Golden Boys – Tome 3/4

Informations

  • Romance Contemporaine (New Adult)
  • Série : Golden Boys – Tome 3 (Réédition de Benj)
  • 1° édition 2013
  • Disponible en grand format papier (Benj) et numérique (Sur les cendres, nous danserons)
Version papier
Version numérique

Présentation

Fanny
Avant, j’avais l’habitude de dire que chaque chanson faisait partie de la bande originale de ma vie. Beaucoup de mes rêves de gamine se sont envolés lorsque la réalité m’a rattrapée ; alors j’ai ouvert la fenêtre, laissé le courant d’air entrer et j’ai regardé mes espoirs disparaître dans les nuages.

Benj
Avant, j’avais l’habitude de tomber amoureux au moindre courant d’air.Beaucoup de mes convictions se sont barrées lorsqu’elle est entrée dans ma vie ; alors j’ai ouvert la fenêtre, laissé sa douce folie entrer et j’ai regardé mes espoirs naître dans ses yeux.


Playlist sur Deezer


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Mot de l’autrice

Benj fait partie de ces héros adorables, altruistes et presque trop parfaits pour être vrais.

Je reconnais avoir un faible pour les gentils garçons, autant que pour les bad boys, et j’adore naviguer entre les personnalités opposées…

La thématique du roman m’est chère, dure et a été difficile à écrire, mais nécessaire. Un avertissement est noté au début de l’histoire, et si vous ne vous sentez pas de la lire, je le comprendrais tout à fait.


Vos avis

Une très belle histoire d’amour qui a su me toucher, me happer, me prendre dans ses filets et me faire encore passer un très très bon moment de lecture avec la plume de Fleur qui a chaque fois fait mouche.

Séverine Dauchy

Que j aime les livres de fleur hana ils nous touchent au plus profond de notre âme,nous transporte.

Depuis que je lis ses livres je ne suis jamais déçu.

J’adore vraiment hâte de lire le tome consacré au boss yoan

Merci

Gwenaelle Stamanne

Une romance addictive qui allie avec justesse et sensibilité et d’une très belle et touchante façon, humour, sensualité, passion, traumatismes, émotions mises à rude épreuve, amour et reconstruction.

Emilie B.

Premier chapitre offert


Elle

Un rideau me sépare d’eux. De ces étrangers, ces inconnus. Ces gens qui ne sont pas là pour moi, qui ignorent encore que leur soirée va être perturbée. Ces visages flous que je dois séduire, attirer. Leur donner envie de revenir pour moi. Leur faire oublier qu’ils étaient juste là pour boire un verre, et capter toute leur attention.

Déjà, je ressens le besoin d’avancer, de remonter sur une scène. Mais une vision furtive du passé m’immobilise sur place.

Je secoue légèrement la tête pour chasser ces idées. Mes cheveux décolorés effleurent mes joues et je les laisse retomber autour de mon visage, en œillères, les pointes balayant mes épaules comme une légère brise. À peine une sensation, une caresse furtive qui me ramène ici et maintenant. Ce soir, je suis seule aux commandes. J’ai travaillé tellement dur. J’attends ce moment depuis treize ans. Une vie entre parenthèses. Une passion étouffée. Enfin, ma flamme est ravivée. Je n’avais pas imaginé que ça se déroulerait ainsi, mais peu importe le moyen ; seul compte mon objectif.

Je prends une profonde inspiration et rejette les épaules en arrière.

Ta posture n’est pas digne.

Je ne me force pas à sourire, je veux être moi, simplement moi. Entière, le cœur à vif, imparfaite et déterminée.

Souris.

Lève le menton.

Qui voudrait d’une fille qui se tient mal ?

J’essaie de ne pas penser au fait qu’elle avait raison. Il n’a pas voulu de moi, peu importe ma posture. Mais j’ai appris à aimer cette indépendance d’esprit qui me caractérise, et d’une fatalité, elle est devenue un choix. De sujet de désespoir, elle s’est changée en leitmotiv. Plus personne ne me juge, plus personne dont l’avis compte pour moi, en tout cas.

