as d’autres patients à retrouver.

Sans lui laisser le temps d’en placer une, j’ouvre la porte d’entrée et m’efface, les yeux au sol, partagée entre la honte et… la honte. Deux sortes de honte, c’est mieux de cumuler. Je le sens approcher, marquer une pause, puis enfin, sortir. Je pousse un soupir digne de n’importe quelle séance de sophrologie. La vache !

– Lise…

Je retrouve Annabelle dans sa chambre, soulagée de la diversion qu’elle m’offre sans le savoir.

– Tout va bien ? je demande en l’observant attentivement.

Elle me sourit, bien plus vive que tout à l’heure, et hoche la tête avant de lancer l’offensive :

– C’était Ange, tu as vu ?

Je décèle dans sa voix ce qui me semble être de l’espoir. Elle m’a toujours soutenue dans mes choix, ce qui ne l’a pas empêchée de me signaler lorsqu’elle était en désaccord, bien sûr. Aussi, cette discussion est sûrement notre plus gros débat.

– Oui, j’ai vu.

J’évite de la regarder dans les yeux, elle sait quand je mythone.

– Je suis contente qu’il s’occupe de moi. Ils sont plusieurs associés, alors je n’étais pas sûre qu’il serait disponible.

Elle savait qu’il risquait de se pointer et n’a pas jugé bon de me prévenir ? Fourbe ! Ça aurait été pas mal de m’en toucher un mot, que je puisse me préparer un minimum et avoir l’air moins ahurie !

– Ça tombe bien, alors, je réplique innocemment.

J’essaie d’adopter le ton détendu de la conversation anodine. Je pense être loin de la réussite puisque Annabelle me dévisage sans plus rien dire.

– Vous avez discuté, lui et toi ? finit-elle par m’interroger en surveillant ma réaction.

– Très peu.

Si on peut même appeler ça parler…

– C’est pratique pour lui de venir faire mes soins, il peut en profiter pour rendre visite à ses parents. D’ailleurs, il doit être chez eux, il m’a dit qu’il y ferait un saut.

Je ne sais pas pourquoi elle me raconte tout ça, mais je la laisse parler. Ça lui fait du bien, et on ne va pas se mentir, avec la frousse qu’elle m’a faite tout à l’heure, elle a droit de remettre n’importe quelle vieille querelle sur le tapis !

– Il me semble que tu lui dois des excuses.

J’aurais peut-être dû l’interrompre, tout compte fait. J’étais persuadée qu’Annabelle serait l’une des rares personnes à prendre mon parti, même sans être de mon avis, car je sais qu’elle désapprouve mon départ initial. Elle est comme ma grand-mère. OK, elle connaît Ange depuis longtemps, aussi, mais j’étais sa demoiselle de compagnie, son amie : ça devrait me donner l’avantage, non ?

On s’est rencontrées dans un supermarché. On était devant le rayon fruits et légumes, et ma mère m’avait confié la mission de choisir un melon. Je n’avais aucune idée de la marche à suivre. Annabelle m’avait patiemment expliqué que l’odeur, la souplesse du chapeau et de la tige indiquaient s’il était mûr ou pas. Ça faisait bien dix minutes qu’on parlait des signes auxquels on reconnaît un bon fruit quand ma mère nous avait trouvées. Ce n’était pas le sujet qui me passionnait, mais sa manière de le rendre intéressant. Annabelle s’était présentée et avait donné son numéro de téléphone à ma mère, en expliquant qu’elle avait apprécié notre interaction, et qu’elle cherchait justement une jeune fille de compagnie. Gagner de l’argent à 14 ans, je me sentais tellement importante ! On est devenues amies et je n’ai jamais voulu être payée : j’allais chez elle pour boire ses paroles, c’était suffisant. Elle me racontait sa vie, ce qui était pour moi des aventures, on y passait des heures. Elle est devenue un membre de ma famille aussi important que les autres.

Les grands-mères prennent la défense de leurs petits-enfants, non ? Ce n’est visiblement pas toujours le cas. Je refuse de discuter d’Ange avec elle, ou avec qui que ce soit. Maintenant qu’il n’est plus là pour perturber mon raisonnement pourtant infaillible, ma tête retourne dans le sable, merci.

– Je pense qu’il y a prescription, je rétorque sèchement. Repose-toi encore un peu, je vais préparer le dîner. Je te fais de la soupe ?

Elle ne répond pas, je prends son silence pour un « oui » et m’échappe. Cette fois, j’évite le palier où je risquerais à nouveau de croiser Ange s’il n’est pas déjà reparti de chez ses parents. Je sors sur le balcon et m’accoude à la rambarde, la tête dans les mains. On va dire que je m’autorise ce moment de faiblesse et qu’ensuite, je me ressaisis. Si mon boss me voyait, il dirait : « Monroe ! Quand tu auras fini de chialer, tu bougeras ton cul, je te paye pas à rien foutre ! » En même temps, je ne lui ai jamais donné l’occasion de me voir pleurer. Instinct de préservation, Darwin tout ça… Pourquoi je pense à mon patron ? Sûrement pour ne pas m’apitoyer sur mon sort, Voldemort est hyper efficace dans le genre absence totale d’empathie.

Je regarde autour de moi en reniflant, rien n’a changé. Les balcons se touchent, il n’y a pas d’intimité dans cet immeuble, et l’appartement d’Annabelle n’est préservé que parce qu’il est en bout de bâtiment. Personne à gauche, à droite, une barrière basse de lambris me sépare du balcon des parents d’Ange. Je me souviens des soirées qu’on passait, Annabelle et moi, à discuter avec Ange et sa famille. Cette proximité m’arrangeait. Aujourd’hui, elle me perturbe. Annabelle aurait pu depuis longtemps faire comme la plupart des propriétaires et installer une paroi isolant les deux balcons. Combien de fois s’est-on retrouvés, Ange et moi, pour s’embrasser, cette mince séparation entre nous, avant de se coucher ? – Pourquoi tu pleures ?


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Ancienne édition

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