Je sépare les pans du lourd rideau et constate que les lumières de la salle ont été tamisées pour donner au lieu une ambiance feutrée. Des regards curieux doivent se poser sur moi. Je ne les distingue pas dans cette pénombre, mais je perçois les mouvements des clients qui ont remarqué mon arrivée. Un coup d’œil vers le bar. Le patron, éclairé par les spots des suspensions, me sourit sereinement. Si j’en avais à nouveau besoin, son regard si sûr de lui, de moi, me confirme que j’ai pris la bonne décision.

Lorsque je suis venue ici il y a quelques semaines et que j’ai déclaré vouloir danser sur cette scène utilisée habituellement par des groupes locaux, j’étais certaine qu’il allait m’envoyer balader. Me dire que son bar n’est pas un club aux mœurs légères. La pole dance fait toujours cet effet, c’est une discipline associée au strip-tease et très négativement connotée, je le vois dès qu’on commence à en parler. Je ne suis pas une sainte, j’ai d’autres péchés à mon actif, mais je pratique la pole dance pour le sport, la performance et parce que, par-dessus tout, j’aime la danse. Alors, cette opportunité de me produire officiellement sur une scène, face à des spectateurs, tout en étant rémunérée : je la saisis.

La musique démarre et Make Me Wanna Die résonne. C’est le morceau que j’ai minutieusement choisi et travaillé pendant des heures pour perfectionner ma chorégraphie. Le problème, c’est que je suis intransigeante avec moi, et que même ce soir, même en ayant peaufiné mes enchaînements jusqu’à les répéter dans mon sommeil, je sais que je vais modifier des mouvements. Je vais improviser, me laisser porter et peut-être me planter. C’est ainsi que je fonctionne : me surprendre pour ne pas m’éteindre. Je cherche encore et encore le « mieux », ne me contentant jamais du « bien », quitte à tout gâcher à force d’inconstance. L’art toujours en évolution, la création vivante. Ma danse n’est pas statique, contrairement à la danse classique, psychorigide à tous les points de vue. Ça tombe bien, ils avaient raison : je n’ai jamais voulu marcher dans les pas des petits rats de l’opéra. Ce soir, alors que ma main s’accroche à la barre verticale plutôt qu’à l’horizontale, c’est aussi à eux que je prouve ma valeur.

Du rock au son saturé de guitare, direct et brut : hypnotisant.

Une voix féminine, un peu de fausse douceur pour accompagner ma première figure : une ballerina. Mon pied de nez à toutes ces illusions déçues qui n’étaient pas les miennes. Ma revanche sur cette mère aigrie qui aurait voulu me voir porter le tutu aussi fièrement qu’elle. Je me laisse lentement glisser le long du tube jusqu’à ce que mes jambes s’y alignent en une perpendiculaire parfaite et que mes cuisses embrassent le sol. Je replace mes mains plus haut et me hisse à nouveau en savourant la sensation du métal sur chaque parcelle de mon corps qui entre en contact avec la barre. Je bascule en arrière et tourne autour de mon axe en un lift qui n’était pas prévu. Je suis mon instinct et comme toujours, il me mène vers l’inconnu, la nouveauté. Cette figure m’aide à instaurer une transition là où j’enchaîne normalement avec un gemini. C’est peut-être la seule fois où je réaliserai cette chorégraphie de cette manière. Je me délecte donc de cette improvisation qui me semble être réalisée par une autre. Cette femme que je regarde de loin.

Elle est grande, mince, ses cheveux sont platine et sauvages, comme son regard noisette. Ses lèvres sont pincées, ses muscles tendus, elle est dans son monde, elle y flotte et captive un public volé le temps d’une chanson. Le temps d’un soupir. Le temps d’un regard.

Enfin, après toutes ces années à apprendre seule, à repousser mes limites, à me provoquer des courbatures, développer des muscles sur ma silhouette longiligne, enfin… mes lèvres s’étirent en un sourire satisfait. Pas pour eux. Pas contre eux. Pour moi, pour ce que j’ai accompli et que je ne dois à personne. Ce qui définit qui je suis aujourd’hui, parce que je n’ai jamais laissé personne me dire ce que je pouvais faire, dire… être.

Il n’y a plus que moi, la musique et la barre… aucune entrave pour m’empêcher de respirer. Juste la spontanéité de l’instant T, l’impulsion que je fournis à mon corps et une infinité de possibilités. Ne pas penser, foncer et ressentir.

Le final arrive déjà, trop vite, mais c’est ce qui contribue à la beauté de la performance. Son caractère éphémère et insaisissable. Le silence s’éternise quand je me redresse, tourne le dos à la salle et rejoins cet espace privé loin de ces étrangers. Ces inconnus qui n’étaient pas là pour moi, qui ignoraient que j’allais perturber leur soirée et que j’ai séduits. Des applaudissements dans mon dos. Le rideau qui me protège d’eux.

Me surprendre pour ne pas m’éteindre.


1 – Lui

– Je ne comprends pas pourquoi le boss ne doit pas suivre le cours.

Dante râle tout en vissant les éléments de la seconde barre de pole dance qu’il est en train d’installer. Dante râle tout le temps, et vu que c’est dans ses gènes, nous n’y prêtons plus vraiment attention. Ni moi ni Mathias, qui tape sur son portable un message, sûrement destiné à Adeline. Mes deux potes sont en couple ; heureusement que le patron est encore célibataire, je me sens moins seul. Parce que oui, ça commence à me peser et, quelque part, je le vis comme une injustice. Dante était un type qui changeait de partenaire toutes les semaines, voire plusieurs fois par semaine. Comment a-t-il pu se caser avant moi ? Avec une petite nana mignonne et sympa comme Lola, en plus. Il aurait mérité une mégère pour expier des années à sauter sur tout ce qui bouge. Quant à Matt, c’était un gamin assisté qui prenait la vie comme terrain de jeu, et le voilà casé avec la sœur de notre patron. Ce qui est génial pour eux, c’est que ces filles se foutent totalement de notre taf. Qu’on soit gogo-dancers et qu’on se fasse tripoter par des clientes pour qui on se déshabille ne leur pose aucun souci. Ils ont réussi tous les deux à dénicher la perle rare. Et moi, ben, moi…

Je regarde la grande pièce vide qui était, il y a quelques mois encore, la chambre d’un de mes colocataires. Nous vivions à trois dans ce grand appartement et c’était pratique à tous les points de vue. On partageait le loyer, les frais, on profitait d’une belle surface tout en bénéficiant chacun d’un espace privé. Il a fallu qu’ils se mettent ensemble et décident de vivre sans le type qui tenait la chandelle : moi. Je n’étais pas spécialement proche d’eux, mais leur départ me met dans la merde. Je ne vais pas pouvoir vivre longtemps dans un appartement beaucoup trop spacieux et surtout trop cher pour moi seul. J’ai commencé à chercher un autre logement, mais j’ai encore plusieurs mois avant de puiser dans mon épargne et j’aime vivre ici. En attendant, ma situation arrange tout le monde puisque nous avons pu transformer une des chambres vacantes en salle de répétitions. Une nouvelle lubie de Yoan, qui a décidé que nous devions ajouter quelques figures de pole dance aux shows.

Deux barres peuvent tenir dans la pièce et nous permettre de travailler sans nous gêner. Yo nous a fourni du matériel qu’il a qualifié « de compétition » et nous a menacés de représailles physiques si nous n’en prenions pas soin.

– Bon, je teste voir si ça tient bien.

Dante saute sur place et s’accroche à la barre qu’il vient de fixer. Cet homme est fou, il aurait pu vérifier la solidité de son installation sans risquer de se vautrer si jamais ce n’était pas au point. Mais Dante est comme ça, il fonce et réfléchit ensuite. Tout le contraire de moi, en fait. Par chance, il a fait du bon boulot et la barre ne bouge pas d’un millimètre.

– Elle arrive quand, la prof ? Je taffe cet après-midi !

Son mode de communication par défaut est de râler, comme je le disais.

– Et moi j’ai cours dans deux heures donc j’espère qu’elle ne sera pas à la bourre.

Mathias pose son téléphone et s’approche de la seconde barre pour tenter une figure. Il s’est entraîné et surtout, il pratique le free running : pour lui, c’est la routine, ce genre de sport. Il n’a même pas besoin de leçons, à mon avis. Mais Yoan a tenu à ce qu’on assiste tous au premier cours, et comme c’est le boss, on fait ce qu’il nous dit. Je vérifie l’heure sur mon portable, moi aussi j’ai du travail. En fait, on a tous un boulot à côté des Golden Boys. Danser, c’est ce qui nous plaît, à la base, et ce qui nous réunit dans ce job nocturne. Mais ça ne suffit pas pour payer les factures, alors Dante est aide-soignant à domicile, Matt a repris la fac et espère bientôt pouvoir s’installer avec sa copine, et moi je suis webmaster. C’est pratique de pouvoir bosser de chez moi et ajuster mes horaires comme ça m’arrange, mais si la prof ne se pointe pas bientôt, je vais me mettre dedans avec mes deadlines. Être à son compte ne signifie pas une totale liberté, malheureusement… Le client reste roi.

La sonnette de la porte retentit et je vais ouvrir, puisque nous sommes chez moi. J’ai les mains moites et je sais pourquoi : la prof, c’est cette nana qui assure le show au Slam, le bar huppé de la ville tenu par un pote et où je l’ai vue se produire à plusieurs reprises. Dès l’instant où elle est montée sur scène, je n’ai pas pu détourner les yeux. Les autres se foutent de moi parce que je tombe soi-disant souvent amoureux. C’est faux. Enfin, non, c’est vrai : j’ai régulièrement des coups de foudre. Mais j’ai chaque fois conscience qu’il ne s’agit pas de la femme de ma vie.

Avec Fanny, ça a été plus tout en étant différent. Je serais incapable de l’expliquer, alors je ne cherche pas à comprendre. Je sais simplement que j’ai envie de la connaître et qu’elle m’impressionne.

J’ouvre la porte d’entrée et elle se tient là, ses cheveux décolorés en bordel autour de son visage, les pointes touchant à peine le haut de ses épaules. Elle est grande, élancée, et elle me fixe sans sourire.

– Je peux rentrer ou on fait cours sur le palier ?

– Euh… Oui, oui entre.

Autant sur scène elle dégage une sensualité incroyable, autant en mode prof, j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi peu aimable. Ça promet. Elle me passe devant et attend. Elle se tient bien droite et prend connaissance des lieux sans un mot. Je referme et passe à côté d’elle dans le même mutisme. Je peux être quelqu’un de très sympa, gentil, même. Mais si j’ai une porte de prison en face de moi, j’ai tendance à adopter son attitude. Question de principe, et de respect. Elle a lancé les hostilités la première, je suis le mouvement. De toute façon, je viens de me prendre une bonne douche froide en guise de retour à la réalité.

J’avance jusqu’à la chambre où on va travailler, sans lui proposer de me suivre. Mais je sais qu’elle m’emboîte quand même le pas, car je l’entends marcher derrière moi. Quand je retrouve les gars, c’est Dante et sa manie de ne jamais la boucler qui rompt le silence qui commençait à être pesant.

– Pas trop tôt ! Y’en a qui bossent, hein !

– Vous vous êtes échauffés, je suppose, histoire qu’on ne perde pas de temps ?

On se regarde tous les trois. À part Matt qui a effectué quelques mouvements, mais on ne peut pas vraiment appeler ça un échauffement, non, on n’a rien foutu.

– Ben allez-y, vous pouviez le faire sans moi, au lieu de vous plaindre.

Putain, quelle ambiance ! Ça va être fun les cours avec elle !

– Salut, moi c’est Mathias.

Matt s’approche d’elle et lui tend la main en souriant. La seule fois où je l’ai vu faire la gueule c’est quand Adeline l’avait jeté. Il est toujours enjoué et optimiste, sinon. Fanny lui serre la main mais elle a l’air aussi peu ravie d’être là. Ce qui n’échappe pas à Dante :

– Dis-donc, quelqu’un a tué ton chat pour que tu tires la gueule comme ça ?

– Je n’ai pas de chat. Ma voiture m’a lâchée sur la nationale. Ça me met sûrement plus dans la merde que de perdre un animal. Mais on n’est pas là pour se raconter nos vies, faites quelques jumping jack.

Autoritaire et de mauvais poil. Mathias est le premier à réagir et à s’y coller docilement. Dante suit le mouvement en maugréant qu’il ne reçoit d’ordre de personne. Matt lui répond sans s’interrompre que si Lola l’entendait, ce serait marrant à voir. Quant à moi, je reste bloqué à regarder Fanny qui retire ses fringues, comme si de rien n’était. Comme si, dessous, elle ne portait pas qu’un ensemble de sport ridiculement moulant et qui ne couvre pas grand-chose. Une brassière qui tient plus du soutien-gorge et un genre de short qui ressemble à une mini-culotte, lui aussi. Voilà. Elle s’échauffe et je n’ai toujours pas bougé, alors je me mets virtuellement un shoot au cul et je m’active avant de passer pour le pervers de service. Ce que je suis visiblement puisque je continue à jeter de petits coups d’œil à ma nouvelle prof.

Quelques minutes plus tard, elle s’approche des barres et teste la première en s’y accrochant d’une main et tournant autour dans un mouvement simple mais fluide. Quelque chose me dit que c’est plus facile à observer qu’à réaliser. Mon truc, c’est juste la danse. La musique aussi, hein. Mais avant tout, je danse. Matt et Dante sont plus sportifs, ils aiment aller à la salle, par exemple. Alors que je vois ça comme un mal nécessaire afin d’entretenir mon corps de gogo-dancer. Pour eux, je suis convaincu qu’utiliser des barres verticales comme support pour danser va être une formalité, voire une partie de plaisir. En ce qui me concerne… je crains le pire.

– OK, elles sont bien fixées, bon boulot. Qui a des bases de pole dance ?

Elle se tourne vers nous, les mains sur ses hanches. Je suis le seul à être mal à l’aise à cause de sa tenue et sa proximité ? Je crois que oui. Est-ce lié au fait que mes collègues sont amoureux et ne regardent plus les femmes de la même façon ? Peut-être, je l’espère, sinon ça en dit long sur moi.

– J’ai regardé quelques vidéos sur YouTube, lance Matt en s’approchant d’elle.

Fanny se décale et lui fait signe d’aller à la barre. Il a l’air tout content de pouvoir nous montrer ce qu’il sait faire. Il peut, car même si je n’ai aucune notion sur cette discipline, je me rends compte qu’il assure. Après une courte démonstration, il sourit de toutes ses dents et attend que la prof rende son verdict.

– C’est pas mal, concède-t-elle. Maintenant refais-le, mais en sous-vêtements.

Quoi ? Elle veut qu’on se mette quasiment à poil pour s’entraîner ?

– Quel intérêt ? je m’entends lui dire alors que Matt obtempère sans ciller.

– Comment ça, quel intérêt ?

Elle me regarde et attend que je développe. Ce que j’ai du mal à faire puisque je n’ai pas d’autre objection à fournir que « il se trouve que te voir dans cette tenue a réveillé une partie de mon anatomie qu’il me serait compliqué de cacher une fois en calbut, mais sinon, tout va bien. » Je formule ça plutôt bien dans ma tête, mais je me vois mal l’avouer à haute voix, alors je me contente de hausser les épaules. Il faut que je pense à quelque chose qui me coupe toute envie.

Dante en string.

Parfait ! C’est radical.

Ce cours est déjà une torture pour moi alors que je n’ai pas encore démarré les exercices. Ce que j’ai ressenti lorsque j’ai vu Fanny sur scène au Slam n’est plus qu’une attirance purement physique qui ne m’intéresse absolument pas. Ce n’est pas ce que je cherche chez une femme, il faut qu’elle soit un minimum aimable et avenante pour que ça fasse tilt. Là, son corps m’excite, c’est vrai, mais il ne se passe rien entre nous. J’avais fantasmé cette rencontre et je tombe de haut face à son accueil glacial. C’est peut-être mieux, ça va me permettre de me concentrer sur le travail.

***

– La logique voudrait qu’on n’ait que deux personnes à la barre. Il n’y aura jamais assez de place pour s’y mettre à trois, de toute façon.

Nous sommes au Topaze, notre deuxième repère lorsqu’on se retrouve avec les gars, et maintenant avec leurs copines. Chacun d’entre nous vient de faire son rapport sur le premier cours et Yoan nous a demandé notre ressenti, la façon dont on pourrait intégrer ça aux shows. D’après lui, ce serait un plus non négligeable et ça éviterait de lasser la clientèle qui fait déjà appel à nous depuis quelque temps maintenant. Se renouveler, je suis d’accord, c’est une très bonne idée. Mais on n’a pas besoin de s’y coller tous les quatre.

– Benj est aussi gracieux sur une barre de pole dance qu’un éléphant sur un trapèze.

Matt en recrache un peu de son Coca sur son menton et Lola met une tape derrière la tête de Dante.

– Dante a raison, ce n’est juste pas mon truc. J’aime danser sur la terre ferme.

– Entre porter un string en soirée et faire de la pole dance, qu’est-ce qui te dérangerait le plus ? me demande Adeline.

La copine de Matt s’est rapidement intégrée à notre bande et le fait que son frère soit mon patron n’y est pour rien. Une fois qu’elle a réglé ses problèmes avec Matt, elle a tout de suite trouvé sa place parmi nous. Elle est donc au courant de notre combat presque quotidien à Dante et moi qui refusons catégoriquement de porter un string. Un string, quoi, merde ! Je n’ai pas honte de mes fesses, je suis musclé comme il faut, on n’a pas le choix. Contrairement à ce que Dante répand comme rumeur à mon sujet : non, je ne suis pas spécialement poilu. Oui, d’accord, je m’épile le torse, mais statistiquement, chez un gogo-dancer, c’est ce que les clientes préfèrent et le but est de ramasser le plus de pourboires possibles. Alors non, le souci ne vient pas de montrer mon cul. C’est une question de principe : je ne veux pas de ficelle à cet endroit, point. Du coup, c’est Adeline que je fusille du regard pour son intervention. Elle sait ce qu’elle fait, elle se moque de moi et bien sûr, ça amuse tout le monde sauf Dante qui, une fois n’est pas coutume, intervient en ma faveur :

– Ne remets pas cette histoire sur le tapis, c’est déjà réglé : on a dit pas de string. Si Benj ne veut pas danser sur la barre, je ne vois pas le souci. Matt et moi on assure et on se fera plus de blé.

– Affaire réglée pour la pole dance, alors, déclare Yoan. Mais les cours peuvent quand même avoir lieu chez toi ?

– Oui, pas de souci.

– N’empêche, pour les strings…

– Adeline !

Elle sourit innocemment et s’appuie sur le dossier de son fauteuil roulant. C’est fou l’assurance qu’elle a prise depuis que nous l’avons rencontrée. Les gens autour de cette table sont devenus ma deuxième famille sans que je m’en aperçoive. J’ai l’impression que c’est le cas pour un peu tout le monde, ici. On bosse ensemble, on est collègues, et maintenant, je sais qu’on est plus que ça. Mais je ne dirais rien, sinon ils vont encore se foutre de moi et de mon sentimentalisme. Être quelqu’un de sensible ne me dérange pas, j’assume, mais les blagues bien lourdes à longueur de temps, je m’en passe. J’adore ces types, même s’ils peuvent être mon pire cauchemar.

– Sinon, on évoque le fait que Benj a maté la prof pendant tout le cours, ou on fait comme si de rien n’était ? lâche Matt.

Voilà, mon pire cauchemar.


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